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Les milices islamiques tuent au moins un manifestant pro-Moussavi à Téhéran

La violence consécutive au scrutin présidentiel contesté est condamnée dans le monde

16 juin 2009  Europe
Des partisans du candidat défait Mir Hossein Moussavi ont mis le feu à un véhicule après avoir appris la mort d’un des leurs.
Photo : Agence France-Presse
Des partisans du candidat défait Mir Hossein Moussavi ont mis le feu à un véhicule après avoir appris la mort d’un des leurs.
Téhéran — La milice islamique iranienne des bassidji a tué au moins une personne et en a blessé d'autres, hier à Téhéran, en tirant sur des manifestants qui attaquaient ses locaux pour dénoncer une élection «volée» selon eux par le président Mahmoud Ahmadinejad.

Un photographe iranien a été témoin de la fusillade, survenue lors d'un rassemblement auquel participaient des dizaines de milliers de partisans du candidat d'opposition Mir Hossein Moussavi, qui a contesté les résultats électoraux. Des coups de feu ont aussi été entendus dans trois quartiers prospères du nord de la capitale, ont rapporté des habitants.

Les forces de sécurité ont par moments tiré en l'air ces deux derniers jours dans la capitale, qui a connu ses troubles les plus violents depuis la révolution islamique de 1979. Elles ont aussi fait usage de matraques contre des manifestants qui s'en prenaient aux policiers à coups de pierres. La milice des bassidji est une force paramilitaire au service du guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, qui a le dernier mot sur toutes les questions concernant l'État.

En dépit d'une interdiction du ministère de l'Intérieur, les manifestants ont convergé aux cris d'«Allah Akbar»(«Dieu est grand») vers la place de la Révolution, où Mir Hossein Moussavi s'est adressé, le poing levé en signe de victoire, à une petite partie de la foule au moyen d'un mégaphone.

Cette manifestation répondait au rassemblement organisé dimanche sur la place Azadi par le ministère de l'Intérieur pour fêter la victoire d'Ahmadinejad, qui l'aurait emporté dès le premier tour avec 63 % des voix.

L'intervention de Moussavi a été rendue en partie inaudible par le bruit de la foule mais, selon la télévision, l'orateur s'est dit prêt en cas de nouveau scrutin. «Moussavi, reprends nos voix», scandaient ses partisans avant que leur champion apparaisse aux côtés d'autres dirigeants réformistes ralliés à son appel pour l'annulation des résultats de l'élection de vendredi. Moussavi a rejeté la victoire officielle d'Ahmadinejad en dénonçant des fraudes massives.

L'opposant Ebrahim Yazdi, chef du Mouvement de la liberté (interdit), a estimé que les attaques d'Ahmadinejad contre ses opposants avaient ouvert une «boîte de Pandore» qui a entraîné une crise profonde au sein de l'élite dirigeante iranienne.

Inquiétude internationale

Réunis à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont réclamé des éclaircissements à l'Iran et l'ont engagé à ne pas recourir à la force contre les opposants. La France et l'Allemagne ont notamment demandé que tous les doutes soient levés sur la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.

Le président américain Barack Obama s'est dit «profondément troublé» par les violences en Iran, mais a estimé qu'il revenait aux Iraniens de décider de leur président et que les États-Unis respectaient leur souveraineté. Le département d'État a de son côté exprimé sa préoccupation. «Nous sommes profondément troublés par les informations relatives à des violences, des arrestations et de possibles irrégularités électorales», a dit son porte-parole Ian Kelly.

Journaliste canadien

Le Canada a jugé «inacceptables» hier les brutalités contre des manifestants en Iran et indiqué avoir convoqué un diplomate iranien pour lui demander d'expliquer la brève détention d'un journaliste canadien.

Le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon s'est déclaré «profondément inquiet de la situation actuelle en Iran» et a appelé à une «enquête complète et transparente sur la fraude électorale», lors de l'élection présidentielle de la semaine dernière.

M. Cannon s'est aussi inquiété des mauvais traitements subis par le journaliste George McLeod, du Globe and Mail, qui s'est plaint d'avoir été détenu et battu par les autorités iraniennes. «Nous avons convoqué le chargé d'affaires iranien à Ottawa afin qu'il réponde des mauvais traitements subis par M. McLeod et qu'il connaisse nos préoccupations au sujet de la situation en Iran».

En Grande-Bretagne, le secrétaire au Foreign Office David Miliband s'est inquiété de ce que le résultat de l'élection puisse affecter tout dialogue futur de la communauté internationale avec le gouvernement iranien.

M. Moussavi s'est montré peu optimiste quant au recours qu'il a déposé contre le résultat du scrutin. «J'ai saisi le Conseil des gardiens mais je ne suis pas très optimiste en ce qui concerne son jugement. Nombre de ses membres n'ont pas été impartiaux lors de l'élection et ont soutenu le candidat du gouvernement», indique-t-il sur son site Internet. Le Conseil, également saisi par Mohsen Rezaïe, un des trois autres candidats, a répondu qu'il statuerait dans un délai de sept à dix jours.

Reuters et l'Agence France-Presse
 
 
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