Candidats à vendre
Le marketing politique cherche sa voie avec de nouvelles formules
Photo : Agence France-Presse
Parmi les offres présentées sur eBay, la possibilité de prendre un café en compagnie de Doris Leuthard, ex-présidente du parti, jeune star montante de la politique helvétique et ministre de l’Économie au sein de l’actuel gouvernement de coalit
Les temps sont durs dans l'arène politique où, pour séduire les électeurs, les partis politiques sont désormais prêts à tout. Le Parti démocrate-chrétien suisse vient d'ailleurs de le prouver en mettant ses candidats en vente sur eBay depuis lundi. Cette initiative étonnante risque bien d'être copiée un peu partout sur la planète, estiment des spécialistes en communication.
Acheter un politicien est désormais chose facile... du moins en Suisse, où le Parti démocrate-chrétien (PDC), l'équivalent helvétique du Parti libéral du Québec, actuellement en campagne électorale, a entrepris depuis lundi de «vendre» ses élus sur le célèbre site d'enchères eBay.
Ce projet, qui alimente un courant mondial très contemporain de marketing politique décalé, vise bien sûr à attirer l'attention du public sur cette formation politique centriste qui perd du terrain depuis quelques années. Et il risque aussi d'inspirer bien d'autres partis politiques dans le monde, croient des spécialistes en communication.
«C'est bien joué», résume Christophe Darbellay, président du PDC, joint par téléphone à Berne par Le Devoir cette semaine. «Depuis plusieurs mois, une partie de notre campagne se déroule sur Internet. Se montrer sur eBay était pour nous une évidence puisque, ce faisant, nous affichons notre position sur les nouvelles technologies tout en nous assurant d'être à un endroit où les gens ne s'attendent pas forcément à nous trouver.»
Enchères
Les démocrates-chrétiens proposent donc de miser, par l'entremise d'eBay, sur la tête de 13 de leurs élus qui, le 21 octobre prochain, doivent faire face aux électeurs. En effet, la Suisse est en campagne électorale afin de renouveler son Parlement. Les enchères, qui prendront fin le 18 août, portent sur des produits appartenant aux politiciens ainsi que sur des aproduits appartenant aux politiciens ainsi que sur des activités en leur compagnie. L'argent ainsi récolté sera entièrement versé à une fondation pour la recherche sur le cancer chez les enfants, a annoncé le parti par voie de communiqué cette semaine.
«C'est normal, souligne M. Darbellay. Après tout, nous sommes un parti profilé dans le domaine de la politique familiale et de l'enfance.»
Brunch dominical avec la conseillère nationale (députée) Brigitte Häberli-Koller; soirée saucisses et bière lors du festival du Gurten 2008, un grand rassemblement rock estival dans les hauteurs de Berne, la capitale, avec son collègue Reto Nause; six bouteilles de vin du vignoble personnel de Simon Epiney, un autre élu; balade à vélo de montagne avec Bruno Frick, vice-président du parti: les offres sont nombreuses et variées.
Mais une d'entre elles semble attirer davantage l'attention: la possibilité de prendre un café en compagnie de Doris Leuthard, ex-présidente du parti, jeune star montante de la politique helvétique et ministre de l'Économie au sein de l'actuel gouvernement de coalition. Hier en effet, sa proposition affichait 4500 $ (5050 francs suisses) au compteur.
D'ici le scrutin d'octobre, le PDC doit soumettre sur eBay deux autres vagues d'enchères alimentées par l'ensemble de ses 43 élus. Le président du parti y proposera des billets pour un concert de Polo Hofer, le Jean-Pierre Ferland de la Suisse. «Mais ce qui va attirer le plus les regards, je crois, ce sont sans doute deux billets pour la finale de la Ligue des champions de l'UEFA en 2008 à Moscou [un match couru dans le monde du soccer en Europe]», ajoute M. Darbellay.
Dans l'air du temps
Largement inspiré de campagnes similaires menées en Allemagne par la CDU, le parti d'Angela Merkel, avec lequel les démocrates-chrétiens suisses revendiquent des liens parentaux, ce coup d'éclat sur Internet vise à rajeunir l'image du PDC, un parti plutôt conservateur dont les appuis diminuent depuis quelques années. «C'est une nouvelle stratégie, avoue Christophe Darbellay. La campagne sur eBay est d'ailleurs une activité innovante parmi bien d'autres à venir» d'ici le soir du scrutin.
