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Les limites de l'ouverture de Sarkozy

Le projet de loi sur l'immigration suscite de plus en plus de critiques en France

10 octobre 2007  Europe
Nicolas Sarkozy
Photo : Agence Reuters
Nicolas Sarkozy
Paris — Le projet controversé de loi sur l'immigration en France, voulu par Nicolas Sarkozy, suscite des critiques de plus en plus vives de la part des ministres issus de la gauche, marquant les limites de la politique «d'ouverture» du président français.

La secrétaire d'État à la politique de la Ville, Fadela Amara, a été la plus véhémente hier, jugeant «dégueulasse» qu'on «instrumentalise l'immigration» et répétant son opposition à un amendement instaurant la possibilité de tests ADN pour les candidats au regroupement familial.

Cette déclaration a immédiatement suscité de vives critiques de la majorité de droite, dans ce qui constitue la plus sérieuse passe d'armes entre une personnalité de gauche et les députés de droite depuis la formation du gouvernement en mai.

Symbole de la politique d'ouverture à la gauche et à la «diversité» — elle est d'origine algérienne —, Mme Amara a évoqué ouvertement la possibilité d'une démission: «Très franchement, le jour vraiment où ce sera trop insupportable, le jour où ce sera trop dur, eh bien, je partirai», a-t-elle dit.

La disposition sur les tests ADN, ainsi que celle excluant les immigrés sans papiers des centres d'hébergement d'urgence, sont au centre de la polémique suscitée par le projet de loi actuellement en discussion au Parlement.

Ce texte a déjà suscité la désapprobation des personnalités d'«ouverture» ralliées par Nicolas Sarkozy, dont le chef de la diplomatie Bernard Kouchner et le Haut commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch. Le gouvernement comprend neuf ministres issus de la gauche et du centre.

Le secrétaire général du parti présidentiel UMP, Patrick Devedjian, a accusé hier Fadela Amara «d'injurier les députés de la majorité». Le député UMP François Goulard, par ailleurs opposé à l'amendement ADN, a été plus explicite, se demandant ce que Mme Amara «fait au sein du gouvernement».

Cette opinion est évidemment partagée par les socialistes, dont le porte-parole à l'Assemblée nationale, André Vallini, a appelé Mme Amara à «pousser la logique jusqu'au bout et démissionner».

Alors que les associations et l'opposition de gauche continuent de batailler contre le projet de loi sur l'immigration, et que SOS Racisme, fort d'une pétition ayant déjà recueilli 120 000 signatures, appelle à une manifestation dimanche à Paris, la polémique augure mal de l'avenir de l'«ouverture» de M. Sarkozy.

Le chef de l'État, qui a été élu sur un programme marqué à droite, a encore affirmé la semaine dernière vouloir poursuivre cette stratégie «d'ouverture» malgré des critiques dans son propre camp.

Cette orientation reste saluée par les Français, dont plus de six sur dix sont favorables à l'ouverture, selon un sondage CSA publié hier.

«Toute politique de grand écart comporte en elle-même la certitude d'être confrontée à des contradictions majeures», observe le politologue Philippe Braud. Cet analyste rappelle que, parallèlement à l'«ouverture», M. Sarkozy a défendu publiquement le texte sur l'immigration, «présenté en urgence au Parlement pour garder l'électorat qui a déserté le Front national» de Jean-Marie Le Pen.
 
 
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