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Sarkozy corrige le tir sur le Québec

Christian Rioux   23 mai 2008  Europe
Le président a dit compter depuis longtemps parmi les fans de la diva et avoir assisté à son spectacle au Stade de France en 1999. Il a exprimé sa fierté de voir «un artiste qui chante en français porter notre langue sur tous les continents».
Photo : Agence Reuters
Le président a dit compter depuis longtemps parmi les fans de la diva et avoir assisté à son spectacle au Stade de France en 1999. Il a exprimé sa fierté de voir «un artiste qui chante en français porter notre langue sur tous les continents».
Paris — Pour une fois, c'est la politique qui s'était invitée dans le show-business. C'est au moment de décorer Céline Dion de l'ordre de chevalier de la Légion d'honneur sous les lustres de l'Élysée que le président Nicolas Sarkozy a choisi hier de rectifier le tir et de calmer la polémique qui allait en s'amplifiant sur son attitude à l'égard du Québec.

Devant la star émue, en talons aiguilles et jupe noire fendue à l'arrière, le président est sorti de son texte pour revenir sur ses déclarations controversées du 8 mai dernier mettant sur un strict pied d'égalité la relation de la France avec le Québec et le Canada. Devant une Céline qui ne semblait visiblement pas au courant de la controverse, il a déclaré: «Je fais partie de ces Français qui considèrent que le Québec sont nos frères et que le Canada sont nos amis. Je n'oppose pas les deux.» «Jolie formule», a déclaré l'animateur Michel Drucker, ignorant tout de cette polémique.

Devant la presse people et une soixantaine de personnalités québécoises et françaises, dont Luc Plamondon, Denise Bombardier, Jean-Jacques Goldman et l'ancienne ministre Louise Beaudoin, le président a repris mot pour mot la formule utilisée par l'ancien premier ministre Alain Juppé en recevant Jean Charest vendredi dernier à Bordeaux.

«Je sais les liens très forts qu'il y a entre le Québec et la France. J'aurai l'occasion de venir très bientôt dire tout ce que je pense de cette histoire. Le Québec, c'est notre famille. Le Canada, ce sont nos amis. Et moi, je veux plus pour les deux.» En Normandie avec la gouverneure Michaëlle Jean, le président avait semblé s'éloigner de la politique traditionnelle de la France dite de «non-ingérence et non-indifférence» en déclarant simplement: «On aime le Québec, mais on aime le Canada. On aime les deux.»

Plusieurs personnalités politiques influentes sont intervenues depuis trois semaines auprès de Nicolas Sarkozy afin de l'inciter à corriger le tir. Parmi eux, on compte le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, ainsi que les anciens premiers ministres Alain Juppé et Michel Rocard. À Paris, l'ancienne ministre Louise Beaudoin a rencontré depuis un mois plus d'une douzaine de personnalités influentes de gauche comme de droite. Coïncidence, hier, un peu avant la cérémonie, elle rencontrait le conseiller personnel de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

À sa sortie de l'Élysée, l'ancienne ministre, maintenant chercheur invité au CERIUM de l'Université de Montréal, a salué l'évolution du président. «Il y a du mouvement et ça commence à ressembler à une formule qui peut avoir de l'intérêt. Si on dit qu'on est de la famille, c'est qu'il y a des choses qu'on peut faire ensemble qu'on ne fait pas nécessairement dans un ménage à trois. [...] Il fallait que la France manifeste une préférence. Il y a une porte qui s'est ouverte.»

Interviewé plus tôt par Le Devoir, Michel Rocard, qui est intervenu personnellement auprès de Nicolas Sarkozy, jugeait très improbable «qu'on puisse toucher à cette formule [non-ingérence et non-indifférence] sans que ça fasse hurler. Je serais très surpris que le président Sarkozy veuille toucher à ça.» Selon ce vieil ami des souverainistes québécois, «la formule d'Alain Peyrefitte est une admirable trouvaille sémantique. On n'a pas toujours la chance que les mots collent aussi précisément à une réalité complexe. Elle exprime un sentiment réellement profond et partagé tant par les Français que les Québécois.»

Il constatait par ailleurs que «Nicolas Sarkozy n'a guère voyagé au Canada et au Québec et qu'il ne connaît pas personnellement dans sa tripe le Québec, contrairement à un grand nombre d'élus français. Peut-être n'a-t-il pas cette sensibilité».

