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La droite européenne enfonce la gauche dans une crise profonde

9 juin 2009  Europe
Bruxelles — Les partis de droite en Europe, en se présentant avec succès en protecteurs des citoyens face à la crise économique, confortent leur emprise politique sur le continent et plongent les sociaux-démocrates dans une grave crise identitaire.

Les élections au Parlement européen ont confirmé une tendance de plus en plus nette depuis la fin des années 1990: l'Europe vote conservateur.

Les partis de centre droit, regroupés au sein du Parti populaire européen (PPE), restent la principale force politique de l'hémicycle, avec 263 des 736 sièges, soit 35,7% des élus, presque autant en proportion que dans Parlement sortant.

Si l'on y ajoute une cinquantaine d'eurodéputés de droite britanniques, polonais et tchèques, qui entendent former un groupe distinct et plus eurosceptique, cette suprématie est encore plus nette. Et avec les souverainistes et nationalistes, le Parlement de Strasbourg penche très nettement du côté conservateur.

«On aurait pu penser que ce qui est perçu aujourd'hui comme la crise du capitalisme bénéficierait aux partis de centre gauche, souligne Philip Whyte, analyste au Centre for European Reform de Londres. En fait on a deux scénarios, le premier où les partis de centre-gauche au pouvoir ont été punis par les électeurs, comme en Espagne ou au Royaume-Uni, et celui où ces partis, dans l'opposition comme en France ou en Italie, ne profitent pas de la crise.»

La gauche européenne est aujourd'hui confrontée à un triple problème. D'une part, le modèle de la «troisième voie» entre socialisme et libéralisme, incarné jadis par Tony Blair et Gerhard Schröder, et encore aujourd'hui par l'actuel premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, apparaît en bout de course.

Les sociaux-démocrates doivent aussi compter avec une poussée de l'extrême gauche antilibérale, en France ou en Allemagne. Et la droite leur coupe l'herbe sous le pied en mettant en place des politiques face à la crise qu'ils ne renieraient pas (nationalisations, régulation des marchés, plans de relance). «Nous devons réfléchir et revenir avec une stratégie renouvelée et des idées neuves», a reconnu hier le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen, qui refuse pourtant de parler «d'une crise profonde».

Pour sa part, «la droite a donné l'image de la stabilité et de la protection, l'alternative étant vécue comme trop faible en Italie, en Allemagne et en France», juge Antonio Missiroli, analyste du European Policy Centre de Bruxelles. Pour Jean-Dominique Giuliani, de la Fondation Robert Schuman, «en période de crise il y a peut-être aussi un réflexe légitimiste des électeurs». Or, les partis de droite sont à la tête aujourd'hui d'une vingtaine de gouvernements de l'Union européenne, seuls ou en coalition.

Malgré son succès, intervenu dimanche dans un contexte d'abstention record (57 % environ), la droite modérée n'aura pas la partie forcément facile au Parlement européen.

Le PPE va devoir composer avec la scission de ses eurodéputés britanniques, polonais et tchèques. Et avec la poussée dans certains pays des mouvements eurosceptiques ou d'extrême droite. Dans ce contexte, le PPE cherche à sceller une grande alliance avec les sociaux-démocrates, deuxième formation, et les libéraux, afin de s'appuyer sur une majorité stable de sièges et pouvoir mieux faire rapidement reconduire José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne.
 
 
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