«Un Wallon plus une Flamande égale deux Belges»
Les Belges manifestent en masse pour sauver leur pays
Photo : Agence Reuters
Aux cris de «Belgique, Belgique!» ou de «Vive le roi», 35 000 personnes, selon la police, ont défilé dans une marée de drapeaux nationaux «noir-jaune-rouge» avant de se réunir dans un des parcs de Bruxelles pour une fête «à la Belge» avec f
Bruxelles — Des dizaines de milliers de Belges ont manifesté hier dans les rues de Bruxelles pour démontrer leur attachement à la Belgique au moment où une profonde crise politique menace la pérennité du royaume.
Un forêt de drapeaux belges a envahi la capitale 161 jours après les élections du 10 juin dernier, qui n'ont pas encore débouché sur la formation d'un gouvernement, tant Flamands et francophones sont divisés sur la gestion du pays.
Trente-cinq mille personnes selon la police — bien plus selon les organisateurs — ont pris part à cette marche bon enfant, un exploit dans la mesure où l'initiative émane d'une simple citoyenne, Marie-Claire Houard, fonctionnaire liégeoise qui a lancé une pétition sur signée par 140 000 personnes.
«C'est formidable», a déclaré cette petite femme ronde de 45 ans qui n'était appuyée ni par les syndicats ni par les partis politiques, avant de remettre les signatures de sa pétition pour le maintien de l'unité de la Belgique au président du Sénat. «Mon pari est gagné, la foule est là, il y a des Flamands, il y a des Wallons et il y a une très belle ambiance, sous le soleil.»
Une quinzaine de contre-manifestants nationalistes flamands, qui avaient pénétré dans la «zone neutre» près du palais royal et du parlement sans autorisation, ont été arrêtés, ont annoncé les autorités de la police de Bruxelles. Les slogans de la manifestation étaient clairs et clamés par une foule majoritairement jeune, ce qui contraste avec les traditionnelles manifestations d'attachement à la Belgique qui rassemblent souvent une poignée de vieux «Belgicains».
«L'Union fait la force», la devise du pays, était déclinée dans les trois langues nationales, tandis que «Touche pas à ma Belgique!» remportait un franc succès et que l'hymne national, la Brabançonne, était — pour une fois — chanté.
«On nous avait annoncé un échec, on nous disait qu'il n'y aurait aucun néerlandophone, un journal néerlandophone avait dit qu'il n'y aurait pas plus de 100 Flamands et que ce ne serait pas des vrais Flamands. Mais ils sont là, les vrais Flamands!», a souligné Mme Houard à la fin du défilé, sous les ovations de la foule.
Un service d'ordre débonnaire contribuait à donner une impression de fête, ce qui était d'ailleurs le cas puisque, Belgique oblige, la manifestation s'est terminée entre les «baraques à frites» et les pompes à bière disséminées dans le parc du Cinquantenaire, où la manifestation s'est dispersée.
Blocage total
Les marcheurs ont exprimé leur angoisse devant la situation de blocage total qui prévaut sur l'échiquier politique. Les négociations entre démocrates-chrétiens et libéraux du Nord et du Sud du pays pour la formation d'un gouvernement «Orange bleue», le mélange de leurs couleurs politiques, ont dû été interrompues le 7 novembre dernier au plus haut de la tension entre les partis flamands et francophones.
Si le programme socio-économique du futur gouvernement est pratiquement prêt, les Flamands demandent que l'on déshabille l'État fédéral de pratiquement toutes ses compétences, la sécurité sociale et la fiscalité étant gérée par les régions. La satisfaction de ces revendications ferait de la Belgique une simple confédération aux liens très lâches.
Les francophones qui, à Bruxelles et en Wallonie, sont dans une situation économique difficile avec un taux de chômage de 20 %, ne veulent pas de cette réforme de l'État qui les obligerait à gérer des compétences sans en avoir les moyens. Le climat s'est encore assombri ces dernières semaines.
Alors que les francophones veulent botter en touche et demander à des «sages» d'examiner les revendications flamandes, ces derniers demandent une garantie de résultat avant de reprendre les négociations pour la formation d'un gouvernement.
Double tranchant
Pour la première fois dans l'histoire du pays, les Flamands ont par ailleurs utilisé le 7 novembre la majorité automatique dont ils disposent à la Chambre des représentants pour voter la scission du grand arrondissement électoral autour de Bruxelles. L'existence de cet arrondissement permet aux quelque 120 000 à 150 000 francophones qui vivent dans la périphérie flamande de Bruxelles de voter pour des listes francophones.
En outre, la région flamande a refusé de nommer les bourgmestres (maires) francophones de trois communes flamandes où habitent une majorité de locuteurs de la langue de Voltaire sous le prétexte qu'ils avaient envoyé les convocations électorales en français à leurs administrés.
Les partis francophones ont pris ces deux décisions comme des gifles et exigent un «geste» sur ces points de la part de leurs collègues flamands avant de recommencer les négociations, mais leur appel a été balayé d'un revers de la main.
La mobilisation d'hier peut-elle changer la donne? Il est permis d'en douter, dans la mesure où il s'agissait d'une manifestation essentiellement francophone qui illustre le fossé qui s'est créé entre les deux parties du pays.
Certes, les organisateurs démentaient cette perception et le président du PS francophone, Elio di Rupo, pensait que l'on «sous-estime le nombre de néerlandophones». Mais en remontant le cortège, si on trouvait bien quelques personnes criant «Vlamingen voor België!» («Les Flamands pour la Belgique!»), il y avait dans ce pâté d'alouette un cheval de trait francophone pour une maigre alouette flamande.
