L'homme aux 120 enfants - Choc dans le milieu de la procréation assistée
21 avril 2009
Europe
Ottawa — Il n'y a pas qu'aux États-Unis que les donneurs de sperme engendrent plusieurs dizaines d'enfants. Le Canada n'est pas épargné par le phénomène et le milieu de la procréation assistée demande au gouvernement d'y mettre de l'ordre.
Le Devoir faisait état hier d'un site Internet américain permettant, sur une base volontaire, aux donneurs de sperme de retracer leur progéniture (et vice versa). De nombreuses fratries de plusieurs dizaines de personnes ont été trouvées. Ben, un Américain qui désire conserver l'anonymat, s'est trouvé 60 enfants jusqu'à présent, qui ont tous moins de six ans et demi. Une autre fratrie contient même 120 enfants.
Le Dr François Bissonnette, président de l'Association canadienne de fertilité et d'andrologie et médecin à la clinique OVO, n'en croyait pas ses oreilles hier lorsque mis au fait de ces chiffres. «Ayoye! lance-t-il. C'est une découverte pour moi. Je ne sais pas quel suivi ils assurent.»
Auparavant, les cliniques de fertilité canadiennes avaient leur banque de sperme. «À Montréal, la limite était à peu près de 20 grossesses par donneur, explique le Dr Bissonnette. Une fois que le nombre de grossesses était atteint, le donneur ne pouvait plus donner. Il y a des règles statistiques pour ne pas augmenter les risques de consanguinité, et c'est pour cela qu'on établit les règles.» Avec l'interdiction de rémunérer les donneurs entrée en vigueur en 2004, les banques canadiennes se sont taries et le sperme est maintenant importé des grandes banques américaines. Les cliniques de fertilité comme OVO ne font donc plus le suivi, dirigeant leurs patients directement vers les banques.
Une de ces banques est Xytek, qui a un point de chute à Toronto. Sa porte-parole, Heather Brooks, explique que la banque impose une limite. «Nous avons un maximum de 40 familles par donneur», explique-t-elle. Comme une famille peut avoir un, deux, trois enfants ou plus, il faut multiplier d'autant pour obtenir le nombre de descendants d'un même donneur. «Mais attention! ajoute-t-elle sur la défensive. Je ne veux pas que vous nous fassiez mal paraître dans les médias. Cela s'applique pour l'ensemble de nos marchés, soit les États-Unis, le Canada, l'Australie, la Suisse et la Grande-Bretagne. C'est un marché gigantesque.»
Maureen McTeer, qui avait siégé sur la Commission royale d'enquête sur la procréation assistée à la fin des années 1990, se désole de ces chiffres, mais ne s'en étonne guère.
«Lorsque nous siégions, on entendait parler d'une rumeur constante voulant qu'un donneur de sperme au Canada avait engendré 500 enfants. On n'a jamais réussi à prouver cela, parce qu'il n'y avait aucun moyen», dit-elle en concluant que les chiffres obtenus aux États-Unis tendent à donner du poids à la rumeur.
Mme McTeer raconte aussi cette histoire de deux femmes dont le fils et la fille, du même âge, étaient devenus inséparables à la maternelle. Elles ont découvert qu'il s'agissait du demi-frère et de la demi-soeur. «À cette époque, à Ottawa, il n'y avait qu'un médecin qui acceptait d'inséminer les femmes célibataires. Elles se sont retrouvées dans le même quartier!»
Au Canada, il n'existe aucune limite légale sur le nombre d'enfants pouvant être engendrés par un même donneur. En 2004, Ottawa a adopté une loi qui devait établir une limite (ainsi que d'autres balises), mais elle n'a jamais été appliquée, en partie parce que Québec en conteste la constitutionnalité devant la Cour suprême. C'est d'ailleurs en invoquant ce prétexte d'un recours devant les tribunaux que la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, refuse de répondre aux questions du Devoir depuis des mois.
Mme McTeer pense que six ou dix enfants serait un chiffre acceptable, compte tenu des répercussions psychologiques de se savoir une si importante progéniture. Heather Brooks se cabre. «Les gens tirent des chiffres de leur chapeau, mais quel est le chiffre idéal, et est-ce juste en considérant le nombre de patients qui ont besoin de sperme?»
Une banque centralisée
Pour le Dr Bissonnette, il existe une solution simple au problème des progénitures trop nombreuses. C'est de créer une banque de sperme gérée par l'État. Celui-ci recruterait les donneurs, déciderait de les rétribuer ou non et assurerait le suivi de son utilisation. «En ayant une banque chez nous, on peut en avoir le contrôle», explique-t-il.
Beverly Hanck, de l'Association canadienne de sensibilisation à l'infertilité, croit que le problème serait réglé en payant les donneurs non pas 50 ou 75 $ par don, comme avant, mais environ 300 $. «On aurait plein de donneurs et on ne serait plus obligé de les utiliser aussi souvent», croit-elle.
Les députés de l'opposition à Ottawa étaient outrés d'apprendre ces faits hier. Pour la libérale Carolyn Bennett, Ottawa devrait peut-être mettre un peu d'eau dans son vin et accepter de payer les donneurs pour endiguer le phénomène. En 2004, les députés avaient décidé d'interdire la rémunération des donneurs de gamètes — à l'instar d'autres pays — pour éviter la commercialisation du matériel reproductif humain. Ils avaient aussi eu une pensée pour les enfants qui sont ainsi engendrés, faisant valoir qu'ils n'apprécieraient peut-être pas d'avoir été conçus parce qu'un jeune homme voulait «de l'argent pour sa bière de fin de semaine».
