Complot terroriste: huit suspects
L'enquête britannique semble progresser rapidement
Photo : Agence Reuters
Des policiers de Londres fouillent une voiture à la gare de King’s Cross, hier. En état d’alerte, la police a annoncé l’arrestation de huit personnes reliées à un présumé complot terroriste qui a échoué.
Alors que toute la Grande-Bretagne est sur le qui-vive et que l'alerte terroriste est à son niveau maximal, l'enquête de la police britannique semble progresser rapidement. Celle-ci a annoncé hier trois nouvelles arrestations au cours des recherches menées contre une cellule présumée d'al-Qaïda, deux jours après l'attentat contre l'aéroport international de Glasgow et la découverte, la veille, de deux voitures piégées à Londres.
Au total, huit personnes ont jusqu'ici été interpellées pour liens présumés avec les attentats déjoués. Il a été confirmé qu'au moins deux d'entre elles étaient des médecins, dont l'un avait fait ses études en Irak et l'autre en Jordanie. De source policière, on a identifié le médecin formé en Irak comme le Dr Bilal Abdoulla. Il avait obtenu son diplôme à Bagdad en 2004, un an après le déclenchement de la guerre, selon la BBC.
Il aurait participé à l'attaque de l'aéroport de Glasgow. Un standardiste du Royal Alexandra Hospital de Paisley, ville proche de Glasgow, a confirmé que le Dr Abdoulla y travaillait comme médecin. C'est là que l'autre suspect de cette attaque serait hospitalisé depuis samedi en raison de graves brûlures provoquées par sa participation à l'attentat manqué. La police a bouclé des bâtiments de l'hôpital abritant des logements et procédé à ce qui semblait être des explosions contrôlées dans le secteur. Elle avait déjà procédé dimanche à l'explosion contrôlée d'une voiture sur un stationnement de cet hôpital.
L'autre médecin, formé en Jordanie, serait le Dr Mohammed Jamil Abdelkader Asha, 27 ans. Il serait le cerveau des complots déjoués. Lui et son épouse de 27 ans ont été interpellés sur l'autoroute M6 près de Liverpool, samedi soir. Ils auraient émigré en Grande-Bretagne en 2005. Mohammed Asha travaillait à l'hôpital de Stoke-on-Trent, où son bureau a été perquisitionné hier. Il vivait dans la ville proche de Newcastle-under-Lyme, dans une maison perquisitionnée par la police dimanche.
Le huitième suspect a été arrêté à Brisbane, en Australie, selon ce qu'on indiqué les autorités australiennes mardi matin. Par ailleurs, les autorités britanniques ont confirmé que les deux arrestations effectuées dimanche soir à Paisley concernent deux hommes âgés de 25 et 28 ans qui ne semblent pas d'origine écossaise.
Un autre homme de 26 ans a été arrêté dimanche à Liverpool. Tous ont été transférés à Londres pour y être interrogés hier. D'après le Muslim News, un site Internet d'informations sur la communauté musulmane de Grande-Bretagne, des collègues du suspect arrêté à Liverpool affirment qu'il s'agit également d'un médecin originaire de Bangalore, en Inde.
La marque d'al-Qaïda?
De source policière, on a rapporté que l'enquête progressait avec efficacité et qu'on s'attendait à de nouvelles arrestations. «L'enquête sur ces attaques progresse extrêmement vite. Il n'est pas exagéré de dire que de nouvelles informations nous parviennent heure par heure», a souligné Peter Clarke, le chef de la section anti-terroriste de Scotland Yard.
Le complot porte «toutes les marques» du réseau islamiste al-Qaïda, a-t-on déclaré de même source en notant que l'attaque de Glasgow n'avait été précédée d'aucun avertissement. De source proche de la sécurité britannique, on refuse de confirmer si tous les suspects arrêtés sont étrangers. «C'est un point sur lequel on procède encore à des vérifications», a-t-on fait savoir. Si elle est confirmée, l'origine des suspects viendrait confirmer l'hypothèse d'une opération aux ramifications internationales.
Lors d'une entrevue donnée à la BBC dimanche, Gordon Brown affirmait d'ores et déjà que le pays avait sans nul doute affaire à des individus liés à al-Qaïda. Mais «attention, souligne Peter Power, directeur de Visor Consultants Limited, une entreprise privée de sécurité, il faut arrêter de croire que des chevaliers d'al-Qaïda, tout de noirs vêtus, ont débarqué sur le territoire britannique pour commettre des attentats. Il y a de fortes chances que nous soyons plutôt confrontés à une forme de terrorisme franchisé. À des cellules qui se revendiquent d'al-Qaïda et utilisent la force symbolique de ce nom. Mais qui n'ont pas forcément de contact avec le réseau lui-même».
