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La Belgique de Rubik

Serge Truffaut   20 décembre 2007  Europe
Attention: le sujet du jour est quelque peu abscons. À preuve, cette observation qu'un éditorialiste belge a formulée pour résumer le contexte politique particulier qui prévaut dans les environs de Bruxelles: «La situation actuelle est complexe.» Un autre estime que l'accord de gouvernement annoncé hier au petit matin relève «d'un scénario complexe». Bon, après six mois de négociations laborieuses, émaillées parfois de commentaires cocasses, parfois par l'expression de sentiments racistes, les Belges ont un gouvernement intérimaire.

Sachant ce pays être le creuset du surréalisme, on ne sera pas étonné d'apprendre que la coalition créée pour administrer les affaires au cours des trois prochains mois est qualifiée d'«asymétrique», soit un ensemble hétéroclite où les contradictions propres à tel camp font bon ménage avec les dénégations assumées sans vergogne par tel autre clan.

Toujours est-il que les repères politiques conventionnels ou classiques ont volé en éclats. Tentons d'y voir clair. En Wallonie et en Flandre, il y a des partis de droite et des formations de gauche. Et alors? Au cours des trois prochains mois, on va assister à des alliances, ponctuelles il est vrai, entre familles aux partis pris idéologiques normalement opposés.

Ainsi, un groupe social-démocrate flamand pourrait fort bien s'entendre avec des démocrates-chrétiens wallons — et non avec les sociaux-démocrates wallons — sur tel dossier mais refuser de se lier sur tel autre. Bien. Il faut souligner que les disparités économiques existantes entre les diverses régions sont telles qu'elles favorisent, si on a bien compris, le mariage de la carpe et du lapin, le tout ayant évidemment mariné dans la Blanche de Bruges.

Les acteurs de la scène? Il y a tout d'abord le libéral flamand et premier ministre sortant Guy Verhofstadt, chargé par sa majesté le roi de la formation d'un cabinet intérimaire. Jusqu'à la fin de mars, il aura pour vice-premier ministre celui qui a causé sa défaite lors des élections de juin dernier, soit le nationaliste flamand Yves Leterme, que des Belges ont surnommé «Monsieur Mille Gaffes».

Appelé à devenir premier ministre au terme du mandat de Ver-hofstadt, Leterme aime bien éperonner régulièrement la fibre antifrancophone, pour rester poli, de ses concitoyens flamands désireux de bouter dehors tout ce qui est wallon. Il y a peu, il a relayé l'idée, au demeurant nauséabonde, que la radiotélévision publique était comparable à Radio Mille-Collines, qui avait incité avec hargne au génocide au Rwanda.

Pendant que Verhofstadt va voir aux affaires courantes (budget, retraites et autres), Leterme va se pencher avec d'autres sur la réforme des institutions. Selon les initiés au mystère belge, il est fort probable qu'ils vont emprunter le chemin de la confédération pour abolir le régime fédéral implanté en 1993. Comme quoi, pour reprendre une image chère aux experts en géopolitique, ce pays est le millefeuille de l'Europe.
 
 
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  • Vandeveld Romain - Inscrit
    20 décembre 2007 06 h 44
    Il n'y a pas de mystère belge
    Il n'y a pas de mystère belge. C'est même tout le contraire, le "mystère" belge est d'une simplicité déconcertante.

    Les Flamands ont tous les atouts en main (pour constituer une nation : langue, sentiment national, économie, ...) sauf l'atout maître (Bruxelles, ville historiquement flamande mais aujourd'hui majoritairement francophone, vitrine internationale, capitale de l'UE, siège de nombreuses organisations internationales et sociétés multimnationales).

    Si Bruxelles était flamande, les Flamands (qui considèrent la Belgique comme une aberration et un anachronisme) auraient déjà proclamé leur indépendance.

    Bruxelles n'étant pas flamande, la Flandre se trouve dans l'impossibilité de proclamer son indépendance qui figerait les actuelles frontières linguistiques en sa défaveur.

    Aussi, son but est de vassaliser Bruxelles et la Wallonie pour reconquérir (tout au moins tenter) les territoires perdus, notamment à Bruxelles et dans sa périphérie, par des manoeuvres économiques, financières, sociales et politiques (les manoeuvres militaires n'ayant plus cours dans cette partie de l'Europe).

    Le confédéralisme est la (seule) voie par laquelle la Flandre peut espérer atteindre son but. Point de progrès dans cette évolution (sauf d'un point de vue flamand).

    Les francophones, eux, s'ils ne disposent pas des atouts pour imposer leur(s) choix politique(s) aux Flamands, disposent pour l'heure de l'atout maître (Bruxelles).

    Les Belges francophones se flattent de ne pas être affectés de la "maladie" nationaliste comme leurs compatriotes flamands voire leurs voisins français et allemands.

