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Pologne - La parenthèse de deux ans de pouvoir des Kaczynski est refermée

L'Union européenne a poussé un soupir de soulagement

Reuters   23 octobre 2007  Europe
Un ouvrier polonais couvrait hier les affiches électorales.
Photo : Agence Reuters
Un ouvrier polonais couvrait hier les affiches électorales.
Les Polonais ont spectaculairement refermé dimanche une parenthèse de deux ans de pouvoir des frères conservateurs Kaczynski, marquée par de graves divisions en Pologne et de multiples blocages dans l'UE, en votant massivement pour l'opposition libérale.

Après le dépouillement de plus de 99 % des bulletins de vote hier, le parti libéral Plateforme civique (PO) de Donald Tusk a obtenu 41,39 % des voix, ce qui lui assure 209 sièges sur 460 à la Diète (chambre basse). Le parti conservateur Droit et Justice (PiS) du premier ministre sortant Jaroslaw Kaczynski arrive deuxième, avec 32,16 % des voix et 166 sièges à la Diète.

Malgré leur écrasante défaite, un des jumeaux Kaczynski va rester au pouvoir: Lech Kaczynski est président de la République, et son mandat court jusqu'à la fin 2010. Mais il perdra beaucoup d'influence sans son frère, car, en Pologne, la réalité du pouvoir est exercée par le gouvernement et non par le président.

Donald Tusk, 50 ans, est le candidat naturel au poste de premier ministre, soulignent ses collaborateurs. Pour avoir une majorité parlementaire, il devra toutefois s'allier avec le PSL, déjà son partenaire dans les régions. Il a déjà évoqué une telle éventualité, et le leader du parti paysan Waldemar Pawlak s'est aussi déclaré ouvert à la coopération.

Dès la publication des premières projections de résultats, Donald Tusk a appelé les Polonais à la réconciliation après les divisions qu'a connues le pays depuis l'arrivée au pouvoir des frères Kaczynski il y a deux ans, avec des provocations policières des services anticorruption et la chasse aux anciens agents communistes.

Les libéraux ont aussi obtenu 60 sièges sur 100 au Sénat, contre 39 pour les conservateurs et un pour l'ex-premier ministre social-démocrate, Wlodziemierz Cimoszewicz.

D'ordinaire réservés dans leurs commentaires, les responsables européens de tous les bords politiques ont réagi avec une clarté qui ne laisse planer aucune ambiguïté sur les sentiments qu'ils nourrissaient envers le gouvernement sortant.

«C'est un bon signal pour l'Europe», a déclaré le président du Parlement européen, Hans-Gert Poettering, un proche de la chancelière Angela Merkel. «Et les choses vont certainement devenir un peu plus faciles entre l'Allemagne et la Pologne.»

Plus diplomatique envers les jumeaux Kaczynski, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, n'en a pas moins salué «l'esprit européen du peuple polonais». «Je suis certain qu'il y aura une coopération fructueuse avec le prochain gouvernement polonais», a-t-il ajouté.

La chaleur inhabituelle de ces réactions s'explique par le bilan européen du gouvernement sortant. Les jumeaux polonais n'ont eu de cesse ces deux dernières années de s'en prendre à l'Allemagne et de rappeler son passé nazi, en tirant prétexte dans les négociations européennes.

Dans le débat sur le nombre de votes au Conseil des ministres de l'UE, qui sont plus ou moins proportionnels à la population, la Pologne a martelé qu'elle aurait beaucoup plus de 38 millions d'habitants si l'Allemagne ne l'avait pas saignée à blanc pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les jumeaux ont été des négociateurs imprévisibles, sortant de leur chapeau des revendications qui n'avaient souvent rien à voir avec le dossier étudié, comme leur exigence de disposer d'un avocat-général à la Cour de justice de l'UE comme condition pour signer le traité censé remplacer la défunte Constitution.

Donald Tusk, qui est promis au poste de premier ministre, a déjà donné des gages d'un changement radical, même si des membres de son parti se sont signalés dans le passé par des positions très dures sur la défense des intérêts polonais.

Le PO entend placer la Pologne au coeur de l'Union en adoptant le plus rapidement l'euro et en signant la Charte des droits fondamentaux dont les Kaczynski ne voulaient pas. Le tropisme pro-américain du gouvernement sortant semble également promis à une révision très nette.
 
 
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