Le Devoir faisait état hier d'un site Internet américain permettant, sur une base volontaire, aux donneurs de sperme de retracer leur progéniture (et vice versa). De nombreuses fratries de plusieurs dizaines de personnes ont été trouvées. Ben, un Américain qui désire conserver l'anonymat, s'est trouvé 60 enfants jusqu'à présent, qui ont tous moins de six ans et demi. Une autre fratrie contient même 120 enfants.
Le Dr François Bissonnette, président de l'Association canadienne de fertilité et d'andrologie et médecin à la clinique OVO, n'en croyait pas ses oreilles hier lorsque mis au fait de ces chiffres. «Ayoye! lance-t-il. C'est une découverte pour moi. Je ne sais pas quel suivi ils assurent.»
Auparavant, les cliniques de fertilité canadiennes avaient leur banque de sperme. «À Montréal, la limite était à peu près de 20 grossesses par donneur, explique le Dr Bissonnette. Une fois que le nombre de grossesses était atteint, le donneur ne pouvait plus donner. Il y a des règles statistiques pour ne pas augmenter les risques de consanguinité, et c'est pour cela qu'on établit les règles.» Avec l'interdiction de rémunérer les donneurs entrée en vigueur en 2004, les banques canadiennes se sont taries et le sperme est maintenant importé des grandes banques américaines. Les cliniques de fertilité comme OVO ne font donc plus le suivi, dirigeant leurs patients directement vers les banques.
Une de ces banques est Xytek, qui a un point de chute à Toronto. Sa porte-parole, Heather Brooks, explique que la banque impose une limite. «Nous avons un maximum de 40 familles par donneur», explique-t-elle. Comme une famille peut avoir un, deux, trois enfants ou plus, il faut multiplier d'autant pour obtenir le nombre de descendants d'un même donneur. «Mais attention! ajoute-t-elle sur la défensive. Je ne veux pas que vous nous fassiez mal paraître dans les médias. Cela s'applique pour l'ensemble de nos marchés, soit les États-Unis, le Canada, l'Australie, la Suisse et la Grande-Bretagne. C'est un marché gigantesque.»
Maureen McTeer, qui avait siégé sur la Commission royale d'enquête sur la procréation assistée à la fin des années 1990, se désole de ces chiffres, mais ne s'en étonne guère.
«Lorsque nous siégions, on entendait parler d'une rumeur constante voulant qu'un donneur de sperme au Canada avait engendré 500 enfants. On n'a jamais réussi à prouver cela, parce qu'il n'y avait aucun moyen», dit-elle en concluant que les chiffres obtenus aux États-Unis tendent à donner du poids à la rumeur.
Mme McTeer raconte aussi cette histoire de deux femmes dont le fils et la fille, du même âge, étaient devenus inséparables à la maternelle. Elles ont découvert qu'il s'agissait du demi-frère et de la demi-soeur. «À cette époque, à Ottawa, il n'y avait qu'un médecin qui acceptait d'inséminer les femmes célibataires. Elles se sont retrouvées dans le même quartier!»
Au Canada, il n'existe aucune limite légale sur le nombre d'enfants pouvant être engendrés par un même donneur. En 2004, Ottawa a adopté une loi qui devait établir une limite (ainsi que d'autres balises), mais elle n'a jamais été appliquée, en partie parce que Québec en conteste la constitutionnalité devant la Cour suprême. C'est d'ailleurs en invoquant ce prétexte d'un recours devant les tribunaux que la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, refuse de répondre aux questions du Devoir depuis des mois.
Mme McTeer pense que six ou dix enfants serait un chiffre acceptable, compte tenu des répercussions psychologiques de se savoir une si importante progéniture. Heather Brooks se cabre. «Les gens tirent des chiffres de leur chapeau, mais quel est le chiffre idéal, et est-ce juste en considérant le nombre de patients qui ont besoin de sperme?»
Une banque centralisée
Pour le Dr Bissonnette, il existe une solution simple au problème des progénitures trop nombreuses. C'est de créer une banque de sperme gérée par l'État. Celui-ci recruterait les donneurs, déciderait de les rétribuer ou non et assurerait le suivi de son utilisation. «En ayant une banque chez nous, on peut en avoir le contrôle», explique-t-il.
Beverly Hanck, de l'Association canadienne de sensibilisation à l'infertilité, croit que le problème serait réglé en payant les donneurs non pas 50 ou 75 $ par don, comme avant, mais environ 300 $. «On aurait plein de donneurs et on ne serait plus obligé de les utiliser aussi souvent», croit-elle.
Les députés de l'opposition à Ottawa étaient outrés d'apprendre ces faits hier. Pour la libérale Carolyn Bennett, Ottawa devrait peut-être mettre un peu d'eau dans son vin et accepter de payer les donneurs pour endiguer le phénomène. En 2004, les députés avaient décidé d'interdire la rémunération des donneurs de gamètes — à l'instar d'autres pays — pour éviter la commercialisation du matériel reproductif humain. Ils avaient aussi eu une pensée pour les enfants qui sont ainsi engendrés, faisant valoir qu'ils n'apprécieraient peut-être pas d'avoir été conçus parce qu'un jeune homme voulait «de l'argent pour sa bière de fin de semaine».
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