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Moscou marque son territoire

Poutine défie la Géorgie, Medvedev s'en prend à l'Ukraine

13 août 2009  Europe
Moscou entend bien conserver sa «zone d'influence» dans les ex-républiques soviétiques et freiner les rapprochements avec l'Ouest. Ces derniers jours, la Russie s'est montrée particulièrement belliqueuse sur le front diplomatique, accusant, d'un côté, l'Ukraine d'avoir vendu des armes à la Géorgie lors de la guerre de l'an dernier et de continuer à le faire aujourd'hui et menaçant la Géorgie de l'autre. Hier, alors que le premier ministre Vladimir Poutine se rendait en Abkhazie, le président Dmitri Medvedev s'en est vertement pris à l'Ukraine.

Le premier ministre russe Vladimir Poutine a promis hier à l'Abkhazie tout le soutien militaire et financier dont elle pourrait avoir besoin lors d'une visite dans ce petit territoire géorgien dont Moscou a reconnu l'indépendance au grand dam de Tbilissi.

Une première

L'homme fort de la Russie y effectuait sa première visite depuis le 26 août 2008, date à laquelle Moscou avait reconnu l'indépendance des territoires rebelles d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud dans la foulée de la guerre russo-géorgienne pour le contrôle de l'Ossétie du Sud. Cette visite survient aussi moins d'une semaine après les célébrations liées au premier anniversaire du conflit ossète, sur fond de tensions exacerbées entre Moscou et Tbilissi, qui s'accusent mutuellement de «provocations» à la frontière.

M. Poutine y a employé un ton offensif à l'encontre de la Géorgie, prévenant à l'issue de ses entretiens avec les responsables locaux qu'«il n'y aura pas de retour à la situation des années précédentes».

«La Russie fournit et va fournir un soutien économique et politique systématique, et si nécessaire militaire, à l'Abkhazie», a-t-il assuré. Il a annoncé que la Russie allait dépenser au moins 15 milliards de roubles (environ 500 millions de dollars) l'an prochain pour construire des bases militaires en Abkhazie et renforcer les frontières de la région sécessionniste géorgienne.

Il a fait savoir que les observateurs de l'ONU ou de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ne seraient admis à patrouiller dans la région que si leurs organisations acceptaient de reconnaître l'indépendance du territoire.

Avant son arrivée à Soukhoumi, M. Poutine avait déclaré à des médias abkhazes qu'il ne pouvait pas exclure un nouveau conflit avec la Géorgie tant que le président Mikheïl Saakachvili serait au pouvoir. Toute tentative de la Géorgie de recourir à la force contre les régions sécessionnistes serait à présent «beaucoup plus difficile», a-t-il estimé.

Le voyage de M. Poutine a été condamné à Tbilissi, où le ministère des Affaires étrangères a fait part de ses «vives protestations devant cette nouvelle tentative de déstabiliser la situation et de faire monter la tension dans le Caucase».

Et l'Ukraine

Alors que le premier ministre russe se trouvait en Abkhazie, à Moscou le président Dmitri Medvedev a tapé du poing sur la table contre le très pro-occidental président ukrainien, Viktor Iouchtchenko. Il a accusé pêle-mêle Kiev de vendre des armes à la Géorgie, de vouloir adhérer à l'OTAN et d'avoir mené des pourparlers énergétiques séparés avec l'Union européenne. Il avait aussi annoncé le report sine die de l'envoi d'un nouvel ambassadeur russe à Kiev.

Le chef de l'État russe a tenté de montrer que la Russie ne laisserait pas cette ex-république soviétique stratégique se développer comme elle l'entend, selon des analystes.

Pour certains observateurs ukrainiens, ces attaques ont pour but de tester les futurs candidats à la présidentielle, de voir qui prend position en faveur de Moscou. La prochaine élection présidentielle ukrainienne aura lieu en janvier 2010, et Moscou semble déjà se lancer dans une campagne de déstabilisation.

La diplomatie ukrainienne n'a pas laissé passer cette attaque frontale. «Malheureusement, la jeune direction russe devient l'otage de vieux complexes impérialistes qui la poussent à chérir l'image de l'ennemi extérieur», a regretté Vira Ouliantchenko, chef de l'administration présidentielle. Dmitri Orechkine, un politologue indépendant, estime que «la Russie tente de garder son influence en ex-URSS tout en utilisant le bâton». Problème, selon lui: «Faire peur pour subordonner, cela ne marche plus. La Russie n'a pas de carotte et son bâton est devenu plus court.»

«L'Ukraine a pris des précautions pour éviter une nouvelle guerre du gaz et la Russie cherche un autre moyen de pression», estime Alexeï Malachenko, du centre Carnegie.

Une tactique qui peut porter ses fruits à court terme, en faisant notamment monter la cote de popularité du président russe chez lui comme c'était le cas après la guerre en Géorgie, a souligné M. Orechkine. Mais «à long terme, la Russie risque de se mettre au rang des pays comme la Corée du Nord ou l'Iran», conclut-il.
 
 
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