Le dialogue méditerranéen est relancé
Photo : Agence Reuters
Le président français Nicolas Sarkozy (à gauche) a accueilli le président palestinien Mahmoud Abbas (à droite) et le premier ministre israélien Éhoud Olmert lors de leur arrivée au Palais de l’Élysée, hier, peu avant la grande conférence qui
Réconcilier une quarantaine d'États autour de la «Grande Bleue», voilà l'ambitieux défi que propose de relever le président français, Nicolas Sarkozy, avec son idée d'Union pour la Méditerranée (UPM), dont le coup d'envoi a finalement été donné hier à Paris. Projet vertueux et prometteur, il y aura pourtant fort à faire au sein de cette «union», qui tente notamment de rapprocher dirigeants israélien et arabes afin de «bâtir un avenir de paix, de démocratie et de prospérité».
À l'issue de quatre heures de réunion au Grand Palais de Paris, les 43 pays membres (soit les 27 États membres de l'Union européenne, plus l'Algérie, l'Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Mauritanie, la Syrie, la Tunisie, la Turquie, l'Autorité palestinienne, l'Albanie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et Monaco), représentant près de 800 millions d'habitants, ont adopté «à l'unanimité» une déclaration créant l'UPM et s'inspirant largement du processus de Barcelone lancé en 1995. «Nous en avions rêvé. L'Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité», s'est réjoui Nicolas Sarkozy, qui a dû batailler ferme pour imposer son projet face aux réticences des Européens comme de certains pays arabes. «Il fallait quelqu'un qui prenne des risques, et puis le cercle vertueux s'engage», a-t-il ajouté.
L'UPM voulant déjà traduire ses objectifs en projets régionaux concrets, les participants ont donné hier la priorité à six de ces «initiatives-clés», notamment la construction d'autoroutes maritimes et terrestres pour améliorer la fluidité du commerce entre les deux rives de la Méditerranée, la création d'un plan solaire, le développement d'une université euroméditerranéenne, le renforcement de la protection civile et la dépollution de la Méditerranée. La Commission européenne a d'ailleurs déjà présenté en mars des projets concrets qui visent à éliminer 80 % des sources de pollution d'ici à 2020 et qui devraient coûter au moins deux milliards d'euros.
Les États membres sont donc tombés d'accord sur les premiers projets concrets mais «à géométrie variable»: la participation de tous les États n'est pas automatique, chacun restant libre de décider de participer ou non à l'un ou l'autre. L'UPM tiendra un sommet tous les deux ans, et le lieu où siégera son secrétariat sera fixé lors d'une réunion des ministres en novembre.
Pour le reste, l'UPM reprend largement les acquis du processus de Barcelone. Son nom officiel est d'ailleurs «Processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée», alors que cette structure était dans l'impasse en raison de conflits régionaux.
Si le mandat du coprésident du Sud a été fixé à deux ans, celui du coprésident du Nord reste flou, alors que l'Union européenne est dans un no man's land juridique depuis le rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais.
Ainsi, «deux nouveautés», insiste le président français Nicolas Sarkozy: «Une volonté d'égalité entre le Nord et le Sud», symbolisée par la coprésidence, et «une volonté de se retrouver autour de projets concrets».
Un commencement fragile
Le sommet d'hier a été marqué par une première: le président syrien, Bachar al-Assad, et le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, dont les pays sont théoriquement en guerre depuis 1948, se sont retrouvés assis à une même table, même s'ils sont restés à distance. Israël et la Syrie ont récemment repris des discussions indirectes de paix sous la médiation de la Turquie, mais le président syrien a laissé entendre que des discussions directes n'étaient pas encore pour bientôt.
Son séjour à Paris lui a permis de faire un retour éclatant sur la scène internationale, notamment en affichant sa volonté d'établir des relations diplomatiques avec le Liban. «Tout pays qui souhaite régler les problèmes du Proche-Orient doit parler avec la Syrie», a-t-il prévenu.
Reçu hier matin au palais de l'Élysée avec le président palestinien, Mahmoud Abbas, M. Olmert a estimé pour sa part qu'Israéliens et Palestiniens n'ont «jamais été aussi proches d'un accord» de paix.
Nicolas Sarkozy a surtout insisté sur la présence à la même table de la quasi-totalité des pays arabes concernés. «Pendant quatre heures [...], personne ne s'est levé pour partir. [...] Il y a pas eu d'éclats de voix.»
Certes, mais le président syrien n'était pas présent pour le discours du premier ministre israélien lors de la séance plénière, selon deux représentants du gouvernement israélien. Il a été «très présent tout au long de l'après-midi», a rétorqué le président français. «Personne n'a fait d'incident ou quoi que ce soit», a-t-il assuré. «Si M. Al-Assad a par exemple des pourparlers, s'il a des choses à faire à l'extérieur de la salle, où est le problème?», a estimé de son côté Hosni Moubarak.