Revenant à son texte, le président a estimé que la remise de la Légion d'honneur à une vedette qui connaît un grand succès populaire marquait un changement dans l'attitude de la France face à la réussite. «La France ayant changé, ceux qui réussissent sont bienvenus ici.» Le président oubliait que la Légion d'honneur avait en réalité été attribuée à Céline Dion en 2005 par son prédécesseur, Jacques Chirac. Hier, elle lui était simplement remise en main propre.

Le président a dit compter depuis longtemps parmi les fans de la diva et avoir assisté à son spectacle au Stade de France en 1999. Il a exprimé sa fierté de voir «un artiste qui chante en français porter notre langue sur tous les continents» et évoqué ses propres déboires amoureux en citant la chanson de Jean-Jacques Goldman: S'il suffisait d'aimer. «Le talent sans le travail est peu de chose», a-t-il déclaré, citant Georges Brassens, qui avait refusé la Légion d'honneur et même écrit à ce propos une chanson grivoise et satirique intitulée La Légion d'honneur ça pardonne pas. Le président ne le savait visiblement pas.

La vedette québécoise a longuement évoqué la fierté qu'aurait éprouvée son père décédé «de voir sa petite dernière récompensée par la France». L'attribution de l'ordre de chevalier de la Légion d'honneur à Céline Dion n'est pas une exception. La plupart des grandes vedettes françaises l'ont obtenue. Comme de très nombreuses vedettes internationales, la dernière en date étant le cinéaste Steven Spielberg. «La France fait partie de moi», a déclaré Céline Dion, dont on dit qu'elle chercherait un pied-à-terre à Neuilly, dont Nicolas Sarkozy a longtemps été le maire. L'animateur Michel Drucker a dit retrouver «la reconnaissance du coeur» de celle qu'il avait connue lorsqu'elle avait 15 ans.

La remise de cette décoration survient alors que Céline Dion, en pleine tournée mondiale, donne six spectacles au Palais omnisport de Bercy à Paris, une salle de 15 000 places. Si le stade est presque plein tous les soirs, la vedette a été écorchée par la critique. Même la presse populaire comme Le Parisien a critiqué un spectacle où «la ringardise n'était jamais très loin». Quant au quotidien Le Monde, il a estimé que la chanteuse était «engoncée dans un spectacle à l'américaine» et «inhibiteur d'émotion».

En fin de soirée hier, Céline Dion et René Angélil ont déplacé la horde de journalistes qui était à l'Élysée ainsi que l'autobus qui transporte leurs proches au Musée Grévin, où ils ont inauguré leur nouvelle statue de cire.






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  • Loïc Roussel
    Inscrit
    vendredi 23 mai 2008 05h55
    une vraie vareuse de serge
    « costumée de circonstance, je présume
    toujours sur son 31 »

  • Laurent Lemieux
    Inscrit
    vendredi 23 mai 2008 06h54
    Et quoi encore!
    « Vas-y Celine tu transportes avec toi toutes les lubies les frustrations et l'idéal des colonisés que nous sommes.
    Vive la France et ses médailles. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 23 mai 2008 07h40
    Sarko se repend après s'être un peu pendu
    « On est passé de cousins à frères ce qui sous-entend aussi, soeur de la France. Ottawa serait réduit au rang de simple ami sauf, probablement, Michaëlle qui doit être, très très chère amie.

    Nous voilà toutes et tous casé(e)s au bon endroit avec une parenté Québec-France, améliorée.

    Vive Sarko, vive la France encore francophone...libre, vive nous ! »

  • Jean Leroux
    Inscrit
    vendredi 23 mai 2008 08h51
    Quel spectacle pathétique...
    « Le Président de la France célèbre le succès d'une grande canadienne, une grand québécoise et ... une grande figure internationale... et La Pravda du PQ (oui, Le Devoir) passe la moitié de l'article à parler de la simpliste pseudo-polémique du "ni-ni" versus "frère ou ami". Quel spectacle pathétique... québécoises et québécois, cessez de vous mettre à plat ventre devant la France qui se foute pas mal de tout cela... Célébrez donc plutôt votre place au sein de la nation canadienne qui est et demeure parmi les nations les plus admirées du monde entier. La France a plus de liens et d'échanges commerciaux avec l'Ontario qu'avec le Québec. Croyez-vous vraiment qu'elle va mettre cela en péril juste pour un débat "ni-ni" qui lui importe très peu dans le grand portrait des choses? »

