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Santé et formation en Afrique - Les ONG devant de grands défis

« Il manque un million de professionnels de la santé en Afrique pour subvenir aux besoins »

Martine Letarte   22 décembre 2007  Europe
Le Dr Charles Mérieux, qui a mis sur pied la Fondation Mérieux en France pour renforcer les capacités des pays en développement dans la lutte contre les maladies infectieuses, disait: «Santé et formation sont les bases indispensables à tout développement individuel et collectif.» Si partout autour du globe, depuis des décennies, on sonne l'alarme sur la situation de l'Afrique, force est de constater que les besoins dans ces domaines sont toujours aussi criants.

Le fait que la santé et la formation soient des «bases indispensables à tout développement individuel et collectif» a été confirmé lors du colloque organisé par la Fondation Mérieux en partenariat avec le Centre Jacques Cartier. En matière de développement international, le Québec y était bien représenté avec, entre autres, la participation du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI).

«Plusieurs ONG du Québec, comme le CECI, ont développé une grande expertise en matière de travail avec les femmes», se réjouit Benoît Miribel, directeur général de la Fondation Mérieux.

Place aux femmes

Lorsqu'il est question de santé dans les pays en développement, les femmes doivent être au centre de l'intérêt pour différentes raisons. «D'abord, les femmes sont généralement plus pauvres que les hommes, ce qui leur donne moins accès aux soins et aux médicaments lorsqu'ils ne sont pas gratuits. De plus, en Afrique, comme les femmes s'occupent des enfants et de toutes les tâches liées à l'entretien de la maison, elles ne peuvent pas souvent se déplacer pour obtenir des soins. Enfin, ce sont en majorité les femmes qui sont victimes de violence et de viol. Pour toutes ces raisons, les femmes sont beaucoup plus vulnérables que les hommes en matière de santé», affirme le directeur général du CECI, Michel Chaurette.

L'ONG québécoise croit donc qu'il faut continuer à développer des projets qui visent particulièrement les femmes, plutôt que de favoriser une approche transversale où chaque projet encourage plus ou moins l'équité. «Dans certaines régions, les acquis sont encore très fragiles, alors on doit continuer à développer des projets pour les femmes. L'approche transversale a tendance à diluer l'action», affirme M. Chaurette.

Si le directeur général du CECI tient à ce point à cet aspect du travail de développement international, c'est que les femmes sont au coeur des enjeux de santé en Afrique. «D'abord, il faut savoir que, là-bas, 80 % des soins de santé sont donnés par la famille, donc par des femmes, plutôt que par des professionnels de la santé. De plus, les femmes sont responsables d'environ 60 à 70 % de la production agricole de la famille et s'occupent des repas. Les responsabilités des femmes sont donc très grandes et ont des impacts sur toute leur famille, alors c'est très important de développer des approches de développement adaptées à leurs besoins et à leurs réalités.»

Besoin d'outils de diagnostic fiables

Actuellement, un besoin criant nuit à l'état de santé des Africains et c'est le manque d'outils de diagnostic fiables. «Les diagnostics sont souvent approximatifs, alors les traitements prescrits ne sont pas toujours appropriés. Avec des outils fiables, la population pourrait avoir accès à des médicaments et à des vaccins adéquats», indique Benoît Miribel.

L'un des grands problèmes vécus par la population, c'est que la vente de médicaments au noir, sans ordonnance, est devenue «une véritable business», selon Michel Chaurette. «Les gens achètent n'importe quel médicament, souvent de contrefaçon, ce qui peut être très dangereux. Les ONG doivent travailler avec les gouvernements africains pour donner accès à la population à des diagnostics fiables et à de bons médicaments à prix abordables.»

Besoin en formation

Le manque de professionnels de la santé est une autre réalité qui frappe durement l'Afrique. L'une des raisons qui expliquent ce phénomène est l'exode. «Les pays du monde entier sont en pénurie, alors ils recrutent à l'étranger. Évidemment, cet exode de compétences a des conséquences tragiques pour la population africaine. On dit qu'il manque un million de professionnels de la santé en Afrique pour subvenir aux besoins», affirme M. Chaurette.

Si les médecins sont une denrée rare en Afrique, les techniques du domaine de la santé le sont encore plus. «Les formations techniques sont très peu développées dans bien des pays d'Afrique. Le problème, c'est que ces formations ont mauvaise réputation puisqu'elles coûtent très cher à offrir», explique M. Miribel.

D'ailleurs, pour tenter de faire progresser les choses dans le domaine, la Fondation Mérieux a lancé l'automne dernier un programme de formation de techniciens de laboratoires au Mali. «Nous espérons ainsi attirer l'attention sur cette problématique et encourager d'autres organismes à aller en ce sens», ajoute M. Miribel.

Possibilités de collaboration

Une rencontre comme celle qui a eu lieu à Lyon au début décembre peut évidemment déboucher sur des initiatives de collaboration concrètes. D'ailleurs, il se pourrait que la Fondation Mérieux et le CECI développent prochainement des projets communs. «C'est bien possible que nous travaillions ensemble en Afrique de l'Ouest notamment, où nous avons tous les deux des activités», confirme Benoît Miribel.

Pour sa part, le CECI est très inquiet du virage pris à la suite de l'adoption de la Déclaration de Paris, en 2005, par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). «Cette entente dit que, pour être plus efficace, l'aide au développement doit aller d'un gouvernement à un gouvernement, plutôt que de passer par des ONG. Nous croyons que les États ne peuvent pas y arriver seuls. Les ONG travaillent beaucoup avec la société civile et sont essentielles à la réussite d'initiatives de développement, particulièrement lorsqu'il est question de rejoindre les femmes», affirme M. Chaurette. Le CECI comptait sur cette rencontre pour sensibiliser ses collègues français à l'importance de se mobiliser pour redonner à la société civile la place qui lui est due lors de la prochaine réunion de l'OCDE.

«Vous parlez à quelqu'un qui est déjà convaincu, a affirmé M. Miribel. Nous nous joindrons sans hésiter aux efforts du Canada sur cette question.»

***

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