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Débat déchirant sur l'Afghanistan en France

L'Assemblée nationale reconduit l'engagement militaire français

Christian Rioux   23 septembre 2008  Europe
Le premier ministre François Fillon s’adressant aux membres de l’Assemblée nationale française, hier. Il s’est livré à un vibrant plaidoyer en faveur de l’engagement militaire de la France en Afghanistan.
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre François Fillon s’adressant aux membres de l’Assemblée nationale française, hier. Il s’est livré à un vibrant plaidoyer en faveur de l’engagement militaire de la France en Afghanistan.
Paris — Pour la première fois, l'Assemblée nationale française a reconduit hier l'engagement militaire de la France en Afghanistan à 343 voix contre 210. À cause d'une modification constitutionnelle intervenue cet été, le Parlement doit dorénavant approuver les missions militaires françaises. Le débat se déroulait dans un contexte particulièrement tendu depuis la fuite d'un «rapport secret» dans le Globe and Mail sur les circonstances entourant la mort de dix soldats français le 18 août dernier.

Après les démentis de l'OTAN et de l'état-major français, selon qui aucun rapport n'avait été produit sur l'incident, le ministre de la défense, Hervé Morin, a finalement admis l'existence d'un «compte rendu» sur l'embuscade du 18 août. Rédigé par un officier du Joint Operation Center, celui-ci aurait été envoyé par courriel et fait l'objet d'une fuite. Selon le quotidien de Toronto, le rapport attribue les pertes françaises (21 blessés et 10 morts) au manque de munitions et au matériel de communication défaillant des militaires dépêchés dans la vallée d'Uzbin.

L'affirmation a relancé la polémique qui fait rage sur le manque de préparation de cette mission depuis la publication d'un reportage de Paris Match illustrant l'âpreté des combats et soulignant les lacunes des services de renseignement et de l'appui logistique.

Devant l'Assemblée nationale, le premier ministre, François Fillon, a néanmoins réfuté la version du Globe and Mail. Selon lui, jamais le détachement français n'a manqué de munitions, et les communications n'ont été interrompues que quelques minutes lorsque le militaire chargé de celles-ci a été touché mortellement. «La réalité est suffisamment cruelle pour qu'on n'y ajoute pas le mensonge et la désinformation, a déclaré le premier ministre. Je récuse la thèse de ceux qui pensent que nos troupes sont tombées pour rien.» Ce qui n'empêche pas le premier ministre d'annoncer l'envoi de nouveaux renforts d'ici à quelques semaines: hélicoptères, drones ainsi qu'une centaine de soldats supplémentaires.

Personne ne doutait du résultat du vote à l'Assemblée nationale. Rarement, pourtant, la population et ses élus ont été aussi divisés. Selon le sondage le plus récent (BVA-Orange-L'Express), près de deux Français sur trois (62 %) sont aujourd'hui opposés à la participation française à la guerre en Afghanistan. Une première en France où les missions militaires au Liban, en Afrique ou en Bosnie ont toujours été largement soutenues par la population.

François Fillon s'est par ailleurs livré à un vibrant plaidoyer en faveur de l'engagement militaire français aux côtés des 39 nations présentes en Afghanistan, «dont 25 sont membres de l'Union européenne» rappelle-t-il. Il a indiqué qu'il avait fallu dix ans pour pacifier l'ex-Yougoslavie. «Penser que l'Afghanistan puisse aller plus vite relève de l'illusion», dit-il. Les députés centristes regroupés derrière François Bayrou ont voté avec la majorité.

«À l'évidence, nos troupes manquent d'un matériel adapté», estime de son côté le porte-parole de l'opposition, le socialiste Jean-Marc Ayrault. Avec les Verts, les socialistes se sont élevés contre une stratégie qui, disent-ils, «conduit dans une impasse». Jean-Marc Ayrault reconnaît cependant que «la France ne peut pas se désengager soudainement de l'Afghanistan». Un tel geste au moment où elle assure la présidence de l'Union européenne aurait des conséquences diplomatiques considérables.

