L'ovni financier
Tout a commencé par une épingle enfoncée dans la bulle immobilière l'été dernier. Après huit mois et des milliards de dollars partis en fumée, sans oublier des faillites personnelles dont le nombre dépasse largement le million, les acteurs de la scène économique peinent à cacher leur angoisse. Retour sur un ovni financier baptisé subprime.
La semaine dernière, la saison des assemblées annuelles des cinq grandes banques canadiennes s'est terminée sur une note plus qu'amère: à la suite des mises en échec rencontrées sur la patinoire des hypothèques exotiques, leur capitalisation boursière a perdu... 74 milliards! Simultanément, une note rédigée par les analystes de Merrill Lynch estimait que la première banque américaine, Citigroup, serait dans l'obligation d'annoncer prochainement une radiation s'élevant à 18 milliards. Et ce, après avoir rayé 12 milliards dans ses livres l'automne dernier. Ce n'est pas tout.
Juste auparavant, un écho d'origine allemande déprimait les places boursières. Plus de la moitié des banques publiques, des banques propriétés des Länder, auraient sombré ces derniers mois n'eussent été les injections de fonds à répétition effectuées par la banque centrale allemande. La cause de cette débâcle? Les irresponsables, pour rester poli, qui dirigent ces établissements se sont exposés aux risques de la finance à gogo que symbolise le subprime davantage que leurs homologues... américains!
Antérieurement, on se souviendra qu'au berceau du libéralisme économique, il s'agit évidemment du Royaume-Uni, le cabinet du premier ministre Gordon Brown bouclait en quatrième vitesse un texte de loi stipulant que la Northern Bank, qui elle aussi s'était livrée aux délices des subprimes sans en mesurer les effets naturellement vénéneux, serait nationalisée.
Restons au Royaume-Uni tout en y greffant l'Espagne et l'Irlande. Ces trois pays ont ceci en commun qu'ils ont décidé il y a plusieurs années de faire la place belle à l'activité immobilière et au secteur financier. Et ce, aux dépens d'autres industries. Toujours est-il qu'au cours des six dernières années l'essentiel de la croissance économique de ces États était attribuable à la combinaison immobilier et finance. À la suite de la déconfiture du château de cartes construit en partie sur la boue des subprimes, on s'attend à ce que l'inventaire des faillites personnelles atteigne un sommet historique au cours des prochains mois dans ces pays.
Ce n'est pas que l'on veuille compliquer un sujet déjà complexe en soi, mais nous voici dans l'obligation de souligner, de mettre en lumière une pièce très importante du dossier. Il s'agit des «rehausseurs de crédit», soit ces établissements qui assurent et garantissent les prêts des emprunteurs. Actuellement, il y en a pour 2400 milliards d'obligations. Il faut bien comprendre que l'actif premier de ces rehausseurs de crédit se nomme crédibilité. En un mot, ils sont dans l'obligation constante d'obtenir la meilleure note des maisons d'évaluation, les Moody's, Standard and Poor's et autres. Et alors? Le chef de file du secteur Ambac vient d'être dévalué.
Bien. La table financière ayant été mise, passons maintenant à l'aspect le plus déprimant du dossier: le pire est devant nous. Selon une analyse de Nouriel Roubini, économiste à l'Université de New York, publiée au Canada anglais et reprise aussi loin qu'au Royaume-Uni, le monde est exposé à «une pandémie financière imminente». Son constat, c'est à retenir, est partagé par nombre de ses collègues et même par des figures de proue des affaires. On pense à Warren Buffett pour qui il ne fait aucun doute que les États-Unis sont d'ores et déjà plongés dans une récession.
En résumé, le propos de Roubini est le suivant: l'éclatement de la bulle immobilière a plombé davantage des ménages américains déjà surendettés. Ne pouvant plus user de leur maison comme un guichet automatique, ils vont réduire leur consommation au minimum. Première victime? La Chine, mais aussi un certain nombre de pays de l'Asie du Sud-Est où elle sous-traite la fabrication de composantes de biens qu'elle assemble. S'ensuivra également une baisse du prix de certaines matières premières. S'ensuivra aussi... Pour faire court, le monde ne pourra pas éviter l'effet systémique découlant de la débandade des subprimes et de la mondialisation des marchés.