Il y avait dimanche un absent de marque, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui a jugé le projet «effrayant» et a boycotté la rencontre. Le roi du Maroc, Mohammed VI, dont certains disent qu'il s'est évité de côtoyer le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, s'est fait remplacer par son frère pour cause d'agenda surchargé. Mais «le Maroc était représenté», a insisté Nicolas Sarkozy.
Signe de la complexité de l'exercice, aucune photo de famille n'a eu lieu en fin de rencontre. Mais, pour la France, le fait de réunir autour d'une même table des rivaux de longue date constituait en soi une victoire.
Un succès incertain
Déjà, l'Union avait commencé par une chicane, celle entre le président français et son homologue allemande, Angela Merkel. Celle-ci craignait que ce projet initial de M. Sarkozy, qui ne concernait alors que les pays riverains de la Méditerranée, ne fasse «exploser» l'Union européenne. Elle avait insisté pour que l'UPM ne se limite pas aux pays du pourtour méditerranéen, alléguant que tous partageaient le même intérêt, soit «que la paix et la stabilité règnent dans la Méditerranée».
Le succès de l'UPM dépendra surtout de l'avancée des discussions de paix dans la région. «Pour nous, la priorité, c'est la paix, et il ne pourra y avoir de coopération économique efficace sans elle», a d'ailleurs prévenu le président syrien, Bachar el-Assad.
La question du financement des projets reste aussi posée. «Il y a beaucoup d'argent disponible pour le processus de Barcelone qui n'a pas été dépensé jusqu'à maintenant», a souligné Angela Merkel, en évoquant une somme de 13 milliards d'euros.
Mais, pour le président algérien, «il est tout à fait clair que les difficultés auxquelles se heurtera l'Union pour la Méditerranée se situeront d'abord au niveau du financement des actions projetées». «Nous allons travailler sur le financement» d'ici au mois de novembre, a assuré Nicolas Sarkozy.
En attendant, la quasi-totalité des dirigeants présents assisteront lundi au défilé militaire du 14 juillet, jour de la Fête nationale de la France. À la tribune présidentielle siégeront donc à la fois Bachar al-Assad, Éhoud Olmert et le président de l'Autorité palestienne, Mahmoud Abbas.
Le secrétariat général devrait revenir à une ville du sud. Mais la question est à l'origine de vives rivalités et sera remise à plus tard. Le financement des projets restera lui aussi à définir, une fois passée la grand-messe de lancement. Les ministres des Affaires étrangères de l'UPM se retrouveront en novembre pour tenter de résoudre ces questions.
«Il y a beaucoup de travail», a résumé simplement Nicolas Sarkozy.
***
Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
À l'issue de quatre heures de réunion au Grand Palais de Paris, les 43 pays membres (soit les 27 États membres de l'Union européenne, plus l'Algérie, l'Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Mauritanie, la Syrie, la Tunisie, la Turquie, l'Autorité palestinienne, l'Albanie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et Monaco), représentant près de 800 millions d'habitants, ont adopté «à l'unanimité» une déclaration créant l'UPM et s'inspirant largement du processus de Barcelone lancé en 1995. «Nous en avions rêvé. L'Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité», s'est réjoui Nicolas Sarkozy, qui a dû batailler ferme pour imposer son projet face aux réticences des Européens comme de certains pays arabes. «Il fallait quelqu'un qui prenne des risques, et puis le cercle vertueux s'engage», a-t-il ajouté.
L'UPM voulant déjà traduire ses objectifs en projets régionaux concrets, les participants ont donné hier la priorité à six de ces «initiatives-clés», notamment la construction d'autoroutes maritimes et terrestres pour améliorer la fluidité du commerce entre les deux rives de la Méditerranée, la création d'un plan solaire, le développement d'une université euroméditerranéenne, le renforcement de la protection civile et la dépollution de la Méditerranée. La Commission européenne a d'ailleurs déjà présenté en mars des projets concrets qui visent à éliminer 80 % des sources de pollution d'ici à 2020 et qui devraient coûter au moins deux milliards d'euros.
Les États membres sont donc tombés d'accord sur les premiers projets concrets mais «à géométrie variable»: la participation de tous les États n'est pas automatique, chacun restant libre de décider de participer ou non à l'un ou l'autre. L'UPM tiendra un sommet tous les deux ans, et le lieu où siégera son secrétariat sera fixé lors d'une réunion des ministres en novembre.
Pour le reste, l'UPM reprend largement les acquis du processus de Barcelone. Son nom officiel est d'ailleurs «Processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée», alors que cette structure était dans l'impasse en raison de conflits régionaux.
