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Suisse - Nouvelle victoire pour la droite populiste

22 octobre 2007  Europe
Genève — La droite populiste a remporté hier les élections législatives suisses, confortant son statut de premier parti du pays avec près de 29 % des voix, tandis que le parti socialiste a enregistré un fort recul au profit des écologistes.

L'Union démocratique du centre (UDC), un parti nationaliste et xénophobe qui a axé sa campagne sur la dénonciation des criminels étrangers, a gagné deux points par rapport au dernier scrutin législatif de 2003, lorsqu'il était devenu le premier parti de Suisse.

Selon la plus récente estimation de la télévision nationale, l'UDC a remporté 28,8 % des voix et 62 sièges (+7) au Conseil national, la chambre basse du Parlement qui compte au total 200 députés.

«C'est le meilleur score d'un parti depuis 1919», a triomphé le vice-président de l'UDC, Yvan Perrin, sur la chaîne de télévision TSR1, au terme d'une campagne marquée par une rare agressivité qui est allée jusqu'à l'émeute dans les rues de Berne.

Le Parti socialiste reste le deuxième parti du pays mais enregistre un fort recul avec 19,1 % des voix, soit quatre points de moins qu'en 2003 et neuf sièges perdus. Les deux partis écologistes ont gagné eux quatre points de pourcentage avec 11,3 % des voix.

Le centre droit s'est globalement tassé, les démocrates-chrétiens obtenant 14,6 % des voix contre 14,4 % en 2003, tandis que les radicaux ont obtenu 15,9 % des voix contre 17,3 %.

L'UDC, fidèle à son credo xénophobe et anti-européen, s'est retrouvée au centre du débat pendant la campagne avec une affiche montrant un mouton noir expulsé du territoire national par un mouton blanc.

Malgré les accusations de racisme lancées à l'encontre de l'UDC, le scandale créé par l'affiche n'a pas désarçonné le parti du milliardaire zurichois Christoph Blocher, par ailleurs ministre de la Justice et de la Police.

M. Blocher a fait son entrée au gouvernement en 2003 à la faveur de sa précédente victoire électorale, mais ses détracteurs l'accusent d'avoir depuis radicalisé son discours et de ne pas avoir respecté la tradition suisse du consensus gouvernemental.

La progression de l'UDC et le fort recul du PS, qui souhaitait exclure M. Blocher du gouvernement, renforcent au contraire sa position au sein de l'exécutif helvétique, qui rassemble les quatre premiers partis du pays, droite et gauche confondues.

L'agressivité inhabituelle qui a marqué la campagne a fait redouter à certains la disparition de ce système consensuel unique au monde au profit d'un système classique d'opposition droite gauche.

Dès l'annonce des résultats nationaux, le président de l'UDC, Üli Maurer, a assuré que son parti ne souhaitait pas exclure le PS de l'exécutif mais appelé trois des sept ministres sortants, les plus anciens au gouvernement, à remettre leur siège en jeu au moment de la désignation du gouvernement le 12 décembre prochain.

Sous prétexte de «renouvellement» l'UDC pourrait ainsi remplacer son ministre Samuel Schmid, coupable de ne pas être dans la ligne désormais définie par l'homme fort du parti, le ministre de la Police et de la Justice Christoph Blocher.

La radicalisation du discours politique a entraîné une relative mobilisation de l'électorat: selon les premières estimations, 47,6 % des électeurs se sont exprimés, soit le meilleur score depuis 1983.

La victoire de l'UDC inquiète Alpha Drame, un conseiller municipal écologiste de Genève originaire de Guinée Conakry. «La Suisse, qui est le pays le plus ouvert d'Europe a maintenant la droite la plus xénophobe d'Europe», a-t-il dénoncé. «On dit que les Suisses se lèvent tôt et se réveillent tard: il est grand temps qu'ils se réveillent!», a-t-il dit à l'AFP.

«Il y a un sentiment de peur de la population qui est dépassée par les questions liées à la mondialisation», a observé de son côté la sénatrice socialiste Liliane Maury Pasquier élue au Conseil des États (chambre haute). «L'UDC enveloppe tout ça d'une couverture xénophobe et anti-européenne. Les gens pensent mieux se défendre en votant UDC», a-t-elle expliqué.
 
 
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