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La Géorgie se regroupe derrière son président

12 août 2008  Europe
Mikhéïl Saakachvili
Photo : Agence Reuters
Mikhéïl Saakachvili
Mine défaite, regard hésitant... Dimanche soir, Mikhéïl Saakachvili donnait l'impression d'un homme perdu. Mais la Géorgie ne peut se permettre de le perdre alors qu'on commence en coulisses à lui reprocher une aventure militaire totalement irresponsable, qui risque de mener le pays à sa perte.

«On voit clairement qu'un des objectifs présents du Kremlin est de briser Saakachvili. Mais pour moi, un Saakachvili brisé par le Kremlin, ce sont de nouveaux problèmes à venir pour le pays», affirme Davit Oussoupachvili, le dirigeant du Parti républicain, qui avait mené la fronde de l'opposition contre le président géorgien, ces derniers mois. «Car Poutine ne se soucie pas du peuple géorgien, il ne veut pas un meilleur gouvernement pour nous. Il veut complètement ruiner le pays!»

Même si les rancoeurs semblent énormes, elles sont tues en public. Devant l'invasion russe, l'unité est impérative, même pour une opposition qui, il y a une semaine à peine, boycottait le Parlement d'un «régime assassin». Mais il paraît de plus en plus évident à beaucoup que l'assaut lancé sur l'Ossétie du Sud était une folie que Moscou attendait pour faire payer très cher à son petit voisin son choix de quitter la tutelle russe pour celle des États-Unis et de l'UE.

«Saakachvili aurait dû savoir quel serait le niveau de brutalité de la réponse russe, et il aurait dû savoir aussi que l'Occident ne ferait pas grand-chose», accuse Archil Guéguéchidzé, politologue à la Fondation géorgienne d'études internationales. Cet aveuglement stratégique du président géorgien n'est pas pour l'instant mis en cause par une population avec laquelle la Russie est passée à l'offensive.

«Mais les Géorgiens pourraient se mettre à protester si les Russes vont plus loin. Il n'est pas exclu qu'après des objectifs militaires et stratégiques, ils s'attaquent aux infrastructures vitales: les centrales électriques, les réserves de carburant... Sans parler d'éventuelles frappes sur les quartiers habités. Quand on reviendra aux bougies, on changera peut-être d'avis sur la politique du gouvernement», prédit Archil Guéguéchidze.

Le président semble hésiter quant à la stratégie à suivre. Tout en ayant signé le cessez-le-feu proposé par l'Union Européenne, il maintient un discours de fond plutôt belliqueux. «Nous n'avons pas capitulé, notre armée est toujours en bon ordre, malgré les pertes», a déclaré Alexandre Lomaia, chef du Conseil national de sécurité. «Je peux vous assurer que nous recevons une aide militaire de l'étranger... Et nous la recevrons jusqu'à ce que nous ayions chassé les Russes du pays.»

Ces rotomontades ressemblent à une tentative de sauver la face. «Qu'est-ce qui peut empêcher les Russes d'aller jusqu'à Tbilissi?», dit un diplomate européen. Impuissante à agir, la communauté internationale est d'ailleurs l'objet de plus de rancoeurs que Mikhéïl Saakachvili, qui n'a fait finalement qu'entamer une guerre à laquelle s'était résolue une bonne partie de la population. «Ce qui arrive maintenant n'est pas que la faute du gouvernement géorgien, la communauté internationale a fait des erreurs énormes», accuse l'opposant Oussoupachvili.

«D'abord, on a flatté Saakachvili — c'était le héros de la démocratie dans la région, à qui on a donné carte blanche pour agir. Et tout d'un coup, en avril, arrive le message que la Géorgie — surtout pour la vieille Europe — n'est

pas la bienvenue dans l'OTAN», analyse le dirigeant du Parti

républicain.

«Quand les plus hauts officiels européens ont déclaré qu'il fallait d'abord prendre en compte les intérêts de la Russie dans la région, ils ont donné le feu vert à Poutine pour qu'il agisse comme il le fait à présent.»






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