  • Gilles Dubé
    Abonné
    vendredi 23 mai 2008 08h52
    Céline porte la langue française sur tous les continents?
    « Je ne connais pas le contenu de son spectacle. Je sais qu'il s'intitule "Taking chances" et j'imagine que si elle inclut quelques chansons en français pour son public parisien, elle doit surtout chanter les pièces en anglais de son dernier cd et tous les autres succès qui l'ont hissée au sommet du palmarès anglophone. Si c'est le cas, qu'est-ce qu'elle promeut? La langue et la culture francophone ou la suprématie du showbiz américain? »

  • Francois Bullock
    Inscrit
    vendredi 23 mai 2008 09h27
    A quand le bon geste frérot !
    « Est-ce une illusion, je rêve, non bien voila la renaissance d'un petit frère en Europe ou tout simplement devrais je dire d'un grand frère Européen. Seul les fous ne change pas d'idée mais dans la philosophie de notre frère Européen de non ingérence et de non indifférence, est ce que monsieur Nicolas Sarkozy pourrait comme un de ses prédécesseurs la si bien fait précédemment, influencer son gouvernement et ses alliés pour reconnaître, comme la fait son ami Canadien, le peuple Québécois comme Nation ? »

  • Diane Mercier
    Abonnée
    vendredi 23 mai 2008 09h58
    Visage à deux faces
    « Je ne voudrais pas de cette médaille que la France donne tant aux Elvis Gratton locaux (Johny Halliday) qu'aux ti-namis qui pissent dans la caisse comme Paul Desmarais et qui réclament en échange que la France s'éloigne du Québec pour se rapprocher du Canada. »

  • jean-marie francoeur
    Inscrit
    vendredi 23 mai 2008 10h32
    Encore ?
    « Monsieur Zarkozy n'a pas encore "pigé". Qu'il ait des amis on le conçoit. Mais il y a un moment pour chaque chose. D'associer le Québec et le Canada dans une même entrevue est une erreur. Il est devenu le pantin des politiques extérieures d'Ottawa. Ce qu'il ne semble pas voir, et qui est du domaine de l'évidence pour nous.

    Jean-Marie Francoeur »

  • MAROUSSIA KARAIVAN
    Abonnée
    vendredi 23 mai 2008 10h51
    Atention au président en talons aiguilles
    « Bonjour,

    Votre article m'étonne dès le départ ... et je vous cite textuellement:

    "Devant la star émue, en talons aiguilles et jupe noire fendue à l'arrière, le président est sorti de son texte pour revenir sur ses déclarations controversées ..."

    Attention à la virgule etc ... car grammaticalement parlant, vous affirmez que c'est le Président Sarkozy qui est en talons aiguilles et jupe noire fendue à l'arrière ...


    Pas sûr que le Président apprécie ... et Carla et Réné en seraient probablement courroucés !!!


    Une Castorette ... parisienne ... »

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    vendredi 23 mai 2008 11h08
    Une petite québécoise de Charlemagne. Elle l'a dit.
    « Maman ! Maman ! Merci d'avoir fait fait de moi une petite québécoise de Charlemagne.

    Petite, petite.

    Adorons-la tous et toutes.La voilà toute petite parmi les tous petits. N'allumez pas de lampions, la cire pourrait fondre.

    L'absurdité des médailles miraculeuses...


    Valdor Lagacé »

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    vendredi 23 mai 2008 11h45
    Incroyable
    « Il est tout de même incroyable qu'un président français ait pris autant de temps à se rappeler que Samuel De Champlain était un Français pur laine.

    Totalement aberrant alors que c'est si proche de nous dans l'histoire, que l'on se rende compte soudainement que l'on est de la même famille.

    Regardez les Américains, les Australiens et les Britanniques comme ils sont toujours solidaires quand on en vient là.

    Ce sont nos représentants qui sont pathétiques M. Leroux et qui ne prennent pas leur place. Il s'agit de notre culture et de notre reconnaissance. Comme fédéraliste, on comprend que vous n'aimez pas ces jeux diplomatiques, mais ils sont insignifiants dans votre tête seulement.

    Ceux qui veulent que le Québec cesse d'être pathétique, comme moi, ne comptent pas sur le Canada pour y arriver. »

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