Les socialistes dénoncent la stratégie militaire américaine qui serait «en train de glisser vers une guerre d'occupation qui n'a plus de limite». «Jusqu'où allons nous aller dans la logique de guerre?» demande le porte-parole. Rappelant que ces questions étaient «au coeur de la campagne électorale au Canada», Jean-Marc Ayrault réclame un calendrier précis de désengagement. En avril, les socialistes avaient au contraire déposé une motion de censure pour renforcer le dispositif. M. Ayrault a soutenu hier qu'il faudrait 200 000 hommes pour gagner cette guerre.

Les partis de gauche ne sont pas les seuls à remettre en question la stratégie de la coalition. Chargé d'une mission d'enquête, le député UMP Pierre Lellouche, pourtant considéré comme pro-américain, a récemment déclaré que «la stratégie de l'OTAN est en train d'échouer».

C'est le premier ministre socialiste Lionel Jospin qui avait décidé en 2001, avec le président Jacques Chirac, d'engager la France aux côtés des Américains. L'ancien premier ministre juge aujourd'hui qu'en Afghanistan, les Français sont face à «une mission imprécise et à des décisions prises sans eux».

Avec 3300 militaires et 5 % des effectifs, la France n'a pas les moyens d'influer sur la stratégie d'ensemble, jugent plusieurs analystes. D'autres s'inquiètent de la dispersion des 12 500 militaires français engagés dans plusieurs missions de paix en Bosnie, au Liban et en Afrique.

S'adressant à la chambre, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a tenté de répondre aux arguments de ses anciens amis socialistes. Selon lui, les organisations humanitaires afghanes et françaises souhaitent que la France demeure dans le pays afin de leur permettre de s'approcher au plus près des populations. Le ministre a nié tout alignement sur les Américains en évoquant la forte implication des pays européens. La présence française, dit-il, est une «exigence morale».

***

Correspondant du Devoir à Paris
 
 
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  • Belanger Marc
    Inscrit
    mardi 23 septembre 2008 07h35
    A terme une force européenne autonome ?
    Intéressant.

    A partir du moment où les Français - ca doit aussi valoir pour les autres Européens (25 présents en Afghanistan sur les 27 de l'UE !) - sont pleinement conscients qu'ils ne sont pas maîtres de leurs décisions et de leur mission en Afghanistan, qu'ils se perçoivent et sont perçus par les Afghans comme de simples supplétifs des Etats-Unis, mais que le statut de la France - même chose s'agissant de l'Europe - l'oblige à y demeurer, j'imagine que cela les contraint à envisager à terme la mise en place d'une force européenne autonome et distincte de l'Otan.

  • andré michaud
    Inscrit
    mardi 23 septembre 2008 08h21
    Un engagement est un engagement
    Quand on s'engage à travers une alliance militaire, ce ne doit pas être aléatoire et facultatif...Si c'était la France qui avait été attaquée par Al Quaida appuyée totalement par le gouvernement taliban, on aurait exigé une solidarité des partenaires.

    Alors soit on sort de l'alliance, et on se débrouille tout seul en cas d'attaque, soit on est solidaire et responsable vis-à-vis ses engagements. C'est trop facile de se sauver de façon lâche de ses obligations devant le danger..Que serait devenu la France si les alliés avaient décidé que c'était trop dangereux d'attaquer les nazis...??

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mardi 23 septembre 2008 18h08
    Question de M. André Michaud
    M. André Michaud pose la question : «Que serait devenu la France si les alliés avaient décidé que c'était trop dangereux d'attaquer les nazis...?? »

    Difficile à dire même si Hitler serait mort quand même aujourd'hui puisqu'il aurait 119 ans. Est-ce que l'Europe entière serait devenu une grande Allemagne à la place de l'Union européenne ? Est-ce que son successeur aurait été sanguinaire ? Est-ce qu'il serait devenu le maître absolu de la terre entière en faisant souffert ? Est-ce que W. Bush ne serait pas présenté à la présidence des États-Unis pour ainsi nous priver d'un champion religieux de la démocratie ? Est-ce qu'on serait tous morts aujourd'hui ou enchaînés par les Allemands ? Questions graves...sans réponses mais qu'il vaut quand même la peine de se poser pour passer le temps.