Cette formation politique, qui dit être préoccupée par le réchauffement climatique, envisage en effet, au cours des prochaines semaines, de distribuer dans les grandes villes suisses près de 10 000 petits économiseurs d'eau à installer sur les robinets. En 2003, la distribution de brosses à dents orange (à la couleur du parti) dans les rues n'avait toutefois pas pu empêcher le PDU de perdre plusieurs sièges à l'Assemblée fédérale, la Chambre basse du Parlement. À l'heure actuelle, ce groupe est la quatrième force en présence sur l'échiquier politique fédéral suisse.
«Nous avons appris de cette époque, dit M. Darbellay. Un gadget électoral, seul, ne peut pas nous permettre de remporter des élections. Pour ça, il faut que ce gadget soit soutenu par un contenu politique fort, et c'est ce que nous avons cette année.»
Des effets incertains
Selon le spécialiste en communication Patrick Beauduin, de l'agence de publicité Cossette à Montréal, il est pour le moment difficile d'évaluer la véritable portée d'une telle tactique en campagne électorale. Mais une chose est sûre, d'après lui: les électeurs devront s'habituer à voir ce type de communication politique, un brin surprenante, se multiplier à l'avenir. «Le métier de la politique est de plus en plus influencé par les stratégies marketing des produits de consommation, explique-t-il à l'autre bout du fil. C'est un phénomène croissant.»
Les exemples ne manquent d'ailleurs pas. Ainsi, l'été dernier, l'actuel président français Nicolas Sarkozy, alors en campagne électorale, avait dépêché des équipes de promotion sur les plages de France pour distribuer des... gougounes (que les Français appellent tongs) aux couleurs de sa formation politique, l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Au milieu d'autres produits dérivés donnés aux estivants, notamment des bonbons, des repose-tête, des carnets de jeux et même des préservatifs, la sandale de plage avait la particularité de frapper l'acronyme du parti sur le sable à chaque pas.
Autres lieux, autres tactiques: le Parti conservateur du Canada va faire son apparition le 17 août au Québec sur... le capot d'une voiture de course lors de la série NASCAR présentée à Trois-Rivières. Le C bleu de la formation politique de Stephen Harper rayonnera en effet sur le véhicule n° 29 de l'équipe Whitlock Motor Sport, pas très loin des marques d'huile à moteur, du logo de Canadian Tire et d'autres sigles publicitaires de marchands de rêves.
Ce mariage entre un parti politique et le sport automobile, expérimenté le 17 juin dernier à Bowmanville, en Ontario, par les conservateurs, constitue une première au Canada.
«Ce n'est pas étonnant, résume M. Beauduin. La politique fait face aujourd'hui aux mêmes problèmes que tout le monde: le consommateur-citoyen est tellement bombardé de messages et d'information qu'il est de plus en plus difficile d'attirer son attention. Dans ce contexte, la communication en rupture va trouver davantage intérêt aux yeux des politiciens.»
La politique dans le cyberespace
Les nouvelles technologies leur ouvrent d'ailleurs tout grand la porte pour s'afficher autrement, surprendre leur électorat et même récolter les fruits de leur audace, comme l'avait constaté en 2003 le candidat à la chefferie du Parti démocrate américain, Howard Dean. Un appel au financement de sa campagne lancé sur Internet lui avait permis de récolter
400 000 $ en à peine deux jours.
«Désormais, ce genre de collecte de fonds par l'entremise d'Internet est copié partout à travers le monde», dit John Parisella, ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, joint par Le Devoir. «C'est la preuve que la technologie fait son chemin dans le monde de la politique.»
L'ex-chef du Parti québécois André Boisclair l'avait d'ailleurs pressenti en 2001 alors qu'il était ministre de l'Environnement. Précurseur, il avait en effet diffusé par courriel des bulletins d'information remarqués, sur un ton personnel et parfois badin, lors de sa participation à des rencontres politiques nationales ou internationales. Les médias, ses amis, ses fidèles, les groupes environnementaux et même ses détracteurs figuraient sur sa liste d'envoi.
Les temps ayant changé, c'est désormais sur Facebook, un espace Internet consacré au réseautage, que les politiciens essaient de sortir des sentiers battus. Des exemples? Joël Bouchard, candidat à l'investiture du Parti québécois dans la circonscription de Prévost, ou encore Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada, qui, en date d'hier, pouvait se vanter d'y avoir 9506 amis.
