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L'Allemagne verte - La deuxième révolution éolienne est lancée

Louis-Gilles Francoeur   21 juillet 2009  Europe
Un horizon courant en Allemagne, qui a déjà installé 20 301 éoliennes sur son territoire.
Photo : Agence France-Presse
Un horizon courant en Allemagne, qui a déjà installé 20 301 éoliennes sur son territoire.
L'Allemagne comptait en 2008 sur 23 903 MW de puissance éolienne installée, soit plus de la moitié de la production d'électricité du Québec, avec moins de potentiel global et très peu de vents de la force des nôtres. L'industrie éolienne allemande domine le marché international, et sa politique d'appui aux énergies vertes, qui a été imitée par 40 gouvernements jusqu'à présent — y compris par l'Ontario, mais pas par le Québec! — demeure la stratégie de référence pour aller vite. Mais l'Allemagne vise déjà plus haut.

Premier d'une série de deux

La production éolienne allemande, qui domine le marché international depuis des années, a été dépassée au poteau l'an dernier par les États-Unis, qui ont porté leur puissance installée à 25 000 MW. Et la Chine, qui comptait en 2008 sur une puissance éolienne de 12 210 MW, doublait pour la quatrième année consécutive sa production en visant clairement la première place sous peu. Mais l'avance prise par les industriels allemands dans cette filière leur assure pour des années une position dominante dans ces grands marchés ainsi que dans les marchés émergents, comme ceux de l'Inde, de la France, du Portugal et de l'Italie. Le Canada, avec une puissance installée de 2372 MW et seulement 526 nouveaux MW en 2008, n'est pratiquement plus dans la course malgré le phénoménal potentiel du Québec, qui mise toujours sur les solutions énergétiques des années 70.

Pourtant, on pourrait penser que l'Allemagne a fait le plein en matière d'éolien avec 20 301 de ces élégantes machines blanches sur son territoire, dont 90 % environ sont concentrées dans le nord du pays.

D'une part, explique au Devoir, dans ses bureaux de Berlin Ulf Gerder, le porte-parole de l'Association de l'énergie éolienne d'Allemagne, les objectifs de l'Union européenne en matière d'énergies renouvelables sont très élevés, et l'éolien est la seule filière pouvant rencontrer à elle seule la moitié de cet objectif. Les rendements de l'éolien sont d'ailleurs si élevés que ce pays a commencé à fermer des centrales thermiques au charbon pour les remplacer par des énergies vertes. Si certains États fédéraux, comme Hessen et la Bavière, résistent au développement de l'éolien par des normes limitant la hauteur des tours, des distances séparatrices et des interdits de production dans certains paysages, la plupart des régions allemandes voient les grandes éoliennes blanches comme une «signature» tangible dans leur paysage de leur volonté de laisser derrière eux la vieille économie du carbone.

Mais, dit-il, les 100 000 emplois que procure cette industrie ne laissent personne indifférent sur les plans politique et économique. En plus de fournir déjà 49,4 TWh ou 7 % de la consommation totale d'électricité, l'industrie éolienne a rapporté 6,1 milliards d'euros en 2007 à l'économie allemande. Les exportations d'aérogénérateurs sont passées de 74 % à 83 % de la production allemande entre 2006 et 2007, soit le quart de ce marché à l'échelle internationale.

Politiques d'avant garde

Les directives de l'Union européenne assignent à l'Allemagne un objectif d'énergies renouvelables de 18 % d'ici 2020. Mais l'Allemagne a haussé la barre à 30 %, ce qui a été qualifié de «modeste» par les industriels du secteur des énergies renouvelables, selon lesquels il aurait été possible de viser 47 % pour 2020.

Mais les récents amendements aux lois favorisant les énergies renouvelables, approuvés il y a quelques semaines, ouvrent la porte à une deuxième génération de projets et à une reconfiguration de la production avec des politiques qui, une fois de plus, pourraient faire école.