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    mercredi 24 septembre 2008 10h50
    À quand un débat ici sur le bourbier afghan ?
    Le Boc Québécois est d'accord à ce que le Canada respecte ses engagements pris en 2001 concernant l'Afghanistan, mais pas plus. C'est de l'angélisme de sa part, mais cela montre un sens des responsabilités et un sens de la parole donnée, ce qui est rare chez les politiciens. Cela augmente la crédibilité de ce parti qui représente des Québécois qui n'ont pas encore leur propre pays.
    Le Canada se trouve en Afghanistan avec 36 autres pays de l'OTAN, dans le cadre d'une mission autorisée par les Nations Unies, en vue d'aider à rétablir la stabilité, la démocratie et l'autonomie dans ce pays. Il ne s'agit que d'une mission « AUTORISÉE » par l'ONU, et non pas une mission DES Nations Unies.
    Cependant les conditions en Afghanistan ont changé depuis les décisions canadiennes prises en 2001. Le Canada ne peut renier ses engagements qui étaient au départ essentiellement humanitaires, mais ses opérations sont devenues avec le temps essentiellement guerrières, ce qui est inacceptable pour la majorité des Québécois.
    Que faire? Le Canada devrait ramener la question de l'Afghanistan devant les Nations Unies pour revoir le rôle que l'ONU comme telle doit y assumer dans le respect de l'Afghanistan et pour y impliquer s'il y a lieu TOUTE la communauté internationale dans un nouveau rôle.
    Le Canada doit essayer de se sortir de ce pétrin en s'adressant à l'ONU. Pour sauver la face, le Canada devrait demander aux Nations-Unies de reprendre en mains tout le dossier de l'Afghanistan qui a été laissé à l'OTAN. Les opérations actuelles en Afghanistan sont en fait sous l'égide manifeste des USA, ce qui va jouer de bien vilains tours au Canada par terroristes interposés.
    Seules les Nations-Unies, et des contingents venant de tous les pays membres des Nations-Unies, pourraient amener un semblant de justification à cette guerre qui devrait plutôt être un effort de reconstruction.
    De façon plus générale, l'armée canadienne ne devrait participer à des opérations de paix ou de guerre à l'étranger que si le Canada est directement attaqué ou que ces opérations sont chapeautées directement par les Nations-Unies.

    Cependant, étant donné notre appartenance à l'OTAN, une exception serait faite dans le cas d'une attaque armée contre un pays membre de l'OTAN sur le territoire de ce pays, où l'entraide est alors de mise. Ceci excluerait des attaques contre soit disant des intérêts d'un pays membre de l'OTAN mais à l'extérieur du territoire de ce pays, comme par exemple des intérêts dans des puits de pétrole.

    Avec cette erreur guerrière en Afghanistan, le Canada a perdu son auréole d'ange de maintien de la paix. De plus, en s'immisçant dans un conflit où des intégristes fanatiques sont en action, le Canada en subira très probablement des retombées très négatives ici-même sur le sol canadien.

    Les Québécois forment un peuple pacifique. Malheureusement, par l'intermédiaire du Fédéral, nous dépensons contre notre gré des milliards de dollars dans cette guerre promue par M. Harper.

    C'est 22 milliards de dollars que M. Harper consacre à la guerre en Afghanistan.

    La part du Québec dans cette aventure guerrière: au moins 5 milliards. Cinq milliards de dollars d'impôts que les Québécois envoient à Ottawa pour la guerre!

    Mais en avons-nous les moyens? NON!

    Imaginez ce qu'on pourrait faire au Québec avec 5 milliards de dollars de plus!

    Une chance qu'on a le Bloc qui a réussi à limiter les dégâts et à forcer le Gouvernement à ne pas prolonger la guerre.

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