Victoire brune
Grâce au soutien d'une extrême droite aiguisant plus que tout la xénophobie, le premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen a été reconduit dans ses fonctions. Depuis 2001, c'est la troisième fois que Rasmussen pactise avec les bruns. La troisième fois que ceux-ci exercent une tutelle sur l'exécutif et non l'inverse.
Le pire, c'est que ce maintien d'une droite ouvertement raciste, maintien consécutif aux législatives tenues ces derniers jours, confirme l'ancrage de ce courant politique dans presque tous les pays européens. Ici, une précision géographique est nécessaire: cet ancrage a été constaté tant au sein des nations membres de l'Union européenne que chez celles qui n'en sont pas.
Ainsi en va-t-il de la Suisse. En effet, au royaume qui lave plus blanc, l'Union démocratique du centre — «démocratique du centre», on appréciera — a réalisé son meilleur score lors du scrutin d'octobre dernier. En Belgique, la poussée de l'extrême droite flamande lors du dernier rendez-vous électoral explique pour une bonne part l'impasse dans laquelle se trouvent les responsables de divers partis condamnés à la formation d'une coalition.
En Norvège, en Roumanie, en République tchèque et en Hongrie, sans oublier l'Italie, la France et plusieurs autres États, l'extrême droite n'est pas tant de retour que bel et bien installée. Si, dans certains d'entre eux, sa part de marché — si on peut parler ainsi — a régressé lors de récents combats électoraux (on songe à l'Italie, à la France et à la Pologne), il n'en reste pas moins, on insiste, qu'elle est présente sur tous les échiquiers politiques nationaux.
Lorsqu'on établit la hiérarchie des motifs évoqués par les individus qui votent en faveur de ces idées, on observe qu'en haut, tout en haut de la liste, il y a l'immigrant. C'est sur son dos que s'est articulée la campagne danoise et à ses dépens que s'est faite la campagne suisse. Symbole révélateur de l'embellie que connaît l'extrême droite, l'affiche de l'UDC suisse: des moutons blancs d'un côté, un mouton noir de l'autre, ce dernier représentant l'«étranger criminel». Il y a donc cet immigrant qui canalise toutes les peurs, toutes les angoisses, le tout amplifié de superstitions ancestrales, et il y a également la fièvre nationaliste qui a cours à des degrés divers. Celle-ci est surtout le fait de partis régionaux. En soi, leur nombre est très révélateur de la montée en puissance de cette fibre: on en compte 33. Trente-trois partis qui militent pour l'autonomie et, parfois, pour l'indépendance des régions.
Règle générale, leur stratégie est celle dite de la tenaille: travailler à la soustraction des pouvoirs des États au profit de Bruxelles, de l'Union, pour ensuite obtenir une portion de ces pouvoirs. S'ils ne partagent pas toujours les vues de partis nationaux d'extrême droite, ils en sont souvent les alliés objectifs sur bien des plans.
Autre facteur ayant contribué à cette éclosion: la mise entre parenthèses du sentiment national au cours de la guerre froide. On constate que la chute du mur de Berlin a libéré l'expression nationale étouffée sous le joug soviétique. C'est d'ailleurs dans les ex-pays satellites de Moscou que ce nationalisme est le plus prononcé. À cet égard, il suffit de suivre le fil de la vie politique polonaise des dernières années pour se rendre compte à quel point l'accouchement de cette tare historique fut douloureux. Et dire que c'est en grande partie grâce à la construction européenne que ce continent a connu la plus longue période de paix de son histoire!
Le pire, c'est que ce maintien d'une droite ouvertement raciste, maintien consécutif aux législatives tenues ces derniers jours, confirme l'ancrage de ce courant politique dans presque tous les pays européens. Ici, une précision géographique est nécessaire: cet ancrage a été constaté tant au sein des nations membres de l'Union européenne que chez celles qui n'en sont pas.
Ainsi en va-t-il de la Suisse. En effet, au royaume qui lave plus blanc, l'Union démocratique du centre — «démocratique du centre», on appréciera — a réalisé son meilleur score lors du scrutin d'octobre dernier. En Belgique, la poussée de l'extrême droite flamande lors du dernier rendez-vous électoral explique pour une bonne part l'impasse dans laquelle se trouvent les responsables de divers partis condamnés à la formation d'une coalition.
En Norvège, en Roumanie, en République tchèque et en Hongrie, sans oublier l'Italie, la France et plusieurs autres États, l'extrême droite n'est pas tant de retour que bel et bien installée. Si, dans certains d'entre eux, sa part de marché — si on peut parler ainsi — a régressé lors de récents combats électoraux (on songe à l'Italie, à la France et à la Pologne), il n'en reste pas moins, on insiste, qu'elle est présente sur tous les échiquiers politiques nationaux.
Lorsqu'on établit la hiérarchie des motifs évoqués par les individus qui votent en faveur de ces idées, on observe qu'en haut, tout en haut de la liste, il y a l'immigrant. C'est sur son dos que s'est articulée la campagne danoise et à ses dépens que s'est faite la campagne suisse. Symbole révélateur de l'embellie que connaît l'extrême droite, l'affiche de l'UDC suisse: des moutons blancs d'un côté, un mouton noir de l'autre, ce dernier représentant l'«étranger criminel». Il y a donc cet immigrant qui canalise toutes les peurs, toutes les angoisses, le tout amplifié de superstitions ancestrales, et il y a également la fièvre nationaliste qui a cours à des degrés divers. Celle-ci est surtout le fait de partis régionaux. En soi, leur nombre est très révélateur de la montée en puissance de cette fibre: on en compte 33. Trente-trois partis qui militent pour l'autonomie et, parfois, pour l'indépendance des régions.
Règle générale, leur stratégie est celle dite de la tenaille: travailler à la soustraction des pouvoirs des États au profit de Bruxelles, de l'Union, pour ensuite obtenir une portion de ces pouvoirs. S'ils ne partagent pas toujours les vues de partis nationaux d'extrême droite, ils en sont souvent les alliés objectifs sur bien des plans.
Autre facteur ayant contribué à cette éclosion: la mise entre parenthèses du sentiment national au cours de la guerre froide. On constate que la chute du mur de Berlin a libéré l'expression nationale étouffée sous le joug soviétique. C'est d'ailleurs dans les ex-pays satellites de Moscou que ce nationalisme est le plus prononcé. À cet égard, il suffit de suivre le fil de la vie politique polonaise des dernières années pour se rendre compte à quel point l'accouchement de cette tare historique fut douloureux. Et dire que c'est en grande partie grâce à la construction européenne que ce continent a connu la plus longue période de paix de son histoire!
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