Enfermer pour éduquer ? - L'inutile artillerie lourde
« L'enfermement doit être considéré comme une solution de dernier recours »
Tolérance zéro à l'égard des jeunes délinquants, la formule a fait florès dans la plupart des pays développés.
Réunis à Lyon, des experts en rééducation des jeunes contrevenants venus du Québec, de Suisse, de France, de Belgique et d'Italie n'ont pu que faire un même constat. Dans chacun de ces pays, les médias annoncent une augmentation de la délinquance. «La justice se retrouve donc sommée de répondre à la fois aux besoins des jeunes qu'on lui confie et aux exigences de sécurité formulées par la population», explique Jean Zermatten, ancien président du tribunal des mineurs en Suisse et membre du Comité des Nations unies sur les droits de l'enfant.
Partout, constate-t-il, des projets fleurissent afin de modifier les lois existantes et, généralement, de durcir les mesures déjà en place. Mais d'abord, cette augmentation de la délinquance est-elle réelle?
Rien n'est moins sûr, dit le juriste. D'abord, parce que de nombreux comportements qui étaient autrefois traités par les parents ou par l'école le sont maintenant par les juges. Auparavant, les actes de violence commis à l'école n'étaient pratiquement jamais signalés à la police. L'école faisait en quelque sorte sa propre justice. Ensuite, une grande partie des délits dont il est aujourd'hui question sont le résultat de la démission des parents, dit Zermatten. Enfin, la plupart des actes en cause sont de peu de gravité.
Dans tous les pays, il semble que seule une petite frange de jeunes délinquants pose vraiment problème. En Suisse, le taux de criminalité chez les jeunes est de 1,5 %, dit-il. Cela signifie que 98,5 % des jeunes ne sont pas des délinquants. Or, selon une autre étude, québécoise cette fois, environ 10 % des adolescents délinquants commettraient plus de 50 % de tous les délits reprochés aux jeunes. «On est donc en droit de se demander s'il est vraiment nécessaire de sortir l'artillerie lourde pour ces jeunes contrevenants», dit Zermatten.
Prisons pour jeunes
Selon lui, la création d'établissements pénitentiaires pour mineurs demeure néanmoins utile chaque fois qu'il faut séparer les détenus mineurs des détenus majeurs et assurer un encadrement systématique. Mais ces prisons pour jeunes ont aussi d'importants défauts. Elles risquent de créer le besoin. Plusieurs expériences semblent en effet démontrer que plus on dispose de places de détention, plus le taux d'incarcération est élevé. Or l'Italie, qui a fermé ses institutions et ses prisons pour mineurs il y a plus de dix ans, a démontré qu'il était possible de diviser par dix l'enfermement sans conséquences graves sur la société.
Il n'est pas facile de s'assurer que seuls les mineurs véritablement dangereux s'y retrouveront incarcérés. Voilà pourquoi il faut fixer des balises précises, dit Zermatten.
«L'enfermement doit être considéré comme une solution de dernier recours et il doit être le plus court possible. Il faut éviter une trop grande criminalisation des jeunes sans pour autant traiter les jeunes comme s'ils n'avaient aucune responsabilité. Il faut enfin se défier des solutions qui ne connaissent qu'un caractère de rétribution et d'exclusion, qui renforcent le sentiment de révolte et d'injustice de l'adolescent et qui coûtent aussi très cher.»
Réunis à Lyon, des experts en rééducation des jeunes contrevenants venus du Québec, de Suisse, de France, de Belgique et d'Italie n'ont pu que faire un même constat. Dans chacun de ces pays, les médias annoncent une augmentation de la délinquance. «La justice se retrouve donc sommée de répondre à la fois aux besoins des jeunes qu'on lui confie et aux exigences de sécurité formulées par la population», explique Jean Zermatten, ancien président du tribunal des mineurs en Suisse et membre du Comité des Nations unies sur les droits de l'enfant.
Partout, constate-t-il, des projets fleurissent afin de modifier les lois existantes et, généralement, de durcir les mesures déjà en place. Mais d'abord, cette augmentation de la délinquance est-elle réelle?
Rien n'est moins sûr, dit le juriste. D'abord, parce que de nombreux comportements qui étaient autrefois traités par les parents ou par l'école le sont maintenant par les juges. Auparavant, les actes de violence commis à l'école n'étaient pratiquement jamais signalés à la police. L'école faisait en quelque sorte sa propre justice. Ensuite, une grande partie des délits dont il est aujourd'hui question sont le résultat de la démission des parents, dit Zermatten. Enfin, la plupart des actes en cause sont de peu de gravité.
Dans tous les pays, il semble que seule une petite frange de jeunes délinquants pose vraiment problème. En Suisse, le taux de criminalité chez les jeunes est de 1,5 %, dit-il. Cela signifie que 98,5 % des jeunes ne sont pas des délinquants. Or, selon une autre étude, québécoise cette fois, environ 10 % des adolescents délinquants commettraient plus de 50 % de tous les délits reprochés aux jeunes. «On est donc en droit de se demander s'il est vraiment nécessaire de sortir l'artillerie lourde pour ces jeunes contrevenants», dit Zermatten.
Prisons pour jeunes
Selon lui, la création d'établissements pénitentiaires pour mineurs demeure néanmoins utile chaque fois qu'il faut séparer les détenus mineurs des détenus majeurs et assurer un encadrement systématique. Mais ces prisons pour jeunes ont aussi d'importants défauts. Elles risquent de créer le besoin. Plusieurs expériences semblent en effet démontrer que plus on dispose de places de détention, plus le taux d'incarcération est élevé. Or l'Italie, qui a fermé ses institutions et ses prisons pour mineurs il y a plus de dix ans, a démontré qu'il était possible de diviser par dix l'enfermement sans conséquences graves sur la société.
Il n'est pas facile de s'assurer que seuls les mineurs véritablement dangereux s'y retrouveront incarcérés. Voilà pourquoi il faut fixer des balises précises, dit Zermatten.
«L'enfermement doit être considéré comme une solution de dernier recours et il doit être le plus court possible. Il faut éviter une trop grande criminalisation des jeunes sans pour autant traiter les jeunes comme s'ils n'avaient aucune responsabilité. Il faut enfin se défier des solutions qui ne connaissent qu'un caractère de rétribution et d'exclusion, qui renforcent le sentiment de révolte et d'injustice de l'adolescent et qui coûtent aussi très cher.»
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

