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Élections législatives en Allemagne - Angela Merkel remporte son pari

Christian Rioux   28 septembre 2009  Europe
Comme elle le souhaitait, la chancelière pourra former un gouvernement avec les libéraux. Renvoyés dans l'opposition, les sociaux-démocrates essuient une défaite historique. Seuls les tiers partis progressent dans un paysage politique de plus en plus éclaté.

Berlin — On savait qu'Angela Merkel demeurerait chancelière. Mais, hier, elle a aussi remporté son pari de gouverner avec ses alliés naturels du parti libéral (FDP) et non plus avec les sociaux-démocrates (SPD). Même si les négociations pour former un gouvernement ne commenceront qu'aujourd'hui, avec 33 % des voix, le parti d'Angela Merkel (CDU-CSU) semblait en mesure de former une coalition avec les libéraux (FDP) de Guido Westerwelle qui obtiennent 14 %. Ces résultats devraient assurer à la nouvelle coalition entre 320 et 324 des 598 sièges du Bundestag, soit une majorité d'une vingtaine de sièges.

Au terme d'une campagne sans véritables rebondissements, les Allemands ont dit clairement non à la reconduction de la « grande coalition » hétéroclite qui dirigeait le pays depuis quatre ans. « Nous avons accompli quelque chose de grand, a déclaré Angela Merkel sitôt les résultats annoncés. Nous avons atteint notre objectif de former une majorité stable avec le FDP. » Chose rare, on a vu hier la chancelière sortir de son flegme légendaire et se laisser aller à quelques élans de joie. « Je crois que, ce soir, nous pouvons nous laisser aller à faire la fête », a-t-elle lancé.

Depuis plusieurs jours, la candidate avait clairement souhaité une coalition avec le FDP afin, disait-elle, de sortir l'Allemagne de la crise. Même si la chancelière est demeurée muette sur ses projets durant la campagne, le vote d'hier annonce des politiques économiques plus favorables à l'entreprise privée, au marché libre et à la rigueur budgétaire. Ironie de l'histoire, la chancelière pourrait se retrouver cette fois en position d'appliquer le programme plus à droite sur lequel elle avait fait campagne en 2005 et qui ne lui avait pourtant valu qu'une victoire à l'arraché.

Le grand gagnant de cette élection est le candidat libéral de 48 ans, Guido Westerwelle, dont le parti avait été écarté du pouvoir depuis 11 ans. Westerwelle a surtout fait campagne pour des baisses d'impôt et une intervention moins grande de l'État dans la vie des citoyens. Hier, à Berlin, on parlait d'un « king maker » (faiseur de roi) qui entrerait dans le nouveau gouvernement en position de force. « Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités, a-t-il déclaré. Nous voulons gouverner l'Allemagne pour lui donner un système fiscal équitable, améliorer les chances en matière d'éducation et défendre les libertés individuelles. » Westerwelle est fortement pressenti pour occuper le poste de ministre des Affaires étrangères. Son parti pourrait aussi obtenir les ministères du Développement économique et de la Justice.

Hécatombe chez les sociaux-démocrates

Avec 23 % des voix, les sociaux-démocrates du SPD enregistrent leur plus mauvais résultat depuis la fondation de la République fédérale d'Allemagne. Une véritable hécatombe qui voit le parti perdre d'un seul coup plus de 10 % de son soutien populaire et se rapprocher dangereusement des tiers partis. ?ã la Maison Willy-Brandt, le siège du parti fait de verre et d'acier, les militants sociaux-démocrates avaient les traits tirés. Ils ont néanmoins réservé un accueil chaleureux au grand perdant de cette élection, le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.

Peu charismatique, cet homme de pouvoir qui n'avait jamais affronté une élection de sa vie a déclaré qu'il s'agissait d'« un jour amer pour la social-démocratie ». Mais il a affirmé qu'il entendait construire « une véritable opposition ». On s'attend à ce qu'il prenne la tête de l'équipe parlementaire. Comparativement à 2005, 1,8 million d'électeurs sociaux-démocrates sont tout simplement restés chez eux.

Ce scrutin confirme l'éclatement toujours plus grand du paysage politique allemand. Les deux principales forces du pays, la CDU-CSU et le SPD voient tous deux leur influence diminuer. En 2005, ces deux partis représentaient encore 69,5 % de l'électorat. Ils n'en représentent plus que 57 %. Même la CDU-CSU, pourtant victorieuse, voit sa clientèle s'effriter.

« Angela Merkel évitera les critiques publiques, car elle demeure chancelière et réussit son pari de gouverner avec le FDP, dit la chroniqueuse politique du Berliner Zeitung, Bettina Vestring. Pourtant, c'est une victoire en demi-teintes. Son parti obtient un des plus mauvais résultats de son histoire. Cela pourrait affaiblir son leadership dans le parti. Le vrai gagnant de cette élection, c'est Guido Westerwelle. » Pour la première fois, la chancelière devra aussi affronter une véritable opposition de la part des sociaux-démocrates et des syndicats.

En revanche, tous les tiers partis voient leur électorat progresser. Le FDP passe de 9 % à 14 %. Les verts progressent de 2 %, atteignant 10 %. Enfin, le jeune parti d'extrême gauche Die Linke, une alliance hétéroclite entre des militants anticapitalistes de l'Ouest, des syndicalistes déçus du SPD et les anciens communistes de l'Est, voit son influence passer de 7 % à 12 %.

On s'attendait hier à un débat animé chez les sociaux-démocrates qui refusent toujours de s'allier à Die Linke au niveau fédéral à cause de ses positions radicales, notamment pour la disparition de l'OTAN et la nationalisation des banques. Pour la première fois dans l'opposition depuis 11 ans, les sociaux-démocrates, qui avaient pourtant radicalisé leur programme depuis quelques années, risquent de traverser une période de turbulence. « Les remises en question seront difficiles et profondes », dit Bettina Vestring.






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