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Victoire brune

Serge Truffaut   16 novembre 2007  Europe
Grâce au soutien d'une extrême droite aiguisant plus que tout la xénophobie, le premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen a été reconduit dans ses fonctions. Depuis 2001, c'est la troisième fois que Rasmussen pactise avec les bruns. La troisième fois que ceux-ci exercent une tutelle sur l'exécutif et non l'inverse.

Le pire, c'est que ce maintien d'une droite ouvertement raciste, maintien consécutif aux législatives tenues ces derniers jours, confirme l'ancrage de ce courant politique dans presque tous les pays européens. Ici, une précision géographique est nécessaire: cet ancrage a été constaté tant au sein des nations membres de l'Union européenne que chez celles qui n'en sont pas.

Ainsi en va-t-il de la Suisse. En effet, au royaume qui lave plus blanc, l'Union démocratique du centre — «démocratique du centre», on appréciera — a réalisé son meilleur score lors du scrutin d'octobre dernier. En Belgique, la poussée de l'extrême droite flamande lors du dernier rendez-vous électoral explique pour une bonne part l'impasse dans laquelle se trouvent les responsables de divers partis condamnés à la formation d'une coalition.

En Norvège, en Roumanie, en République tchèque et en Hongrie, sans oublier l'Italie, la France et plusieurs autres États, l'extrême droite n'est pas tant de retour que bel et bien installée. Si, dans certains d'entre eux, sa part de marché — si on peut parler ainsi — a régressé lors de récents combats électoraux (on songe à l'Italie, à la France et à la Pologne), il n'en reste pas moins, on insiste, qu'elle est présente sur tous les échiquiers politiques nationaux.

Lorsqu'on établit la hiérarchie des motifs évoqués par les individus qui votent en faveur de ces idées, on observe qu'en haut, tout en haut de la liste, il y a l'immigrant. C'est sur son dos que s'est articulée la campagne danoise et à ses dépens que s'est faite la campagne suisse. Symbole révélateur de l'embellie que connaît l'extrême droite, l'affiche de l'UDC suisse: des moutons blancs d'un côté, un mouton noir de l'autre, ce dernier représentant l'«étranger criminel». Il y a donc cet immigrant qui canalise toutes les peurs, toutes les angoisses, le tout amplifié de superstitions ancestrales, et il y a également la fièvre nationaliste qui a cours à des degrés divers. Celle-ci est surtout le fait de partis régionaux. En soi, leur nombre est très révélateur de la montée en puissance de cette fibre: on en compte 33. Trente-trois partis qui militent pour l'autonomie et, parfois, pour l'indépendance des régions.

Règle générale, leur stratégie est celle dite de la tenaille: travailler à la soustraction des pouvoirs des États au profit de Bruxelles, de l'Union, pour ensuite obtenir une portion de ces pouvoirs. S'ils ne partagent pas toujours les vues de partis nationaux d'extrême droite, ils en sont souvent les alliés objectifs sur bien des plans.

Autre facteur ayant contribué à cette éclosion: la mise entre parenthèses du sentiment national au cours de la guerre froide. On constate que la chute du mur de Berlin a libéré l'expression nationale étouffée sous le joug soviétique. C'est d'ailleurs dans les ex-pays satellites de Moscou que ce nationalisme est le plus prononcé. À cet égard, il suffit de suivre le fil de la vie politique polonaise des dernières années pour se rendre compte à quel point l'accouchement de cette tare historique fut douloureux. Et dire que c'est en grande partie grâce à la construction européenne que ce continent a connu la plus longue période de paix de son histoire!






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  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 16 novembre 2007 08h08
    Que s'est-il passé au royaume du Danemark?
    Le Danemark était un modèle d'ouverture et de tolérance. Tout comme la Hollande. Aujourd'hui, c'est le ras-le-bol. Que s'est-il passé? La même chose qu'au Québec des accommodements. On a tellement ouvert qu'un jour on a réalisé qu'on était envahi et qu'il fallait maintenant défendre le fort.

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 16 novembre 2007 08h15
    Complexité européenne
    Pour saisir pleinement la situation de l'extrême-droite dans les pays européens, les poussées qu'elle peut réaliser ici et là, comme dernièrement au Danemark auquel fait allusion l'article, il faudrait dresser un tableau complet de la pression migratoire qui s'exerce sur les pays européens et de l'histoire ancestrale de ces pays.

    Ces deux facteurs ont un effet sur les réactions, parfois à fleur de peaux, des populations de divers pays. Les pays ayant une ouverture vers le Sud, notamment par la Méditerranée, voient arriver nombre d'immigrants - lorsqu'ils arrivent car les pertes en mer se chiffrent par plusieurs milliers au fil des ans. L'Espagne, par exemple, en a accueilli des milliers, dont elle a régularisé la situation. Mais il reste dans bien des pays un grand nombre d'immigrés clandestins. En couplant les flux d'immigrants aux problèmes de chômage, il devient facile pour certains milieux d'agiter la menace des immigrants. Elle trouve des oreilles réceptrices : perte d'emplois, perte de l'identité nationale, rejet de la différence, des comportements, etc. : des peurs rationnelles ou irrationnelles, nouvelles ou ancestrales. Sans ce tableau de fond, il est difficile de saisir réellement les réactions de certains pays européens

    L'Europe reste pourtant une terre d'accueil. Il faudrait lire à ce sujet l'article de Jean-François Jamet (A graduate of the Ecole Normale Supérieure and graduate student at Harvard University - Department of Economics), intitulé « The European Union and Immigration », publié par The Robert Schuman Foundation, et qui commence ainsi : « Les statistiques remettent en cause l'idée d'une Europe forteresse. L'Union européenne reste la région du monde qui accueille le plus grand nombre d'immigrés et de demandeurs d'asile. »

    L'autre facteur qu'il faudrait traiter plus à fond, c'est l'histoire des pays européens. Serge Truffaut, dans son article, y fait une allusion rapide en parlant de la libération de « l'expression nationale étouffée sous le joug soviétique ». Mais il faudrait remonter beaucoup plus en arrière, à la disparition de l'Empire austro-hongrois, au découpage qui a suivi la guerre de 1914-1918., à la disparition de l'Empire ottoman. Nombre de pays portent ainsi dans leur passé des cicatrices qui s'ouvrent à nouveau pour exprimer des ressentiments historiques. Ce n'est certes pas toujours le cas, comme en Suisse, où l'immigrant et les fantasmes qu'il engendre - parfois fondés sur des réalités - semblent bien être le seul facteur expliquant la poussée du parti extrémiste du conseiller Blocher.

    Mais l'analyse poussée nécessaire de ces facteurs pour s'efforcer d'avoir une meilleure compréhension de la situation européenne dépasserait largement le cadre d'un article, qui s'est fixé pour objectif d'attirer simplement l'attention sur des mouvements politiques qui se trament en Europe. On ne saurait donc reprocher à son auteur de ne pas nous avoir donné un tableau plus complet et plus détaillé.

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