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Belgique - Le roi s'implique dans la crise au risque d'être critiqué

13 novembre 2007  Europe
Bruxelles — Albert II a entamé des consultations politiques inhabituelles pour tenter de sortir la Belgique de la crise causée par l'opposition entre Flamands et francophones, une initiative à l'issue incertaine qui risque en outre de soumettre le souverain au feu des critiques.

Hier, les présidents des principaux partis belges ont commencé à être reçus à la résidence du roi, sur les hauteurs de Bruxelles, pour des rendez-vous placés sous le sceau du secret. C'est la première fois depuis le 12 juin — deux jours après les élections législatives — qu'Albert II reçoit les dirigeants de l'Orange bleue, la coalition de centre droit que tente de former le leader des chrétiens-démocrates flamands Yves Leterme, et de la probable opposition socialiste et écologiste.

À 73 ans, comme ses prédécesseurs, Albert II «règne mais ne gouverne pas». Ce qui lui valait, jusqu'aux législatives de juin, d'être plus connu pour son goût de la moto et son yacht que pour ses interventions politiques. Mais, en cette période de crise, la plus grave depuis le début de son règne en 1993, il se doit, comme l'autorise la Constitution et ne serait-ce que pour préserver son trône, de donner le coup de pouce nécessaire pour qu'une majorité se mette en place.

Habituellement, après les législatives, le roi nomme un formateur, issu du parti vainqueur, chargé de négocier une coalition réunissant partis francophones et flamands. Ce scénario bien rôdé s'est toutefois grippé depuis juin, obligeant le souverain à reprendre ses consultations pratiquement à zéro, 155 jours après les élections.

La crise, la plus longue de l'histoire de la Belgique, s'est aggravée le 7 novembre lorsque les députés flamands ont voté en commission du parlement une proposition de loi visant à réduire certains droits des francophones vivant dans la périphérie flamande de Bruxelles.

Au lendemain de ce coup de force, Albert II, l'un des derniers symboles de l'unité du pays, a pris une initiative exceptionnelle, en prônant le lancement d'un large forum réunissant les partis Flamands et francophones pour clarifier, en dehors des négociations gouvernementales, l'avenir institutionnel du pays.

Mais ce scénario a été battu en brèche durant le week-end par les partis politiques appelés à gouverner, les chrétiens-démocrates de M. Leterme en tête.

Les néerlandophones exigent des «garanties» qu'une réforme accordant plus de pouvoirs aux régions soit rapidement lancée. Et les francophones refusent de reprendre les pourparlers tant que les Flamands ne promettront pas de s'abstenir à l'avenir de tout passage en force.

Constatant que le fossé continuait à se creuser, Albert II a convoqué dimanche soir les présidents de partis pour tenter de calmer le jeu.

Mais il a subi les critiques du constitutionnaliste Marc Uyttendaele, qui estimait hier dans le journal Le Soir qu'Albert II, censé être au-dessus de le mêlée, s'était «laissé instrumentaliser» par le parti de M. Leterme, qui espère ainsi sauver les chances de ce dernier de devenir premier ministre.

De même, la chaîne publique RTBF se demandait si le roi «ne sortait pas de son rôle» en aidant à ce point M. Leterme.

«La profondeur de la crise incite le roi à prendre plus d'initiatives que d'habitude. Même s'il prend un risque, personne ne remet en cause sa bonne volonté», relativise un autre constitutionnaliste, Francis Delperée.

Mais même avec la meilleure volonté du monde, ces consultations ne «débloqueront pas la situation» et le roi suscite «surtout de l'indifférence» en Flandre, estime un porte-parole de la Nouvelle alliance flamande (NVA), le parti indépendantiste associé à Yves Leterme.

Alors que 63 % des Flamands estiment l'éclatement de la Belgique inéluctable à terme, ni la NVA ni aucun parti indépendantiste flamand n'a été invité à ces consultations.











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