«Il ne faut pas condamner ces initiatives, ajoute John Parisella. Nos campagnes électorales vont être considérablement modifiées à l'avenir à cause d'innovations qui devraient nous exposer à des choses auxquelles nous n'étions pas habitués. Ça ne veut pas dire que le porte-à-porte ou les discours vont disparaître. Mais la technologie va donner aux politiciens des outils complémentaires.»
Acheter un politicien est désormais chose facile... du moins en Suisse, où le Parti démocrate-chrétien (PDC), l'équivalent helvétique du Parti libéral du Québec, actuellement en campagne électorale, a entrepris depuis lundi de «vendre» ses élus sur le célèbre site d'enchères eBay.
Ce projet, qui alimente un courant mondial très contemporain de marketing politique décalé, vise bien sûr à attirer l'attention du public sur cette formation politique centriste qui perd du terrain depuis quelques années. Et il risque aussi d'inspirer bien d'autres partis politiques dans le monde, croient des spécialistes en communication.
«C'est bien joué», résume Christophe Darbellay, président du PDC, joint par téléphone à Berne par Le Devoir cette semaine. «Depuis plusieurs mois, une partie de notre campagne se déroule sur Internet. Se montrer sur eBay était pour nous une évidence puisque, ce faisant, nous affichons notre position sur les nouvelles technologies tout en nous assurant d'être à un endroit où les gens ne s'attendent pas forcément à nous trouver.»
Enchères
Les démocrates-chrétiens proposent donc de miser, par l'entremise d'eBay, sur la tête de 13 de leurs élus qui, le 21 octobre prochain, doivent faire face aux électeurs. En effet, la Suisse est en campagne électorale afin de renouveler son Parlement. Les enchères, qui prendront fin le 18 août, portent sur des produits appartenant aux politiciens ainsi que sur des aproduits appartenant aux politiciens ainsi que sur des activités en leur compagnie. L'argent ainsi récolté sera entièrement versé à une fondation pour la recherche sur le cancer chez les enfants, a annoncé le parti par voie de communiqué cette semaine.
«C'est normal, souligne M. Darbellay. Après tout, nous sommes un parti profilé dans le domaine de la politique familiale et de l'enfance.»
Brunch dominical avec la conseillère nationale (députée) Brigitte Häberli-Koller; soirée saucisses et bière lors du festival du Gurten 2008, un grand rassemblement rock estival dans les hauteurs de Berne, la capitale, avec son collègue Reto Nause; six bouteilles de vin du vignoble personnel de Simon Epiney, un autre élu; balade à vélo de montagne avec Bruno Frick, vice-président du parti: les offres sont nombreuses et variées.
Mais une d'entre elles semble attirer davantage l'attention: la possibilité de prendre un café en compagnie de Doris Leuthard, ex-présidente du parti, jeune star montante de la politique helvétique et ministre de l'Économie au sein de l'actuel gouvernement de coalition. Hier en effet, sa proposition affichait 4500 $ (5050 francs suisses) au compteur.
D'ici le scrutin d'octobre, le PDC doit soumettre sur eBay deux autres vagues d'enchères alimentées par l'ensemble de ses 43 élus. Le président du parti y proposera des billets pour un concert de Polo Hofer, le Jean-Pierre Ferland de la Suisse. «Mais ce qui va attirer le plus les regards, je crois, ce sont sans doute deux billets pour la finale de la Ligue des champions de l'UEFA en 2008 à Moscou [un match couru dans le monde du soccer en Europe]», ajoute M. Darbellay.
Dans l'air du temps
Largement inspiré de campagnes similaires menées en Allemagne par la CDU, le parti d'Angela Merkel, avec lequel les démocrates-chrétiens suisses revendiquent des liens parentaux, ce coup d'éclat sur Internet vise à rajeunir l'image du PDC, un parti plutôt conservateur dont les appuis diminuent depuis quelques années. «C'est une nouvelle stratégie, avoue Christophe Darbellay. La campagne sur eBay est d'ailleurs une activité innovante parmi bien d'autres à venir» d'ici le soir du scrutin.
Cette formation politique, qui dit être préoccupée par le réchauffement climatique, envisage en effet, au cours des prochaines semaines, de distribuer dans les grandes villes suisses près de 10 000 petits économiseurs d'eau à installer sur les robinets. En 2003, la distribution de brosses à dents orange (à la couleur du parti) dans les rues n'avait toutefois pas pu empêcher le PDU de perdre plusieurs sièges à l'Assemblée fédérale, la Chambre basse du Parlement. À l'heure actuelle, ce groupe est la quatrième force en présence sur l'échiquier politique fédéral suisse.
