Lueur d'espoir dans la diplomatie européenne
Photo : Agence Reuters
Nicolas Sarkozy arrivant à Beyrouth, hier, après avoir rencontré les soldats français au sud du Liban.
Paris — Nicolas Sarkozy n'est pas rentré tout à fait bredouille hier à Paris de sa mission éclair au Moyen-Orient. Après deux jours d'échecs et le refus du premier ministre israélien, Ehoud Olmert, d'accepter la proposition française de «trêve humanitaire provisoire», voilà qu'à la toute fin de son périple de 48 heures une petite lueur d'espoir s'est allumée. Une lueur encore bien faible, mais qui permet d'envisager des négociations entre Israël et l'Égypte afin de sécuriser la frontière entre Gaza et le Sinaï, ce qui pourrait être, selon les diplomates français, une première étape menant à un éventuel cessez-le-feu.
Nicolas Sarkozy devait achever son voyage au Liban hier après-midi après avoir visité sans succès l'Égypte, Israël et la Cisjordanie. Soudain, de manière improvisée, le président a décidé de faire à nouveau escale en soirée à Charm el-Cheikh, où il avait déjà rencontré lundi matin le président, Hosni Moubarak. Après sa seconde rencontre avec Nicolas Sarkozy, tard hier soir, le président égyptien a finalement lancé un appel aux Israéliens et aux Palestiniens à venir négocier «sans délai» afin de rendre imperméable le corridor dit de Philadelphie, situé à la frontière de l'Égypte et de la Bande de Gaza où transitent les armes utilisées par le Hamas pour lancer des roquettes sur Israël. «J'ai des éléments très précis qui me permettent de dire qu'une délégation israélienne rencontrera une délégation égyptienne sans délai pour parler de cette question de sécurité», a conclu Nicolas Sarkozy sur un ton nettement plus optimiste que celui qu'il avait depuis deux jours.
En gros, le président français aurait convaincu le président égyptien de couper l'approvisionnement en armes du Hamas. Dans la journée, l'émissaire du Quartette international pour le Proche-Orient, Tony Blair, avait affirmé qu'un cessez-le-feu immédiat dépendait d'une «action claire» pour bloquer les tunnels de contrebande entre l'Égypte et Gaza, qui permettent l'approvisionnement des islamistes.
Le désarmement du Hamas est en effet «la question-clé» selon Mark Regev, porte-parole du gouvernement israélien. Le premier ministre, Ehoud Olmert, affirme depuis plusieurs jours qu'il ne consentira à aucun cessez-le-feu tant qu'il n'aura pas de solides garanties que cesseront les tirs de roquettes du Hamas vers Israël. Selon Israël, le Hamas a en effet profité de la récente trêve de six mois pour multiplier par deux la portée de ses lance-roquettes. Or, l'arrêt de la contrebande d'armes dépend largement de l'Égypte, qui contrôle la frontière ouest de la bande de Gaza où les armes circulent dans des souterrains improvisés.
«La proposition égyptienne a ceci d'important que personne n'est humilié, personne ne perd la face, que ce n'est pas un retour au statu quo ante, a indiqué Nicolas Sarkozy. Les Égyptiens sont prêts à travailler sur la sécurité aux frontières puisqu'une pression est faite pour qu'il n'y ait plus de roquettes qui partent de Gaza.»
Le président Moubarak n'a pas précisé quel rôle pourrait jouer le Hamas dans ces négociations. On sait qu'une délégation du bureau politique se trouve actuellement au Caire même si les relations entre l'Égypte et le Hamas étaient au plus mal depuis des mois. En décembre, le Hamas avait accusé l'Égypte de verrouiller le terminal de Rafah sous de faux prétextes. Hosni Moubarak, qui affronte en Égypte l'opposition violente des Frères musulmans, a plusieurs fois déclaré qu'il ne souhaitait pas voir s'établir à ses frontières une république islamique. Hier à Damas, le président français a dit compter sur les liens étroits qui unissent la Syrie et le Hamas pour obtenir un arrêt des tirs de missiles.
