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Paris ne défendra pas L'Arche de Zoé

La France entend collaborer avec le Tchad pour éclaircir la tentative d'évacuation d'une centaine d'enfants originaires du Darfour

29 octobre 2007  Europe
La centaine d’enfants a été placée dans un orphelinat dans l’attente d’un règlement.
Photo : Agence Reuters
La centaine d’enfants a été placée dans un orphelinat dans l’attente d’un règlement.
Paris — La France se défend de toute erreur dans l'affaire de L'Arche de Zoé. Rama Yade, secrétaire d'État aux Affaires étrangères et aux droits de l'homme, a assuré hier que Paris veut «collaborer avec les autorités tchadiennes pour obtenir le fin mot» de cette tentative d'évacuation d'une centaine d'enfants présentés aux familles d'accueil françaises comme étant des orphelins du Darfour.

«On a fait le maximum de ce qui pouvait être fait» et «nous avons prévenu tous ceux qui devaient être prévenus», y compris les autorités tchadiennes dès juillet, a déclaré Mme Yade lors d'un point de presse. Selon elle, «l'ambassade de France ne peut absolument pas être mise en cause dans cette affaire». «Cette opération était illégale, irresponsable», et Paris est «complètement en accord avec le président [tchadien Idriss] Déby pour dire qu'[elle] n'avait pas lieu d'être», a-t-elle répété.

Neuf Français et sept membres de l'équipage de l'avion de la compagnie charter espagnole Girjet qui devait rapatrier les enfants ont été placés en détention jeudi à Abéché, dans l'est du Tchad. Leur garde à vue de 48 heures a été prolongée et doit s'achever ce soir, précisait-on de sources diplomatique française et au ministère tchadien de la Justice.

Tous les détenus, qui ont reçu la visite de médecins et du consul de France, «sont en bonne santé», a fait savoir le ministère des Affaires étrangères, qui espère que le cas des trois journalistes français sera examiné séparément dans la mesure où ces personnes participaient à l'opération dans le cadre de leur travail.

«Il est trop tôt» pour dire si Paris demandera l'extradition des Français ou s'ils seront jugés au Tchad, a déclaré Rama Yade, ajoutant que, en plus des enquêtes tchadienne et française, une autre allait être ouverte au Soudan.

La secrétaire d'État, qui dirige la cellule de crise française créée vendredi, s'est refusée à tout commentaire sur les intentions réelles ou supposées de L'Arche de Zoé, qui se faisait appeler Children Rescue au Tchad, mais a dénoncé «des procédés évidents de dissimulation». «Pourquoi tant de dissimulation si tout était aussi transparent qu'ils le disent?».

Le président Déby qui s'est rendu à Abéché a pour sa part crié à l'opération «pédophile», au «trafic d'organes» et à la traite d'enfants possédant encore des parents. Il a promis que «tous ceux qui sont impliqués de loin ou de près seront poursuivis par la justice».

On ignore encore si les 103 enfants de un à douze ans, d'un âge moyen de trois à huit ans, sont soudanais ou tchadiens et quelle est leur situation familiale, a reconnu Rama Yade. Ils ont été placés sous la protection du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), de l'UNICEF et de la Croix-Rouge internationale (CICR).

La secrétaire d'État a réaffirmé qu'elle et le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, étaient prêts à se rendre au Tchad, mais «on ne nous a rien demandé pour l'instant». M. Kouchner s'est entretenu au téléphone samedi soir avec Idriss Déby, et l'ambassadeur de France Bruno Foucher a rencontré le président tchadien hier à Biltine. «Les membres de l'association Children Rescue qui ont participé à l'ensemble de cette manipulation illégale répondront de leurs actes au Tchad», a déclaré le diplomate aux journalistes.

«Les choses se passent très bien entre la France et le Tchad», a de son côté assuré Mme Yade, qui devait réunir aujourd'hui les organisations humanitaires intervenant au Tchad et au Darfour pour «faire le point sur la situation» et voir «comment les aider à faire leur travail du mieux possible».

La France est intervenue militairement l'an dernier pour défendre le régime de N'Djamena contre des groupes rebelles, et le président Déby a accepté le déploiement, dans le cadre de la résolution onusienne du 25 septembre soutenue par Paris, d'une force militaire de l'Union européenne pour sécuriser les zones parcourues par les milices armées dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, aux frontières du Darfour.
 
 
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