«Nous avons appris de cette époque, dit M. Darbellay. Un gadget électoral, seul, ne peut pas nous permettre de remporter des élections. Pour ça, il faut que ce gadget soit soutenu par un contenu politique fort, et c'est ce que nous avons cette année.»
Des effets incertains
Selon le spécialiste en communication Patrick Beauduin, de l'agence de publicité Cossette à Montréal, il est pour le moment difficile d'évaluer la véritable portée d'une telle tactique en campagne électorale. Mais une chose est sûre, d'après lui: les électeurs devront s'habituer à voir ce type de communication politique, un brin surprenante, se multiplier à l'avenir. «Le métier de la politique est de plus en plus influencé par les stratégies marketing des produits de consommation, explique-t-il à l'autre bout du fil. C'est un phénomène croissant.»
Les exemples ne manquent d'ailleurs pas. Ainsi, l'été dernier, l'actuel président français Nicolas Sarkozy, alors en campagne électorale, avait dépêché des équipes de promotion sur les plages de France pour distribuer des... gougounes (que les Français appellent tongs) aux couleurs de sa formation politique, l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Au milieu d'autres produits dérivés donnés aux estivants, notamment des bonbons, des repose-tête, des carnets de jeux et même des préservatifs, la sandale de plage avait la particularité de frapper l'acronyme du parti sur le sable à chaque pas.
Autres lieux, autres tactiques: le Parti conservateur du Canada va faire son apparition le 17 août au Québec sur... le capot d'une voiture de course lors de la série NASCAR présentée à Trois-Rivières. Le C bleu de la formation politique de Stephen Harper rayonnera en effet sur le véhicule n° 29 de l'équipe Whitlock Motor Sport, pas très loin des marques d'huile à moteur, du logo de Canadian Tire et d'autres sigles publicitaires de marchands de rêves.
Ce mariage entre un parti politique et le sport automobile, expérimenté le 17 juin dernier à Bowmanville, en Ontario, par les conservateurs, constitue une première au Canada.
«Ce n'est pas étonnant, résume M. Beauduin. La politique fait face aujourd'hui aux mêmes problèmes que tout le monde: le consommateur-citoyen est tellement bombardé de messages et d'information qu'il est de plus en plus difficile d'attirer son attention. Dans ce contexte, la communication en rupture va trouver davantage intérêt aux yeux des politiciens.»
La politique dans le cyberespace
Les nouvelles technologies leur ouvrent d'ailleurs tout grand la porte pour s'afficher autrement, surprendre leur électorat et même récolter les fruits de leur audace, comme l'avait constaté en 2003 le candidat à la chefferie du Parti démocrate américain, Howard Dean. Un appel au financement de sa campagne lancé sur Internet lui avait permis de récolter
400 000 $ en à peine deux jours.
«Désormais, ce genre de collecte de fonds par l'entremise d'Internet est copié partout à travers le monde», dit John Parisella, ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, joint par Le Devoir. «C'est la preuve que la technologie fait son chemin dans le monde de la politique.»
L'ex-chef du Parti québécois André Boisclair l'avait d'ailleurs pressenti en 2001 alors qu'il était ministre de l'Environnement. Précurseur, il avait en effet diffusé par courriel des bulletins d'information remarqués, sur un ton personnel et parfois badin, lors de sa participation à des rencontres politiques nationales ou internationales. Les médias, ses amis, ses fidèles, les groupes environnementaux et même ses détracteurs figuraient sur sa liste d'envoi.
Les temps ayant changé, c'est désormais sur Facebook, un espace Internet consacré au réseautage, que les politiciens essaient de sortir des sentiers battus. Des exemples? Joël Bouchard, candidat à l'investiture du Parti québécois dans la circonscription de Prévost, ou encore Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada, qui, en date d'hier, pouvait se vanter d'y avoir 9506 amis.
«Il ne faut pas condamner ces initiatives, ajoute John Parisella. Nos campagnes électorales vont être considérablement modifiées à l'avenir à cause d'innovations qui devraient nous exposer à des choses auxquelles nous n'étions pas habitués. Ça ne veut pas dire que le porte-à-porte ou les discours vont disparaître. Mais la technologie va donner aux politiciens des outils complémentaires.»
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

