samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 09h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Investissement - Les grandes caisses de retraite sont devenues citoyennes

« L'investissement socialement responsable participe à la constitution d'un nouveau pacte social de la finance »

Marie Lambert-Chan   22 décembre 2007  Europe
Les investisseurs institutionnels s’attaquent actuellement aux changements climatiques, notamment en ce qui concerne l’investissement immobilier.
Photo : Agence Reuters
Les investisseurs institutionnels s’attaquent actuellement aux changements climatiques, notamment en ce qui concerne l’investissement immobilier.
L'investissement socialement responsable a pris un essor considérable grâce à l'intérêt des gestionnaires institutionnels, parmi lesquels on compte de nombreuses caisses de retraite publiques. Coup d'oeil sur l'influence qu'ils ont sur les marchés de l'investissement socialement responsable au Canada et en France.

De 2004 à 2006, les actifs investis de façon socialement responsable au Canada sont passés d'une somme estimée à 65,46 milliards de dollars à 503,61 milliards de dollars. Cette augmentation exponentielle s'explique par l'adhésion massive des investisseurs institutionnels, en particulier des caisses de retraite publiques, aux principes de l'investissement socialement responsable (ISR), une pratique qui intègre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d'entreprise (ESG) dans la sélection de titres et la gestion des investissements. Ces grandes caisses de retraite possédaient plus de 433 milliards de dollars d'actifs socialement responsables en 2006, contre quelque 25 milliards de dollars en 2004.

Marie-France Turcotte, chercheuse principale à la chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l'Université du Québec à Montréal, croit que ce phénomène marque la troisième phase de l'ISR. «L'entrée des caisses de retraite change la donne. On entre dans un tout autre ordre de grandeur», déclare-t-elle.

En effet, de l'aveu même de l'Association pour l'investissement responsable, il y avait «très peu d'activité» auparavant. «Au départ, il y a de cela plusieurs décennies aux États-Unis, l'ISR était le fait de groupes religieux qui demandaient aux gestionnaires de fonds de leur tailler des placements sur mesure, où les entreprises ayant des activités liées à l'alcool et la pornographie seraient exclues», relate Mme Turcotte. Ces requêtes ont ouvert la porte à la deuxième phase qui s'opère à partir des années 1960. Les investisseurs particuliers se préoccupaient alors des droits de la personne, de la protection de l'environnement et de l'industrie de l'armement.

L'intérêt des investisseurs institutionnels est né dans la foulée de la déclaration des Principes pour l'investissement responsable des Nations unies, annoncée au printemps 2006. Elle est aujourd'hui appliquée de façon volontaire par 150 fonds de pension, réassureurs et gestionnaires de capitaux en provenance de plus de 20 pays et gérant des actifs évalués à 6000 milliards de dollars américains. On y retrouve entre autres la Caisse des dépôts et consignations de France, le BT Pension Scheme de Grande-Bretagne, le Norwegian Government Pension Fund et le fonds des employés du secteur public de la Californie. Les signataires canadiens sont la Caisse de dépôt et placement du Québec, l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada, la British Columbia Investment Management Corporation et le Comité syndical national de retraite Bâtirente.

Une impulsion extraordinaire

Selon l'Association pour l'investissement responsable, la déclaration de l'ONU a eu pour effet d'augmenter la reconnaissance de l'analyse extrafinancière, c'est-à-dire l'évaluation des engagements, des politiques mises en oeuvre et des performances des entreprises en fonction de critères ESG. Cela a également suscité une meilleure collaboration entre les investisseurs sur les questions sociales et environnementales, et donné un coup de pouce au vote par procuration et au dialogue direct entre les actionnaires et les sociétés inscrites en Bourse.

«Cela donne une impulsion extraordinaire à l'activisme actionnarial [disposer de son droit de vote lors des assemblées d'actionnaires ou déposer des projets de résolution sur des sujets ESG] pour faire valoir des revendications, ce qui était autrefois réalisé par des groupes de pression, commente Marie-France Turcotte. J'ai l'impression que cela fera avancer des causes.»

Les investisseurs institutionnels s'attaquent actuellement aux changements climatiques. Le programme de recherche des Principes pour l'investissement responsable a donné naissance au groupe de travail sur l'investissement immobilier responsable de l'Initiative Finance du Programme des Nations unies pour l'environnement. Des investisseurs institutionnels et des gestionnaires d'actifs en font partie. Leur mission: encourager l'intégration des critères de durabilité dans les pratiques d'investissement financier dans l'immobilier, c'est-à-dire chercher à limiter significativement les émissions de CO2, améliorer l'efficacité énergétique et réduire la consommation d'eau.

Le marché français de l'ISR

L'ISR en France est encore jeune de l'avis de Frédérique Déjean, maître de conférences à l'Institut d'administration des entreprises de l'Université de Toulouse 1. «Mais avec le récent développement du marché institutionnel, nous nous retrouverons bientôt avec une configuration proche de celle du marché canadien», affirme-t-elle.

Selon une étude du centre de recherche Novethic, le marché français de l'ISR a atteint 16,6 milliards d'euros d'encours à la fin de l'année 2006, contre 8,8 milliards à la fin de 2005, soit une augmentation de 88 %. À l'instar du Canada, cette croissance est attribuable à l'arrivée des investisseurs institutionnels qui occupent 63 % du marché, alors que la participation des particuliers recule (une baisse de 42 à 37 % entre 2005 et 2006).

Publiée peu de temps après les Entretiens Jacques Cartier, une nouvelle étude Novethic-Amadeis-BNP Paribas AM confirmait cette tendance en démontrant que six institutionnels français sur dix ont fait de l'ISR en 2007.

Comme au Canada, le marché français de l'ISR est surtout lié à la capitalisation des retraites. «L'introduction de certains organismes, comme l'Établissement de retraite additionnelle pour la fonction publique et le Fonds de réserve des retraites, ont fait progresser les encours», observe Frédérique Déjean.

Elle souligne un second facteur de développement, celui-là provenant plutôt de l'épargne salariale. Les encours de ce type ont plus que doublé en 2006, passant de 1,3 à 2,8 milliards d'euros. «La loi du 19 février 2001 [sur l'épargne salariale] prévoit qu'un plan d'épargne salariale qui comporte des investissements faits selon des considérations ESG doit en faire rapport, indique-t-elle. Donc, l'ISR n'est pas une nécessité pour le plan d'épargne, mais il devient un outil privilégié pour favoriser l'augmentation de ce type de placement. On y voit une incitation à la croissance de l'ISR.»

La spécialiste insiste par ailleurs sur le rôle non négligeable des syndicats dans ce dispositif, en particulier le Comité intersyndical de l'épargne salariale. Celui-ci a créé un «label» à ses initiales, le CIES, qui permet de contrôler et sécuriser l'utilisation de l'argent des salariés géré par des organismes spécialisés et socialement responsables. Les produits proposés par des banques, des assureurs et des groupes de protection sociale portent ainsi la marque CIES. Du coup, ce label constitue pour les salariés une incitation à choisir ces produits, un intérêt pour les négociateurs syndicaux à faire affaire avec ces sociétés de gestion particulières, ainsi qu'un tremplin pour l'ISR.

«Je crois que les syndicats peuvent être vus comme des entrepreneurs institutionnels puisqu'ils ont réussi à imposer un certain nombre de critères ESG et de pratiques sur le marché, notamment le recrutement d'analystes extrafinanciers au sein des sociétés de gestion», remarque Mme Déjean.

Cela lui laisse dire que «l'ISR participe à la constitution d'un nouveau pacte social de la finance».

***

Collaboratrice du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012