Même si aucun cessez-le-feu n'est encore véritablement à portée de main, plusieurs ont vu dans la diplomatie du président français une expression du volontarisme dont il avait fait preuve à la présidence de l'Europe depuis six mois. «Nous Européens, nous prenons des risques, a-t-il déclaré. Le Proche-Orient a besoin d'une Europe forte.» Ces propos n'étaient pas vraiment du goût de la nouvelle présidence européenne maintenant assumée par la République tchèque, qui voyait d'un mauvais oeil l'initiative française. Toutes deux en mission au Moyen-Orient, les deux délégations se sont livrées à un curieux chassé-croisé. Représentant du gouvernement européen le plus pro-israélien, le ministre des Affaires étrangères tchèque, Karel Schwarzenberg, a estimé que malgré des «signaux positifs», il faudrait «plusieurs jours pour voir une vraie lueur, pour vraiment voir quand cette guerre prendra fin». L'initiative personnelle de Nicolas Sarkozy a de plus irrité le ministre des Affaires étrangères italien, Franco Frattini. «Si chacun conduit sa propre mission, cela affaiblit la position stratégique», a-t-il déclaré.
En France aussi, depuis plusieurs jours, l'initiative du chef de l'État suscite un certain scepticisme même si elle a été applaudie par l'ancien ministre socialiste Jack Lang. Il faut dire que plusieurs villes de France ont connu des manifestations de soutien au Hamas, dont certaines ont été violentes. Lundi, une synagogue a été attaquée à Toulouse par une voiture bélier et des cocktails Molotov. Si le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a admis qu'il fallait «absolument tout tenter», l'ancien ministre socialiste de la Défense Jean-Pierre Chevènement a déclaré que «ce sont les Américains qui ont la clé» du conflit. François Bayrou, président du parti centriste le Modem, a rappelé que Nicolas Sarkozy n'était plus président de l'Union européenne: «Le fait qu'il y ait en concurrence et en même temps la délégation de l'Union européenne officielle et d'un autre côté le président de la République française peut faire courir un risque de dispersion.»
Un sondage publié le 5 janvier montre que, contrairement à leur position traditionnelle plutôt pro-palestinienne, les Français font porter la responsabilité du récent conflit au Hamas à 42 %. Leurs sympathies se portent vers Israël à 33 %, contre seulement 11 % vers le Hamas, et 53 % vers ni l'un ni l'autre. La moitié des répondants estime les représailles israéliennes justifiées.
***
Correspondant du Devoir à Paris
Avec Reuters et l'Agence France-Presse
Nicolas Sarkozy devait achever son voyage au Liban hier après-midi après avoir visité sans succès l'Égypte, Israël et la Cisjordanie. Soudain, de manière improvisée, le président a décidé de faire à nouveau escale en soirée à Charm el-Cheikh, où il avait déjà rencontré lundi matin le président, Hosni Moubarak. Après sa seconde rencontre avec Nicolas Sarkozy, tard hier soir, le président égyptien a finalement lancé un appel aux Israéliens et aux Palestiniens à venir négocier «sans délai» afin de rendre imperméable le corridor dit de Philadelphie, situé à la frontière de l'Égypte et de la Bande de Gaza où transitent les armes utilisées par le Hamas pour lancer des roquettes sur Israël. «J'ai des éléments très précis qui me permettent de dire qu'une délégation israélienne rencontrera une délégation égyptienne sans délai pour parler de cette question de sécurité», a conclu Nicolas Sarkozy sur un ton nettement plus optimiste que celui qu'il avait depuis deux jours.
En gros, le président français aurait convaincu le président égyptien de couper l'approvisionnement en armes du Hamas. Dans la journée, l'émissaire du Quartette international pour le Proche-Orient, Tony Blair, avait affirmé qu'un cessez-le-feu immédiat dépendait d'une «action claire» pour bloquer les tunnels de contrebande entre l'Égypte et Gaza, qui permettent l'approvisionnement des islamistes.