    Sauf que leur entêtement à vouloir conserver la Belgique (sur le papier) relèvent d'une logique nationaliste. Pire d'un nationalisme auto-destructeur.

    Si Bruxellois et Wallons proclamaient aujourd'hui leur indépendance, le grand perdant serait la Flandre (obligée de transférer ses institutions hors de Bruxelles, devant supporter le déclin du port d'Anvers au profit par exemple de Dunkerque... sauf à se remettre à la langue de Molière, etc.).

    Pire, si Bruxellois et Wallons s'unissaient d'une façon ou une autre à la France, ils assureraient à la langue française (en constituant le plus grand pays européen) une place prépondérante en Europe et marginaliseraient de facto le flamand dans la région.

    Il n'y a donc pas de mystère belge mais un refus du réel (ou/et un manque d'audace) de la part des francophones.
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    20 décembre 2007 07 h 07
    Histoire belge!
    Il faudrait peut-être citer, à propos de la situation du gouvernement fédéral belge, cette déclaration que l'on a pu entendre dernièrement aux informations de la RTB (Radiodiffusion télédiffusion belge, donc de langue française) de la part d'un politologue invité expliquant la situation : « Si vous avez compris, c'est que je me suis mal exprimé. »
    Ce que signifie l'asymétrie du gouvernement de transition en fonction jusqu'à la fin de mars, après une crise politique de 191 jours, c'est que contrairement aux coalitions gouvernementales précédentes, qui regroupaient des partis identiques francophones et néerlandophones, ce n'est plus le cas cette fois-ci. En effet, le Parti socialiste francophone d'Elio Di Rupo fera partie du gouvernement avec trois ministres, alors que le parti socialiste néerlandophone sera dans l'opposition. C'est une situation inédite et personne ne sait quelle couleur donner à cette coalition. La précédente était violette, par suite du mélange du rouge des socialistes et du bleu des libéraux. La coalition anticipée était l'orange bleue, bleu la couleur du parti de Didier Reynders, le Mouvement réformateur, un parti politique démocrate, et l'orange du parti chrétien-démocrate flamand d'Yves Leterme. On se retrouve avec une coalition de type arc-en-ciel avec la présence mineure du parti de Joëlle Milquet, le Centre démocrate humaniste, avec un ministre.
    Mais ce qui est peut-être le plus significatif dans cette palette de couleurs qui se posent et s'opposent, c'est l'accentuation de la régionalisation qui pourrait bien en résulter, puisque les composantes francophones et néerlandophones ne sont plus identiques. La régionalisation existe déjà puisque la Belgique est devenue, depuis le 1er janvier 1995, un État fédéral constitué de trois régions économiquement autonomes (la Région flamande, la Région wallonne et la Région de Bruxelles-Capitale) et de trois communautés linguistiques (la Communauté française, la Communauté flamande et la Communauté germanophone). La Belgique est donc à la fois un État fédéral, régional et communautaire.
    Voilà qui ne contribue pas forcément à comprendre la situation, si l'on ajoute qu'il en résulte six parlements:
    - le Parlement fédéral: la Chambre des représentants et le Sénat;
    - le Parlement flamand (Vlaamse Raad) réunissant celui de la Communauté et celui de la Région flamande qui ont été fusionnés;
    - le Parlement wallon (Région wallonne);
    - le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale;
    - le Parlement de la Communauté française de Belgique;
    - le Parlement de la Communauté germanophone.
    Cette complexité structurelle ne contribue pas à faciliter les choses. Mais surtout, existe une opposition entre la Flandre, plus peuplée et surtout plus riche, et la Wallonie. Avec un ressentiment historique datant du temps où la Wallonie tait la composante la plus riche de la Belgique, grâce à son industrie basée sur l'exploitation des mines de charbon en particulier, alors que la Flandre rurale était plus pauvre et dominée.
    Que va-t-il sortir finalement de cette crise qui a accentué la division du pays? Difficile de le dire. À titre illustratif, il faut citer les propos de Daniel Ducarme, un homme politique belge du parti de Didier Reynders. Et je cite Le Soir :
    Prenant acte que « la Belgique est en panne sèche », et que « le vote du 7 novembre, rupture de la loyauté fédérale, représente un tournant irrémédiable », il est urgent, en premier, dit-il, « après six mois de négociations, de tergiversation et d'ajournements », de constituer un gouvernement et, selon l'expression de Didier Reynders, son président, d'« arrêter le compteur de la crise ». Comme une pause utile. Avant de s'attaquer au gros oeuvre : « Anticiper l'avenir francophone ».
    Daniel Ducarme est sans illusions, il cite François Perin : « La Belgique est à bout. »