Aucun homme politique flamand ne s'était d'ailleurs dérangé pour participer au cortège, contrairement à leurs homologues francophones, qui étaient presque tous présents. «Rien à attendre, ni gouvernés, ni gouvernables», affirmait un graffiti pessimiste peint sur le sol.
Un forêt de drapeaux belges a envahi la capitale 161 jours après les élections du 10 juin dernier, qui n'ont pas encore débouché sur la formation d'un gouvernement, tant Flamands et francophones sont divisés sur la gestion du pays.
Trente-cinq mille personnes selon la police — bien plus selon les organisateurs — ont pris part à cette marche bon enfant, un exploit dans la mesure où l'initiative émane d'une simple citoyenne, Marie-Claire Houard, fonctionnaire liégeoise qui a lancé une pétition sur signée par 140 000 personnes.
«C'est formidable», a déclaré cette petite femme ronde de 45 ans qui n'était appuyée ni par les syndicats ni par les partis politiques, avant de remettre les signatures de sa pétition pour le maintien de l'unité de la Belgique au président du Sénat. «Mon pari est gagné, la foule est là, il y a des Flamands, il y a des Wallons et il y a une très belle ambiance, sous le soleil.»
Une quinzaine de contre-manifestants nationalistes flamands, qui avaient pénétré dans la «zone neutre» près du palais royal et du parlement sans autorisation, ont été arrêtés, ont annoncé les autorités de la police de Bruxelles. Les slogans de la manifestation étaient clairs et clamés par une foule majoritairement jeune, ce qui contraste avec les traditionnelles manifestations d'attachement à la Belgique qui rassemblent souvent une poignée de vieux «Belgicains».
«L'Union fait la force», la devise du pays, était déclinée dans les trois langues nationales, tandis que «Touche pas à ma Belgique!» remportait un franc succès et que l'hymne national, la Brabançonne, était — pour une fois — chanté.
«On nous avait annoncé un échec, on nous disait qu'il n'y aurait aucun néerlandophone, un journal néerlandophone avait dit qu'il n'y aurait pas plus de 100 Flamands et que ce ne serait pas des vrais Flamands. Mais ils sont là, les vrais Flamands!», a souligné Mme Houard à la fin du défilé, sous les ovations de la foule.
Un service d'ordre débonnaire contribuait à donner une impression de fête, ce qui était d'ailleurs le cas puisque, Belgique oblige, la manifestation s'est terminée entre les «baraques à frites» et les pompes à bière disséminées dans le parc du Cinquantenaire, où la manifestation s'est dispersée.
Blocage total
Les marcheurs ont exprimé leur angoisse devant la situation de blocage total qui prévaut sur l'échiquier politique. Les négociations entre démocrates-chrétiens et libéraux du Nord et du Sud du pays pour la formation d'un gouvernement «Orange bleue», le mélange de leurs couleurs politiques, ont dû été interrompues le 7 novembre dernier au plus haut de la tension entre les partis flamands et francophones.
Si le programme socio-économique du futur gouvernement est pratiquement prêt, les Flamands demandent que l'on déshabille l'État fédéral de pratiquement toutes ses compétences, la sécurité sociale et la fiscalité étant gérée par les régions. La satisfaction de ces revendications ferait de la Belgique une simple confédération aux liens très lâches.
Les francophones qui, à Bruxelles et en Wallonie, sont dans une situation économique difficile avec un taux de chômage de 20 %, ne veulent pas de cette réforme de l'État qui les obligerait à gérer des compétences sans en avoir les moyens. Le climat s'est encore assombri ces dernières semaines.
Alors que les francophones veulent botter en touche et demander à des «sages» d'examiner les revendications flamandes, ces derniers demandent une garantie de résultat avant de reprendre les négociations pour la formation d'un gouvernement.
Double tranchant
Pour la première fois dans l'histoire du pays, les Flamands ont par ailleurs utilisé le 7 novembre la majorité automatique dont ils disposent à la Chambre des représentants pour voter la scission du grand arrondissement électoral autour de Bruxelles. L'existence de cet arrondissement permet aux quelque 120 000 à 150 000 francophones qui vivent dans la périphérie flamande de Bruxelles de voter pour des listes francophones.
En outre, la région flamande a refusé de nommer les bourgmestres (maires) francophones de trois communes flamandes où habitent une majorité de locuteurs de la langue de Voltaire sous le prétexte qu'ils avaient envoyé les convocations électorales en français à leurs administrés.
Les partis francophones ont pris ces deux décisions comme des gifles et exigent un «geste» sur ces points de la part de leurs collègues flamands avant de recommencer les négociations, mais leur appel a été balayé d'un revers de la main.
La mobilisation d'hier peut-elle changer la donne? Il est permis d'en douter, dans la mesure où il s'agissait d'une manifestation essentiellement francophone qui illustre le fossé qui s'est créé entre les deux parties du pays.
Certes, les organisateurs démentaient cette perception et le président du PS francophone, Elio di Rupo, pensait que l'on «sous-estime le nombre de néerlandophones». Mais en remontant le cortège, si on trouvait bien quelques personnes criant «Vlamingen voor België!» («Les Flamands pour la Belgique!»), il y avait dans ce pâté d'alouette un cheval de trait francophone pour une maigre alouette flamande.
Aucun homme politique flamand ne s'était d'ailleurs dérangé pour participer au cortège, contrairement à leurs homologues francophones, qui étaient presque tous présents. «Rien à attendre, ni gouvernés, ni gouvernables», affirmait un graffiti pessimiste peint sur le sol.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

