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    Deuxième Guerre mondiale - La Pologne s'élève contre la tentation de récrire l'Histoire

    2 septembre 2009 |Alexandre Shields | Europe
    L’armée allemande entrant en Pologne en septembre 1939.
    Photo: Agence France-Presse (photo) L’armée allemande entrant en Pologne en septembre 1939.
    Les Soviétiques, libérateurs d'une Pologne écrasée sous la botte nazie? Ce n'est pas l'avis du président polonais, Lech Kaczynski, qui s'est élevé hier contre la tentation de récrire l'Histoire alors qu'une vingtaine de dirigeants européens étaient réunis sur les bords de la Baltique pour souligner le 70e anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Des accusations rejetées par le premier ministre russe, Vladimir Poutine, qui a simplement admis que le pacte de non-agression signé entre Berlin et Moscou en août 1939 avait été une erreur.

    La Russie et ses anciens satellites d'Europe orientale sont diamétralement opposés sur le rôle qu'a joué le dictateur Joseph Staline en 1939, année où il conclut avec l'Allemagne nazie un pacte qui garantissait à Adolf Hitler qu'il n'aurait pas à craindre une attaque sur son flanc est, une assurance essentielle avant de déclencher les hostilités. Là où les Russes expriment une fierté profonde pour la victoire de leur pays sur le Führer en 1945, les Polonais, les Baltes et d'autres font valoir que Staline a aussi une responsabilité directe dans le début de la guerre pour avoir dépecé la Pologne avec Hitler avant d'annexer les pays baltes.

    «[Nous devons] nous opposer à récrire l'Histoire, à mettre en doute les vérités de la Seconde Guerre mondiale, l'ampleur du nombre des victimes du nazisme et aussi du communisme intégral», a d'ailleurs écrit Lech Kaczynski dans le quotidien polonais Rzeczpospolita. Adam Michnik, dissident polonais de l'époque communiste, a exprimé un point de vue analogue dans la Gazeta Wyborcza: «Pour nous, comme pour beaucoup de démocrates russes, Staline était un criminel et un agresseur. Le créateur des territoires du Goulag est en tous points comparable à Hitler.»

    C'est que l'entente signée le 23 août 1939 — une entente dont l'URSS a nié les clauses secrètes jusqu'en 1989 — prévoyait la disparition de la Pologne, une partie tombant sous le joug du Troisième Reich et l'autre sous celui de Moscou. Un pacte que certains historiens russes saluent aujourd'hui comme une idée brillante qui a permis de retarder de deux ans l'entrée en guerre du pays, avant que les Panzers allemands ne traversent la frontière, le 21 juin 1941.

    Dès la division du territoire polonais, Staline ne tarda pas à établir un régime de terreur sur «sa» part, notamment en ordonnant le massacre de plus de 20 000 officiers polonais en 1940, enterrés à la hâte dans plusieurs fosses communes. Un épisode que Lech Kaczynski a comparé hier à l'Holocauste lors d'une cérémonie organisée avant l'aube à Westerplatte, dans la périphérie de Gdansk sur la côte balte, où les Allemands tirèrent leurs premières salves sur la Pologne. Moscou a imputé aux nazis durant des décennies le massacre de Katyn et n'a reconnu qu'après la chute du communisme qu'il avait été perpétré sur les ordres de Staline. Varsovie attend de la Russie qu'elle présente des excuses pour les exécutions massives de Katyn.

    Même les soldats qui ont été faits prisonniers par les Russes étaient traités en esclave, à l'instar du traitement que les Allemands réservèrent aux leurs. Certains étaient par exemple utilisés pour avancer devant les armées dans les champs minés. Bien des soldats capturés par les troupes communistes ne retournèrent jamais chez eux, notamment parce qu'ils ne purent survivre aux rigueurs de l'hiver. Sans compter les exactions contre les populations civiles, surtout celles des territoires «libérés» par les Soviétiques au cours de leur grande guerre patriotique.

    Et lorsque les troupes russes repoussèrent une armée allemande en déroute, après l'échec de l'invasion de l'URSS, Moscou asséna quelques coups de poignard aux résistants polonais qui avaient lutté contre l'occupant nazi au risque de leur vie. Ce fut le cas lors du soulèvement de Varsovie, au cours duquel des combattants civils de la capitale ont affronté la Wehrmacht, d'août à octobre 1944. L'état-major de l'Armée rouge leur avait promis d'envoyer des troupes, et ce, deux jours après le début de l'insurrection, pour libérer la ville. Mais les Soviétiques restèrent sur leurs positions. Résultat: 200 000 civils polonais sont morts en deux mois, avant que les Russes attaquent des Allemands épuisés pour libérer triomphalement une ville complètement détruite.

    Pas d'excuses

    De quoi alimenter la polémique autour du rôle de l'URSS, d'autant plus que Moscou refuse de s'excuser pour les actes commis à l'époque. «Ce n'est pas la Pologne qui doit apprendre la leçon de l'humilité. Nous n'avons aucune raison de le faire. D'autres ont une raison de le faire — ceux qui ont provoqué cette guerre», a d'ailleurs insisté hier Lech Kaczynski, nationaliste conservateur, en présence d'anciens combattants et de membres du gouvernement.

    De son côté, le premier ministre russe a esquivé les critiques visant le rôle de Moscou en incitant les pays concernés à endosser leur part de responsabilités. «S'il nous faut parler objectivement de l'Histoire, nous devons comprendre qu'elle n'est pas monocolore. Elle a été diverse et un nombre colossal d'erreurs y ont été commises par toutes les parties, a dit Poutine à l'issue d'un entretien avec le premier ministre polonais, Donald Tusk. Et tous ces actes ont créé les conditions d'une agression à grande échelle de la part de l'Allemagne nazie.» Le dirigeant russe a évoqué à ce propos la politique d'apaisement de la France et de la Grande-Bretagne envers Hitler en 1938, ainsi que leur acceptation de l'invasion de la Tchécoslovaquie, puis de l'occupation d'une partie du territoire tchèque par la Pologne avant qu'elle soit elle-même envahie par l'Allemagne.

    Poutine et Tusk ont en outre décidé de créer des équipes d'historiens russo-polonaises pour étudier plus en profondeur les aspects sombres de leur passé commun, y compris l'affaire de Katyn. Donald Tusk s'est montré à la fois prudent et ferme sur le terrain historique, insistant sur la nécessité de la plus grande honnêteté relativement au passé.

    La chancelière allemande, Angela Merkel, les premiers ministres d'Italie et de France et le secrétaire au Foreign Office britannique étaient au nombre des invités qui ont participé aux manifestations commémoratives tenues hier. Durant la guerre, la Pologne a perdu un cinquième de sa population, dont l'écrasante majorité de ses trois millions de ressortissants juifs, et un cinquième de son territoire. Elle est ensuite restée sous domination soviétique jusqu'en 1989. Environ 27 millions de ressortissants soviétiques ont péri pendant la guerre.

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    Avec Reuters
     
     
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