    C'est l'heure pour les francophones de se montrer proactifs. Positifs d'abord : « Plaidons une nouvelle architecture institutionnelle fondée sur un rôle renforcé des Régions. » Et de Bruxelles, en l'occurrence, Région inachevée que Daniel Ducarme veut doter de l'autonomie constitutive, pousser à une « autodétermination décomplexée et assumée », notamment financièrement. Cette émancipation, croit-il, est une clé pour l'avenir du pays, pour « un nouveau pacte des Belges ». Et si ce n'est cela, alors ce sera... « la Belgique française ».
    Car dans l'hypothèse où la Flandre freinerait ce dessein régional, et continuerait à faire se dégrader les rapports Nord-Sud, alors, « je militerai en faveur de la création d'un système d'association avec la France », solution intermédiaire entre le micro-Etat francophone au milieu du Vieux Continent et le rattachement corps et âme à l'Hexagone. Ici l'on mettrait en commun certaines matières « régaliennes », comme les Affaires étrangères ou la Défense nationale, en préservant « une identité propre et la pleine autonomie dans la gestion de certaines compétences ». Ainsi que nos symboles : le drapeau, l'hymne et, « il faut oser le dire, la famille royale ». La Constitution de la République française désigne des « collectivités territoriales », explique Daniel Ducarme. La Polynésie française vit sous ce régime. Lui s'en inspire.
    Y croit-il ? « Tous les schémas sont ouverts, absolument tous. »
    Voilà qui donne une idée de ce qui se brasse dans certains milieux politiques belges. Du côté néerlandophone, on avance l'idée du séparatisme. « "Le moment est venu pour un divorce de velours" entre la Flandre (nord, néerlandophone) et la Wallonie (sud, francophone), estime Filip Dewinter, chef du parti nationaliste flamand Vlaams Belang, en reprenant l'expression utilisée pour décrire la scission pacifique entre la République tchèque et la Slovaquie en 1993. Une déclaration faite lors d'une séance au Parlement régional flamand consacrée au blocage des discussions sur la formation du gouvernement », résume un journal belge.
    Alors?
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  • Pierre André - Inscrit
    20 décembre 2007 07 h 20
    Gouverment "intérimaire"
    Ce gouvernement est le gouvernement Randstad 1er et non Verhofstadt III comme se l'imaginent certains.
    Le Roi a nommé, en son temps de crise, il y a deux mois, deux "Réconciliateurs Nationaux", le Président du Sénat Armand de Decker et le Président de la Chambre Herman Van Rompuy. Quelle est leur mission par rapport au Vice-Premier chargé de réglet d'ici le 23 mars 2008 la réforme institutionnelle? Le gouvernement Randstad 1er est le "truc" trouvé pour arrêter le compteur des "jours sans gouvernement" que les TV et les journaux mettaient en exergue. La crise n'est en rien résolue, "nos concitoyens" -comme aime à le dire nos hommes politiques - ne sortiront de "l'incurable mal belge" qu'au prix d'une indépendance de la Flandre et d'un rattachement à la France de Wallonie-Bruxelles comme le préconise Paul-Henry Gendebien. A défaut de rattachement, il est loisible de demander à la France l'application de l'article 68 de la Constitution française, solution qu'a présentée, à la mi-décembre 2007, le député fédéral du Mouvement Réformateur Daniel Ducarme (ancien président du PRL devenu MR). Cette solution prendra certes du temps car les francophones de Belgique n'ont pas encore compris qu'ils sont largement minoritaires dans un pays où ils ont fait la loi au XIXème siècle
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    20 décembre 2007 08 h 32
    Le Québec au secours de la Belgique !
    Pour régler leur problème, faudrait que les Belges consultent notre gouvernement Libéral très provincial de M. Charest sur l'art des défusions partielles vu qu'il en a beaucoup avec l'Ouest de Montréal, Westmount et Boucherville et quelques autres endroits du Québec.

    Le conseil pourrait être de commencer par ajouter une structure à divers paliers avec une pincée d'asymétrie pour coordonner les structures existantes d'une façon tellement embrouillée que personne ne pourrait vraiment les critiquer ce qui est moin stressant pour les autorités.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    20 décembre 2007 13 h 45
    Leurs Belges et nos Newfies
    Si me me rappelle bien, les Belges sont les Newfies des Français de France. À cause de ça, nos cousins Français devraient aider les Belges à s'entendre pour ne pas que la Belgique éclate en Wallonie et en Flandres, de qui les Français riraient-t-ils alors ? À moins qu'on leur prête nos Newfies. Il leur suffirait de changer Belge pour Newfy dans leurs histoires drôles, le tour serait joué.

    Ça prend souvent des têtes de Turcs pour amuser les amuseurs mais ils en ont pas toujours des vrais sous la main.
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