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Tbilissi accuse Moscou de fomenter un coup d'État - L'état d'urgence est décrété en Géorgie

Les manifestations réclamant le départ du président Saakachvili sont violemment réprimées

Reuters   8 novembre 2007  Europe
Bien équipées, les forces de l’ordre géorgienne ont dispersé les manifestants.
Photo : Agence Reuters
Bien équipées, les forces de l’ordre géorgienne ont dispersé les manifestants.
Tbilissi — Le président géorgien pro-occidental Mikheïl Saakachvili a décrété l'état d'urgence hier à Tbilissi après de violents heurts entre police et manifestants et a annoncé l'expulsion de diplomates russes, accusant Moscou d'alimenter les troubles.

«Il y a eu une tentative de coup d'État et nous devons donc réagir», a déclaré le premier ministre Zourab Nogaïdeli sur la chaîne de télévision privée Roustavi-2. L'état d'urgence «sera levé quand la situation redeviendra normale», a-t-il ajouté.

Peu auparavant, la chaîne d'opposition Imedi TV avait cessé d'émettre tandis que des responsables de l'opposition étaient arrêtés, selon des informations de médias géorgiens non confirmées. «Nous sommes informés que les forces spéciales viennent juste d'entrer dans le bâtiment d'Imedi TV», a annoncé le présentateur de la chaîne, contrôlée par l'oligarque Badri Patarkatsichvili et le groupe News Corp. du magnat Rupert Murdoch, avant que le signal ne soit coupé.

Dans la journée, la police géorgienne a violemment dispersé des milliers de manifestants qui réclament depuis six jours la démission du président Saakachvili. Les forces anti-émeutes ont frappé les manifestants à coups de matraque, tiré des balles en caoutchouc et utilisé gaz lacrymogènes et canons à eau, plongeant la capitale de cette ex-république soviétique dans le chaos. Des manifestants ont riposté à coups de pierres, de bouteilles et de bâtons, blessant également des policiers.

Le mouvement de contestation a pris forme après l'arrestation le 27 septembre de l'ex-ministre de la Défense Irakli Okrouachvili, qui accusait le président d'avoir planifié le meurtre de personnalités et a été libéré depuis.

Les manifestants, mobilisés depuis vendredi, étaient entre 7000 et 15 000 ces derniers jours. Ils avaient été jusqu'à 50 000 le premier jour.

Il s'agit de la plus importante contestation populaire dans le pays depuis la «révolution des roses» de novembre 2003, qui avait porté au pouvoir M. Saakachvili.

Le ministère de la Santé a indiqué hier que 360 personnes avaient demandé une aide médicale et que 109 avaient été hospitalisées.

Saakachvili a annoncé dimanche qu'il excluait d'organiser des élections législatives anticipées, comme l'exige l'opposition.

Porté au pouvoir par la «révolution des roses» en 2003, le président géorgien est favorable à des réformes économiques d'inspiration libérale et à un rapprochement avec Washington.

Ses détracteurs soulignent que les conditions de vie ne s'améliorent pas pour la grande majorité de la population et dénoncent la corruption et les violations des droits de l'homme dans l'ancienne république soviétique du Sud-Caucase.

En fin de journée, le président Saakachvili a accusé de «hauts responsables des services spéciaux russes» d'être impliqués dans les troubles. «Certains d'entre eux sont en Géorgie, d'autres à Moscou», a-t-il affirmé dans un discours télévisé à la nation.

Tbilissi, dont les relations avec Moscou sont déjà très tendues, a rappelé son ambassadeur en Russie, convoqué l'ambassadeur russe en Géorgie et expulsé trois diplomates russes. La Russie n'a pas réagi dans l'immédiat. Elle avait qualifié mardi de grotesques les premières accusations de manipulation lancées par son voisin.

Les chefs de file de l'opposition, qui n'ont jamais remis en question la ligne pro-occidentale de Saakachvili, ont qualifié ces allégations de stupides et infondées.

Signe de son inquiétude, l'Union européenne a fait savoir qu'elle dépêchait son émissaire spécial dans le sud du Caucase, Peter Semneby, en Géorgie pour y rencontrer toutes les parties concernées.
 
 
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