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La jeunesse grecque est coincée entre chômage et bas salaires

13 décembre 2008  Europe
Des étudiants grecs ont manifesté hier devant le Parlement à Athènes.
Photo : Agence Reuters
Des étudiants grecs ont manifesté hier devant le Parlement à Athènes.
Athènes — L'explosion de colère sans précédent de la jeunesse grecque depuis une semaine traduit un malaise profond, tant dans le secteur inadapté de l'éducation que dans le monde du travail, où les inégalités se sont creusées ces 20 dernières années.

En 30 ans, la Grèce s'est radicalement transformée, passant de l'état de pays en voie de développement, principalement agricole, au statut de leader économique du monde balkanique, fort de ses banques, de son tourisme et de sa marine marchande. Tout cela grâce à son adhésion, en 1981, à la Communauté européenne, qui a injecté des fonds massifs dans l'économie. Mais les réformes indispensables, notamment dans l'éducation, la recherche — quasi inexistante —, la santé et sur le marché du travail n'ont pas suivi.

Surveillés de près par la Commission européenne, les conservateurs grecs, au pouvoir depuis 2004, ont tenté d'assainir les comptes qui avaient explosé avec les très coûteux Jeux olympiques de 2004. Depuis, le ministre de l'Économie, Georges Alogoskoufis, n'a eu de cesse de freiner les dépenses sociales et de privatiser pour rester dans les clous du pacte de stabilité. Le budget de l'éducation représente moins de 3,5 % du budget national et, à maintes reprises, depuis deux ans, les lycéens et étudiants ont manifesté, exprimant leur angoisse face à un avenir bouché et réclamant des crédits supplémentaires pour l'éducation. M. Alogoskoufis a refusé de desserrer les cordons de la bourse, la grogne et les ressentiments se sont installés.

Mélange explosif

La dernière réforme de l'éducation adoptée par la majorité conservatrice est restée vide de contenu. Les familles continuent d'envoyer leurs enfants dans les cours privés du soir pour leur donner une chance d'intégrer l'université, ce qui leur coûte, dès le collège, près de 500 euros par mois.

Et leur diplôme ne leur assure pas forcément de débouché. Le marché du travail n'absorbe que la moitié des quelque 80 000 diplômés par an des universités. Il ne leur reste que «le choix entre le chômage, le départ à l'étranger ou la surexploitation», affirme Savvas Rombolis, chercheur à l'Institut du travail (INE) de la puissante Confédération des travailleurs grecs (GSEE, 600 000 adhérents). Selon les chiffres de septembre, la tranche d'âge des 15-24 ans est la plus touchée par le chômage, avec un taux de 24,3 %. Les femmes sont aussi mises à mal, avec un taux de 10,7 %, le double de celui des hommes (5,1 %). «Le chômage des jeunes et leur difficulté à entrer dans le monde du travail s'ajoutent au bas niveau des salaires, entre 700 et 900 euros, aux angoisses créées par la crise financière et à la hausse des taux d'intérêt. Tous ces facteurs engendrent l'inquiétude et l'insécurité, un mélange explosif que les événements ont révélé», a estimé Manolis Hadzidakis, analyste financier de la société de courtage Pigasos.

«La situation est angoissante, nous ne sommes pas parvenus à moderniser le marché du travail, les demandes ont considérablement changé, le niveau des études a baissé», renchérit Stathis Anestis, membre de la direction de la GSEE et responsable de l'INE. «Les jeunes n'ont pas accès au marché du travail, les conditions d'entrée sont pires que du temps de la génération précédente.» Selon M. Anestis, on peut s'attendre, après les Fêtes, à «une vague de licenciements massifs» et à une perte, en 2009, «de 100 000 emplois, ce qui correspond à 5 % de chômage supplémentaires». Cette vague de licenciements devrait toucher, selon M. Anestis, les secteurs du bâtiment, du tourisme et du commerce. Pour M. Rombolis, «la jeune génération ne peut pas s'en sortir, avec un salaire mensuel de 400 à 500 euros, alors que les prix sont du niveau de ceux de l'Allemagne ou de la France».

La situation n'est guère meilleure pour la plupart des Grecs: 40 % des travailleurs gagnent moins de 1100 euros bruts, selon les études de l'INE. La Grèce a le taux le plus élevé de travailleurs pauvres (14 %) des Vingt-Sept. Nombre de salariés sont obligés de recourir à un second travail pour boucler les fins de mois.
 
 
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