Si le mandat du coprésident du Sud a été fixé à deux ans, celui du coprésident du Nord reste flou, alors que l'Union européenne est dans un no man's land juridique depuis le rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais.
Ainsi, «deux nouveautés», insiste le président français Nicolas Sarkozy: «Une volonté d'égalité entre le Nord et le Sud», symbolisée par la coprésidence, et «une volonté de se retrouver autour de projets concrets».
Un commencement fragile
Le sommet d'hier a été marqué par une première: le président syrien, Bachar al-Assad, et le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, dont les pays sont théoriquement en guerre depuis 1948, se sont retrouvés assis à une même table, même s'ils sont restés à distance. Israël et la Syrie ont récemment repris des discussions indirectes de paix sous la médiation de la Turquie, mais le président syrien a laissé entendre que des discussions directes n'étaient pas encore pour bientôt.
Son séjour à Paris lui a permis de faire un retour éclatant sur la scène internationale, notamment en affichant sa volonté d'établir des relations diplomatiques avec le Liban. «Tout pays qui souhaite régler les problèmes du Proche-Orient doit parler avec la Syrie», a-t-il prévenu.
Reçu hier matin au palais de l'Élysée avec le président palestinien, Mahmoud Abbas, M. Olmert a estimé pour sa part qu'Israéliens et Palestiniens n'ont «jamais été aussi proches d'un accord» de paix.
Nicolas Sarkozy a surtout insisté sur la présence à la même table de la quasi-totalité des pays arabes concernés. «Pendant quatre heures [...], personne ne s'est levé pour partir. [...] Il y a pas eu d'éclats de voix.»
Certes, mais le président syrien n'était pas présent pour le discours du premier ministre israélien lors de la séance plénière, selon deux représentants du gouvernement israélien. Il a été «très présent tout au long de l'après-midi», a rétorqué le président français. «Personne n'a fait d'incident ou quoi que ce soit», a-t-il assuré. «Si M. Al-Assad a par exemple des pourparlers, s'il a des choses à faire à l'extérieur de la salle, où est le problème?», a estimé de son côté Hosni Moubarak.
Il y avait dimanche un absent de marque, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui a jugé le projet «effrayant» et a boycotté la rencontre. Le roi du Maroc, Mohammed VI, dont certains disent qu'il s'est évité de côtoyer le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, s'est fait remplacer par son frère pour cause d'agenda surchargé. Mais «le Maroc était représenté», a insisté Nicolas Sarkozy.
Signe de la complexité de l'exercice, aucune photo de famille n'a eu lieu en fin de rencontre. Mais, pour la France, le fait de réunir autour d'une même table des rivaux de longue date constituait en soi une victoire.
Un succès incertain
Déjà, l'Union avait commencé par une chicane, celle entre le président français et son homologue allemande, Angela Merkel. Celle-ci craignait que ce projet initial de M. Sarkozy, qui ne concernait alors que les pays riverains de la Méditerranée, ne fasse «exploser» l'Union européenne. Elle avait insisté pour que l'UPM ne se limite pas aux pays du pourtour méditerranéen, alléguant que tous partageaient le même intérêt, soit «que la paix et la stabilité règnent dans la Méditerranée».
Le succès de l'UPM dépendra surtout de l'avancée des discussions de paix dans la région. «Pour nous, la priorité, c'est la paix, et il ne pourra y avoir de coopération économique efficace sans elle», a d'ailleurs prévenu le président syrien, Bachar el-Assad.
La question du financement des projets reste aussi posée. «Il y a beaucoup d'argent disponible pour le processus de Barcelone qui n'a pas été dépensé jusqu'à maintenant», a souligné Angela Merkel, en évoquant une somme de 13 milliards d'euros.
Mais, pour le président algérien, «il est tout à fait clair que les difficultés auxquelles se heurtera l'Union pour la Méditerranée se situeront d'abord au niveau du financement des actions projetées». «Nous allons travailler sur le financement» d'ici au mois de novembre, a assuré Nicolas Sarkozy.
En attendant, la quasi-totalité des dirigeants présents assisteront lundi au défilé militaire du 14 juillet, jour de la Fête nationale de la France. À la tribune présidentielle siégeront donc à la fois Bachar al-Assad, Éhoud Olmert et le président de l'Autorité palestienne, Mahmoud Abbas.
Le secrétariat général devrait revenir à une ville du sud. Mais la question est à l'origine de vives rivalités et sera remise à plus tard. Le financement des projets restera lui aussi à définir, une fois passée la grand-messe de lancement. Les ministres des Affaires étrangères de l'UPM se retrouveront en novembre pour tenter de résoudre ces questions.
«Il y a beaucoup de travail», a résumé simplement Nicolas Sarkozy.
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Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
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