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Sarkozy relance le débat sur le voile

La burqa n'est pas la bienvenue en France, dit le président

Christian Rioux   23 juin 2009  Europe
Pour la première fois depuis 1875, les deux Chambres étaient réunies au château de Versailles à l’occasion d’un discours très attendu du président de la République, Nicolas Sarkozy.
Photo : Agence France-Presse
Pour la première fois depuis 1875, les deux Chambres étaient réunies au château de Versailles à l’occasion d’un discours très attendu du président de la République, Nicolas Sarkozy.
Paris — La patrie de Rabelais n'a jamais été la terre d'élection de la rectitude politique et du langage aseptisé. Nicolas Sarkozy en aura donné une preuve supplémentaire hier lors d'un discours très attendu devant les deux Chambres réunies à Versailles. Alors que le débat faisait rage parmi les élus, le président a clairement manifesté son hostilité au port du voile intégral. La burqa ne sera jamais «la bienvenue sur le territoire de la République», a-t-il déclaré.

Deux semaines après que Barack Obama, dans son discours du Caire, a défendu le droit des musulmanes de porter le voile, Nicolas Sarkozy prend le contre-pied de son homologue américain. «Le problème de la burqa n'est pas un problème religieux, affirme-t-il. C'est un problème de liberté, de dignité de la femme. [...] Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité.»

Le président ne se prononce pas sur l'opportunité d'une loi, mais il conclut: «Nous ne devons pas avoir peur de nos valeurs.» Il avait d'abord pris soin de rappeler que, malgré une histoire tumultueuse, la laïcité française n'avait rien à voir avec le rejet du sentiment religieux. «Dans la République, la religion musulmane doit être autant respectée que les autres religions», dit-il.

Cette déclaration relance un débat qui s'était apaisé depuis qu'en 2004 l'Assemblée nationale avait interdit le port à l'école de signes religieux ostentatoires. Il y a quelques jours, une soixantaine de députés de droite et de gauche avaient réclamé une commission d'enquête sur la burqa, pourtant plus rare en France qu'en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en l'Allemagne.

Mais le port de la burqa serait en progression dans les banlieues, selon ce groupe d'élus mené par André Gerin, député communiste du Rhône. L'initiative a recueilli le soutien de plusieurs personnalités, comme la secrétaire d'État à la Ville, l'ancienne présidente de Ni putes ni soumises Fadela Amara, ainsi que la secrétaire d'État aux Droits de l'homme, Rama Yade.

L'ancien ministre de François Mitterrand Robert Badinter a salué cette initiative, mais a estimé qu'il ne fallait «pas se précipiter pour légiférer» et essayer de comprendre le phénomène. «C'est un problème tout à fait important au regard de la condition des femmes», a-t-il déclaré sur Canal Plus.

«Il y a d'autres moyens de régler ça, sans être amené à légiférer», a affirmé le président du Conseil français du culte musulman, Mohamed Moussaoui. Il souhaite que le Parlement réagisse «de manière adaptée et proportionnée» puisque «le port de la burqa reste très marginal en France».

«Toucher à cet équilibre me paraît risqué», juge aussi le ministre de l'Immigration, Éric Besson. Le socialiste Pierre Moscovici craint la «surenchère» et les «lois de circonstance». «Est-ce que ça mérite pour autant une proposition de loi et un débat devant le Parlement? Je n'en suis pas convaincu», a déclaré le député Vert Noël Mamère selon qui la déclaration présidentielle participe de la «stigmatisation de la deuxième religion de France».

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, s'est étonné de voir ressurgir un débat qui «semblait réglé». Il a néanmoins précisé sur France Info que «les musulmanes de France n'ont pas à porter la burqa. [...] L'islam de France doit être un islam ouvert, libéral, convivial, qui permette aux gens de vivre les uns avec les autres».

La France ne serait pas le premier pays à légiférer sur la burqa. Aux Pays-Bas, une loi est en voie de rédaction afin de l'interdire dans tous les lieux publics. Elle est déjà bannie des écoles et des transports publics depuis 2007. Plusieurs villes de Belgique, comme Anvers et Verviers, l'ont aussi formellement proscrite. Elle est interdite dans de nombreuses écoles de Belgique et d'Allemagne.

Pour des raisons différentes relevant de la sécurité, la Suède et l'Italie interdisent dans les lieux publics tout ce qui s'apparente à une cagoule, donc la burqa. Le Luxembourg interdit aussi à toute personne de paraître masquée dans les rues hors du temps du carnaval.

L'an dernier, le Conseil d'État français avait entériné le refus de naturaliser une musulmane salafiste qui portait la burqa. Mais, c'est sur la méconnaissance des valeurs de la République, comme la laïcité, le droit de vote et l'égalité entre hommes et femmes, que les juges avaient fondé leur décision.
 
 
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