Le désarmement du Hamas est en effet «la question-clé» selon Mark Regev, porte-parole du gouvernement israélien. Le premier ministre, Ehoud Olmert, affirme depuis plusieurs jours qu'il ne consentira à aucun cessez-le-feu tant qu'il n'aura pas de solides garanties que cesseront les tirs de roquettes du Hamas vers Israël. Selon Israël, le Hamas a en effet profité de la récente trêve de six mois pour multiplier par deux la portée de ses lance-roquettes. Or, l'arrêt de la contrebande d'armes dépend largement de l'Égypte, qui contrôle la frontière ouest de la bande de Gaza où les armes circulent dans des souterrains improvisés.
«La proposition égyptienne a ceci d'important que personne n'est humilié, personne ne perd la face, que ce n'est pas un retour au statu quo ante, a indiqué Nicolas Sarkozy. Les Égyptiens sont prêts à travailler sur la sécurité aux frontières puisqu'une pression est faite pour qu'il n'y ait plus de roquettes qui partent de Gaza.»
Le président Moubarak n'a pas précisé quel rôle pourrait jouer le Hamas dans ces négociations. On sait qu'une délégation du bureau politique se trouve actuellement au Caire même si les relations entre l'Égypte et le Hamas étaient au plus mal depuis des mois. En décembre, le Hamas avait accusé l'Égypte de verrouiller le terminal de Rafah sous de faux prétextes. Hosni Moubarak, qui affronte en Égypte l'opposition violente des Frères musulmans, a plusieurs fois déclaré qu'il ne souhaitait pas voir s'établir à ses frontières une république islamique. Hier à Damas, le président français a dit compter sur les liens étroits qui unissent la Syrie et le Hamas pour obtenir un arrêt des tirs de missiles.
Même si aucun cessez-le-feu n'est encore véritablement à portée de main, plusieurs ont vu dans la diplomatie du président français une expression du volontarisme dont il avait fait preuve à la présidence de l'Europe depuis six mois. «Nous Européens, nous prenons des risques, a-t-il déclaré. Le Proche-Orient a besoin d'une Europe forte.» Ces propos n'étaient pas vraiment du goût de la nouvelle présidence européenne maintenant assumée par la République tchèque, qui voyait d'un mauvais oeil l'initiative française. Toutes deux en mission au Moyen-Orient, les deux délégations se sont livrées à un curieux chassé-croisé. Représentant du gouvernement européen le plus pro-israélien, le ministre des Affaires étrangères tchèque, Karel Schwarzenberg, a estimé que malgré des «signaux positifs», il faudrait «plusieurs jours pour voir une vraie lueur, pour vraiment voir quand cette guerre prendra fin». L'initiative personnelle de Nicolas Sarkozy a de plus irrité le ministre des Affaires étrangères italien, Franco Frattini. «Si chacun conduit sa propre mission, cela affaiblit la position stratégique», a-t-il déclaré.
En France aussi, depuis plusieurs jours, l'initiative du chef de l'État suscite un certain scepticisme même si elle a été applaudie par l'ancien ministre socialiste Jack Lang. Il faut dire que plusieurs villes de France ont connu des manifestations de soutien au Hamas, dont certaines ont été violentes. Lundi, une synagogue a été attaquée à Toulouse par une voiture bélier et des cocktails Molotov. Si le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a admis qu'il fallait «absolument tout tenter», l'ancien ministre socialiste de la Défense Jean-Pierre Chevènement a déclaré que «ce sont les Américains qui ont la clé» du conflit. François Bayrou, président du parti centriste le Modem, a rappelé que Nicolas Sarkozy n'était plus président de l'Union européenne: «Le fait qu'il y ait en concurrence et en même temps la délégation de l'Union européenne officielle et d'un autre côté le président de la République française peut faire courir un risque de dispersion.»
Un sondage publié le 5 janvier montre que, contrairement à leur position traditionnelle plutôt pro-palestinienne, les Français font porter la responsabilité du récent conflit au Hamas à 42 %. Leurs sympathies se portent vers Israël à 33 %, contre seulement 11 % vers le Hamas, et 53 % vers ni l'un ni l'autre. La moitié des répondants estime les représailles israéliennes justifiées.
***
Correspondant du Devoir à Paris
Avec Reuters et l'Agence France-Presse
Haut de la page