Et tout ça, parce que les autorités prétendument concernées par le bien commun, le bien de tous, le bien public, ont permis que des gamins jonglent avec des fictions mathématiques et réduisent la gestion du risque à des confettis. Il serait grandement temps que la notion de responsabilité soit libérée du carcan de l'abstraction dans lequel on l'a emprisonnée.
La semaine dernière, la saison des assemblées annuelles des cinq grandes banques canadiennes s'est terminée sur une note plus qu'amère: à la suite des mises en échec rencontrées sur la patinoire des hypothèques exotiques, leur capitalisation boursière a perdu... 74 milliards! Simultanément, une note rédigée par les analystes de Merrill Lynch estimait que la première banque américaine, Citigroup, serait dans l'obligation d'annoncer prochainement une radiation s'élevant à 18 milliards. Et ce, après avoir rayé 12 milliards dans ses livres l'automne dernier. Ce n'est pas tout.
Juste auparavant, un écho d'origine allemande déprimait les places boursières. Plus de la moitié des banques publiques, des banques propriétés des Länder, auraient sombré ces derniers mois n'eussent été les injections de fonds à répétition effectuées par la banque centrale allemande. La cause de cette débâcle? Les irresponsables, pour rester poli, qui dirigent ces établissements se sont exposés aux risques de la finance à gogo que symbolise le subprime davantage que leurs homologues... américains!
Antérieurement, on se souviendra qu'au berceau du libéralisme économique, il s'agit évidemment du Royaume-Uni, le cabinet du premier ministre Gordon Brown bouclait en quatrième vitesse un texte de loi stipulant que la Northern Bank, qui elle aussi s'était livrée aux délices des subprimes sans en mesurer les effets naturellement vénéneux, serait nationalisée.
Restons au Royaume-Uni tout en y greffant l'Espagne et l'Irlande. Ces trois pays ont ceci en commun qu'ils ont décidé il y a plusieurs années de faire la place belle à l'activité immobilière et au secteur financier. Et ce, aux dépens d'autres industries. Toujours est-il qu'au cours des six dernières années l'essentiel de la croissance économique de ces États était attribuable à la combinaison immobilier et finance. À la suite de la déconfiture du château de cartes construit en partie sur la boue des subprimes, on s'attend à ce que l'inventaire des faillites personnelles atteigne un sommet historique au cours des prochains mois dans ces pays.
Ce n'est pas que l'on veuille compliquer un sujet déjà complexe en soi, mais nous voici dans l'obligation de souligner, de mettre en lumière une pièce très importante du dossier. Il s'agit des «rehausseurs de crédit», soit ces établissements qui assurent et garantissent les prêts des emprunteurs. Actuellement, il y en a pour 2400 milliards d'obligations. Il faut bien comprendre que l'actif premier de ces rehausseurs de crédit se nomme crédibilité. En un mot, ils sont dans l'obligation constante d'obtenir la meilleure note des maisons d'évaluation, les Moody's, Standard and Poor's et autres. Et alors? Le chef de file du secteur Ambac vient d'être dévalué.
Bien. La table financière ayant été mise, passons maintenant à l'aspect le plus déprimant du dossier: le pire est devant nous. Selon une analyse de Nouriel Roubini, économiste à l'Université de New York, publiée au Canada anglais et reprise aussi loin qu'au Royaume-Uni, le monde est exposé à «une pandémie financière imminente». Son constat, c'est à retenir, est partagé par nombre de ses collègues et même par des figures de proue des affaires. On pense à Warren Buffett pour qui il ne fait aucun doute que les États-Unis sont d'ores et déjà plongés dans une récession.
En résumé, le propos de Roubini est le suivant: l'éclatement de la bulle immobilière a plombé davantage des ménages américains déjà surendettés. Ne pouvant plus user de leur maison comme un guichet automatique, ils vont réduire leur consommation au minimum. Première victime? La Chine, mais aussi un certain nombre de pays de l'Asie du Sud-Est où elle sous-traite la fabrication de composantes de biens qu'elle assemble. S'ensuivra également une baisse du prix de certaines matières premières. S'ensuivra aussi... Pour faire court, le monde ne pourra pas éviter l'effet systémique découlant de la débandade des subprimes et de la mondialisation des marchés.
Et tout ça, parce que les autorités prétendument concernées par le bien commun, le bien de tous, le bien public, ont permis que des gamins jonglent avec des fictions mathématiques et réduisent la gestion du risque à des confettis. Il serait grandement temps que la notion de responsabilité soit libérée du carcan de l'abstraction dans lequel on l'a emprisonnée.
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