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Qui veut miser sur la Belgique?

4 août 2008  Europe
Bruxelles — Personne ne veut miser un euro en Belgique sur une issue à la crise politique, et le spectre de l'éclatement du pays est à nouveau évoqué si le premier ministre Yves Leterme devait une nouvelle fois jeter l'éponge.

Le chef du gouvernement s'est montré pessimiste sur les chances de survie de son gouvernement dans une série d'entretiens accordés cette fin de semaine à plusieurs quotidiens régionaux du Royaume.

«Il faut arriver à cette réforme de l'État qui nécessitera des transferts de compétences et de responsabilités. C'est un élément important de l'accord du gouvernement. Donc ce gouvernement survivra dans la mesure où l'on parvient à s'entendre sur le sujet», a-t-il averti.

Yves Leterme a pour l'instant échoué. Incapable de faire accepter un compromis aux deux communautés flamande et francophone, il a présenté le 14 juillet sa démission au roi Albert II, qui l'a refusée.

Le souverain a confié une mission de la dernière chance à trois personnalités et maintenu en sursis le gouvernement Leterme jusqu'à la mi-septembre, terme du mandat des médiateurs. Mais l'impasse est toujours totale. «Depuis la nomination des négociateurs, on n'a pas avancé d'un millimètre», a déploré Yves Leterme.

L'une de ces personnalités, Karl-Heinz Lambertz, le ministre-président de la communauté germanophone de Belgique, a souligné la difficulté de l'entreprise et n'a pas caché ses inquiétudes.

«Voici deux ans, j'aurais dit que l'éclatement de la Belgique est un beau sujet de fiction. Aujourd'hui, mon pronostic est plus réservé», a-t-il confié à l'hebdomadaire belge Le Vif paru cette semaine. Après avoir accordé ces entretiens, Yves Leterme s'est mis en congé.

Comme lui, des millions de Belges ont pris cette fin de semaine la route des vacances pour des destinations où leur identité communautaire ne signifie rien.

Mais les francophones du Royaume ont été secoués par les dernières déclarations du président du parti autonomiste Nouvelle Alliance Flamande (NVA) qui les considère comme des immigrants dans leur propre pays.

«Je pense qu'il n'y a pas de minorité francophone en Flandre. Il y a des immigrants qui doivent s'adapter», a lâché Bart De Wever. Et Yves Leterme n'a pas désavoué son allié. Le chef du gouvernement belge assure «garder son sang-froid», mais tout pourrait se jouer le 21 septembre.

Bart de Wever a en effet convoqué son parti en congrès à cette date pour décider de son soutien au gouvernement fédéral. Et toutes ses déclarations publiques plaident pour un vote de défiance. Or, les Chrétiens démocrates flamands (CD&V) forment un cartel politique avec la NVA.

Yves Leterme a écarté l'hypothèse d'une rupture. «Je suis le père du cartel et un père ne laisse pas tomber ses enfants», a-t-il affirmé à la presse flamande. Une réponse à ceux qui misent sur une rupture entre les deux formations.

Des élections régionales sont prévues au printemps 2009 et ce scrutin est plus important pour les partis que les législatives, car il leur permet d'assurer leur prépondérance dans leur région. Le cartel CD&V-NVA est la première formation politique en Flandre.

Une grave crise se profile et Yves Leterme la confirme implicitement. «Si j'échoue, le pays aura un problème», a-t-il mis en garde dans ses entretiens aux quotidiens flamands.

Olivier Maingain, le chef du Front des francophones (FDF) de Bruxelles, estime cet échec très probable et dit «redouter une crise profonde qui conduira à des élections anticipées» bien avant juin 2009.

«Au sein du CD&V, on se prépare à l'échec et à aller à des élections anticipées», estime le politologue Dave Sinardet, de l'Université d'Anvers. «Mais je ne crois pas que l'éclatement soit un scénario crédible.»

«Comment peut-on négocier la scission d'un pays lorsqu'on est pas capable de négocier la scission d'une circonscription électorale?», a-t-il souligné.
 
 
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