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Deuxième Guerre mondiale - Le choc russe

Serge Truffaut   2 septembre 2009  Europe
Les commémorations organisées pour souligner le début de la Deuxième Guerre mondiale en Pologne ont été le théâtre d'une foire d'empoigne avec l'Histoire comme enjeu. Tout a débuté lorsque les autorités russes ont communiqué des documents établissant, selon elles, la responsabilité du gouvernement polonais de l'époque dans le déclenchement du carnage que l'on sait. Après quoi, le premier ministre Vladimir Poutine s'est livré à un demi-devoir de mémoire. Il a formulé un oui, mais. Il a composé un sophisme.

De quoi s'agit-il? Il a qualifié le pacte de non-agression signé entre l'Allemagne nazie et la Russie soviétique d'immoral, tout en prenant soin de souligner que tous les autres traités négociés avec Hitler l'étaient tout autant. Il faisait clairement allusion à celui dit de Munich que Français et Britanniques avaient endossé et qui s'était traduit par l'invasion quasi immédiate de la Tchécoslovaquie. Au passage, tout en taxant d'immoraux les actes en question, il s'est permis de disculper Staline et consorts comme suit: «La diplomatie soviétique de l'époque estimait, au minimum, déraisonnable de refuser la proposition de l'Allemagne, et avec raison...»

Bien évidemment, la posture adoptée par Poutine a ulcéré des historiens et politiciens polonais qui parlent de révisionnisme. Certains allant jusqu'à mettre les atrocités nazies à égalité avec celles des Soviétiques. Mettons que l'exercice visant à confectionner une échelle des horreurs n'est pas très joli, joli. Cela étant, l'épisode observé hier à Gdansk a ceci de riche en enseignements qu'il s'avère le premier acte posé sur la scène internationale depuis que le président Dmitri Medvedev a instauré une commission pour empêcher la falsification de l'Histoire.

En effet, en mai dernier le leader russe a créé cette commission où les historiens, entre autres particularités, sont minoritaires. Ces derniers siègent aux côtés de mandarins des ministères de la Défense, de l'Intérieur et du FSB (ex-KGB). Le patron de cette officine? Le chef de cabinet en personne de Medvedev. Toujours est-il que le mandat assigné à ces messieurs est de gommer, d'effacer, de contrecarrer tout détournement de l'Histoire «portant atteinte aux intérêts de la Russie». Il y a lieu de préciser aux intérêts... présents de la Russie.

En réalité que cherche le Kremlin? À interdire toute analyse critique sur l'avant et l'après-guerre, l'Armée rouge ayant défait l'Allemagne. Moscou s'acharne comme jamais à tuer dans l'oeuf tout examen de l'occupation soviétique par les anciens satellites du glacis soviétique. À preuve, de tous les présidents russes depuis la chute du Mur, Poutine a été celui qui a réduit l'accès aux archives. Beaucoup craignent d'ailleurs qu'à la suite de la création de cette commission, le Kremlin étrangle davantage l'accès aux documents.

Pour terminer, une question s'impose: comment Medvedev et Poutine vont-ils extirper de la mémoire des Polonais, Hongrois, Tchèques, Slovaques, Bulgares, Baltes et autres le souvenir de l'occupation soviétique alors qu'on le sait encore frais?
 
 
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  • Democrite101
    Inscrit
    lundi 12 avril 2010 11h20
    La science historique doit avoir le dernier mot pour connaître la vérité
    L'Histoire et ses vérités

    L'histoire est un mot qui nomme à la fois son objet (les événements du passé) et la science qui les étudie. Ironiquement, elle désigne aussi ce qui est faux, ce qui n'a jamais existé («Ne me raconte pas des histoires !».

    Dans les cas litigieux, (l'évaluation des pactes avec Hitler à l'aune des intérêts perçus par les dirigeants de cette époque troublée), seuls des équipes d'historiens des deux nations (polonaises et russes), et aussi de tous les autres pays d'Europe de l'Est, en congrès, et pendant de longues années de travaux, pourront finalement nous dire ce qui s'est vraisemblablement passé avec le plus de certitude rationnelle qu'il est possible à la science (historique) d'affirmer.

    Sans ces études, sans ces congrès multinationaux et pluridisciplinaires, la vérité historique restera enfouie dans la propagande des uns et des autres.

    À propos du massacre de Katyn où 22 000 officiers polonais furent assassinés d'une balle dans la nuque selon les instructions formelles de Staline, Molotov et Beria, il faut y voir la vengeance des communistes russes de leur défaite aux mains des Polonais lors de la guerre russo-polonaise de 1920 où Joseph Staline partageait le commandement de l'armée bolchevique.

    Staline était un vengeur à la très longue mémoire. D'ailleurs, ses deux coéquipiers dans cette même guerre de 1920 en Pologne, Toukatchevski et Trotsky, il les fit assassiner le premier en 1936 lors de purges et l'autre en 1941 au Mexique.

    Quand la folie meurtrière éclate tel un incendie ou se perpétue comme une braise sous une idéologie criminelle, les massacres se succèdent et s'autojustifient.

    Seul un redressement moral vigoureux, motivé et porté par une philosophie humaniste et une politique qui en naît, peut briser la chaîne des horreurs. Ainsi, la philosophie des Lumières, triomphant en Pologne et en Russie en 1989, brisa la chaîne de ces haines nationalistes et idéologiques. La Russie décréta un jour de deuil en sympathie pour le malheur des Polonais en ce mois d'avril 2010...

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique

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