L'Allemagne a adopté en 1991 sa première loi sur le développement des énergies vertes, dont principalement l'éolien. Mais c'est sa loi de l'an 2000 qui a hissé ce pays au premier rang mondial de l'éolien, avec une recette béton. Le système allemand fixe d'abord des prix d'achat pour chaque type d'énergies vertes. L'augmentation de la facture d'électricité, qui résulte de cette politique, atteint 50 euros en moyenne par foyer par année, ce que la très vaste majorité des Allemands considèrent comme un investissement légitime dans la protection de leur environnement.

La loi fédérale oblige aussi les distributeurs à acheter aux prix réglementés toutes les énergies vertes qu'on leur offre, ce qui les force à abandonner en cas de surplus les énergies moins vertes, conduisant ainsi à des fermetures de centrales thermiques.

De plus, la récente loi ajoute deux nouveautés: des tarifs sensiblement majorés pour favoriser la production en mer et pour le repowering, c'est-à-dire la réingénierie des sites équipés de vieilles éoliennes peu productives, de façon à en hausser sensiblement la production tout en réduisant le nombre de tours, ce qui augmente leur acceptabilité sociale.

Enfin, à l'opposé là encore de ce qui se fait au Québec, la loi fédérale allemande impose au distributeur et non aux producteurs d'assumer les coûts de branchement des équipements verts au réseau électrique, y compris pour les parcs d'éoliennes off shore, puisqu'on estime que c'est à eux d'investir dans la modernisation de «leur» réseau, précise Ulf Gerder.

Enfin, la loi impose aux distributeurs d'augmenter à leurs frais la capacité de leurs lignes de transport pour accommoder les producteurs verts et de hausser par les technologies de pointe le niveau d'intégration de toutes les énergies renouvelables dans les réseaux existants. Alors qu'Hydro-Québec estime devoir s'en tenir à 10 % d'éolien sur son réseau pour des raisons techniques, l'Allemagne intégrera un kilowatt-heure sur quatre d'ici 2020. Déjà, plusieurs régions gèrent sans aucun problème des pourcentages d'éolien allant de 34 % (Bradenburg) à 42,6 % (Basse Saxe). Quand on évoque les limites qu'Hydro-Québec s'impose ici, cela déclenche chez les porte-parole des industriels allemands des sourires aussi moqueurs qu'incrédules...

De plus, la nouvelle loi sur les énergies vertes accorde aux promoteurs un 0,5 cent (euros) en plus du tarif éolien régulier de 9,2 cents (euros) du kilowatt-heure pour les projets en mer et plus 2 cents pour les projets qui seront opérationnels avant la fin de 2015. L'État ajoute aussi 0,5 cent pour les projets de réingénierie des sites éoliens, en compensation de la perte financière attribuable à la mise au rancart de machines ayant plus de 10 ans mais toujours fonctionnelles. Et on ajoute un autre 0,5 cent du kWh pour toutes les éoliennes pouvant s'ajuster elles-mêmes aux exigences techniques des réseaux.

Ulf Gerder précise que la réingénierie des sites commence à peine. Mais comme une seule éolienne de 5 ou 6 MW peut remplacer 20 ou 24 machines de 250 kW, si on les remplace par deux, trois ou quatre nouveaux aérogénérateurs dans les meilleurs emplacements — qu'on connaît avec précision, après 10 ou 15 ans de production — le gain énergétique et environnemental est énorme. Avec 20 000 éoliennes, l'Allemagne, qui produit aujourd'hui 25 000 MW, entend produire entre 45 000 et 50 000 MW avec le même nombre en 2020, selon les prévisions.

Quant à la production en mer, elle passera de 500 MW en 2010 à 3000 MW en 2015, avec des éoliennes de 5 ou 6 MW, construites sur des piliers de 20 à 40 mètres, à une distance de la rive oscillant entre 20 et 60 km. Déjà, 23 projets totalisant 6500 MW ont été autorisés par les États, ce qui jette les bases, avec la réingénierie des vieux sites, du deuxième souffle de cette industrie étonnante.

***

Demain: La version maritime de la Station spatiale

***

Louis-Gilles Francoeur a séjourné en Allemagne à l'invitation de l'Institut Goethe.






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