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Shoah: le projet de Sarkozy sème le trouble

Reuters   16 février 2008  Europe
Paris — Le projet de parrainage d'enfants de la Shoah lancé par Nicolas Sarkozy continue à semer trouble et perplexité dans le monde enseignant ou parmi les historiens et psychologues.

Simone Veil, ancienne ministre et rescapée des camps nazis, fustige pour sa part une idée «inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste».

Le président français a défendu hier son idée de faire parrainer par des élèves de CM2 des enfants victimes de la Shoah par la nécessité de faire des écoliers français «des enfants aux yeux ouverts».

«Si vous ne leur parlez pas de ce drame-là, ne vous étonnez pas que ça se reproduise. C'est l'ignorance qui fait la reproduction de situations abominables, ce n'est pas la connaissance», a-t-il dit lors d'un discours à Périgueux (Dordogne).

«Faites de nos enfants des enfants aux yeux ouverts, sans complaisance», a-t-il ajouté, en réponse aux critiques qu'a suscitées le parrainage annoncé, à partir de la rentrée prochaine, des 11 000 enfants français victimes de la Shoah par des élèves de 10 ans.

Nicolas Sarkozy avait lancé son projet mercredi lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

Il a reçu le soutien de Serge Klarsfeld, président de l'Association des fils et filles des déportés juifs de France, pour qui «il ne s'agit pas de s'identifier de façon morbide à un enfant mort en déportation, mais de faire acte de vigilance.»

«Il s'agit d'armer moralement les enfants contre les idéologies extrêmes», dit l'historien et avocat dans Libération, où il se défend d'être à l'origine de «cette idée précise» même si elle va dans le sens de son travail à la fondation.

«À la seconde mon sang s'est glacé», dit en revanche sur le site L'express.fr Simone Veil, qui assistait mercredi soir au dîner du Crif et a été déportée à 16 ans et demi à Auschwitz.

«On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans! On ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter», estime-t-elle.

Après l'historien Henry Rousso dénonçant un «marketing mémorial», Annette Wieviorka, spécialiste reconnue de l'histoire de la Shoah et petite-fille de déportés, s'élève elle aussi contre la proposition de Nicolas Sarkozy.

«Je pense qu'il y a quelque chose de réellement monstrueux de vouloir faire porter par un enfant de neuf, dix ou onze ans la mémoire d'un enfant mort à une autre période», a-t-elle dit sur France Info.

Parmi les enseignants, les premières réactions sont négatives. Le Snuipp-FSU, majoritaire dans le primaire, évoque les «risques de troubles psychologiques [...] de sentiment de culpabilité ou de responsabilité pour le destin d'un élève».

Le syndicat des enseignants-Unsa se dit «particulièrement choqué de cette initiative du président, qui ignore tout de la façon dont un jeune se construit».

Des éditorialistes reprochent au chef de l'État d'avoir fait cette annonce sans aucune consultation auprès des enseignants, psychologues ou représentants de la communauté juive.

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) a accueilli «de manière réservée» l'annonce de Nicolas Sarkozy, jugeant que la mémoire «ne se transmet pas par un processus d'identification». Elle préconise que ce travail soit fait «de manière collective et permette de tirer des leçons».

Sur le plan politique, François Bayrou, président du MoDem et ancien ministre de l'Éducation, a critiqué une décision prise «sans que l'on y ait réfléchi».

L'ancien premier ministre Dominique de Villepin a également jugé «étrange» la démarche du chef de l'État et le Parti communiste estime que ce sujet «ne peut rentrer dans le plan de communication d'un président en difficulté».

La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) doute également de la pertinence du projet Sarkozy et le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) ressent un «profond malaise» face à un «tri sélectif des mémoires».
 
 
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