Par crainte de nouvelles attaques, il a été interdit aux voitures et autres véhicules de s'approcher directement des terminaux d'aéroport. Les dispositifs de sécurité sont renforcés dans l'ensemble du pays, où l'état d'alerte est maintenu au niveau «critique», ce qui implique la possibilité d'un nouvel attentat «imminent».
Dave Bryon, expert en aéronautique, note que les attentats contre les aéroports posent un problème de sécurité plus ardu que ceux visant des avions: «À terre, on dispose d'un contrôle très limité, parce qu'on a affaire à la fois aux voyageurs, aux gens qui se retrouvent, qu'on dépose, aux chauffeurs de taxi...»
Test pour Gordon Brown
Le complot mis en échec représente un test brutal pour le nouveau premier ministre britannique, Gordon Brown, qui a remplacé Tony Blair mercredi. Le 7 juillet 2005, des attentats suicides avaient fait 52 morts dans les transports en commun de Londres. Depuis, plusieurs complots ont été déjoués.
M. Blair avait adopté une position dure en matière de sécurité et pris des engagements extérieurs liés à ceux des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Les kamikazes nés en Grande-Bretagne qui ont frappé à Londres en 2005 avaient fait savoir dans des vidéos qu'ils ripostaient à la politique de Tony Blair.
Jacqui Smith, ministre de l'Intérieur, a dit que le pays était confronté à «une menace terroriste grave et durable». Elle a salué hier au Parlement la rapidité de réaction des services de sécurité tout en notant qu'une menace persistait. «Je me félicite des progrès qui sont accomplis», a-t-elle ajouté, répétant que les Britanniques ne se laisseraient pas «intimider» par ceux qui veulent «détruire notre mode de vie et nos libertés». La ministre a révélé que les enquêteurs avaient procédé à 19 perquisitions depuis samedi.
À la lumière de la situation en Grande-Bretagne, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a engagé hier l'Union européenne à renforcer ses actions communes contre les menaces terroristes.
Au-delà des réponses policières, Gordon Brown a dit vouloir déployer une stratégie politique à l'adresse des musulmans britanniques fondée, a-t-il souligné dimanche, sur «un effort de propagande proche de celui qui fut mené pendant la guerre froide» et qui vise à expliquer la légitimité de «[leurs] valeurs». Il compte notamment sur l'aide de deux élus travaillistes musulmans, Shahid Malik et Sadiq Khan, qu'il a nommés secrétaires d'État. Pour l'instant, les égards prodigués à la communauté musulmane n'ont pas permis de neutraliser les extrémistes.
***
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, la BBC, Le Monde, Libération et Reuters
Au total, huit personnes ont jusqu'ici été interpellées pour liens présumés avec les attentats déjoués. Il a été confirmé qu'au moins deux d'entre elles étaient des médecins, dont l'un avait fait ses études en Irak et l'autre en Jordanie. De source policière, on a identifié le médecin formé en Irak comme le Dr Bilal Abdoulla. Il avait obtenu son diplôme à Bagdad en 2004, un an après le déclenchement de la guerre, selon la BBC.
Il aurait participé à l'attaque de l'aéroport de Glasgow. Un standardiste du Royal Alexandra Hospital de Paisley, ville proche de Glasgow, a confirmé que le Dr Abdoulla y travaillait comme médecin. C'est là que l'autre suspect de cette attaque serait hospitalisé depuis samedi en raison de graves brûlures provoquées par sa participation à l'attentat manqué. La police a bouclé des bâtiments de l'hôpital abritant des logements et procédé à ce qui semblait être des explosions contrôlées dans le secteur. Elle avait déjà procédé dimanche à l'explosion contrôlée d'une voiture sur un stationnement de cet hôpital.
L'autre médecin, formé en Jordanie, serait le Dr Mohammed Jamil Abdelkader Asha, 27 ans. Il serait le cerveau des complots déjoués. Lui et son épouse de 27 ans ont été interpellés sur l'autoroute M6 près de Liverpool, samedi soir. Ils auraient émigré en Grande-Bretagne en 2005. Mohammed Asha travaillait à l'hôpital de Stoke-on-Trent, où son bureau a été perquisitionné hier. Il vivait dans la ville proche de Newcastle-under-Lyme, dans une maison perquisitionnée par la police dimanche.
Le huitième suspect a été arrêté à Brisbane, en Australie, selon ce qu'on indiqué les autorités australiennes mardi matin. Par ailleurs, les autorités britanniques ont confirmé que les deux arrestations effectuées dimanche soir à Paisley concernent deux hommes âgés de 25 et 28 ans qui ne semblent pas d'origine écossaise.
Un autre homme de 26 ans a été arrêté dimanche à Liverpool. Tous ont été transférés à Londres pour y être interrogés hier. D'après le Muslim News, un site Internet d'informations sur la communauté musulmane de Grande-Bretagne, des collègues du suspect arrêté à Liverpool affirment qu'il s'agit également d'un médecin originaire de Bangalore, en Inde.
La marque d'al-Qaïda?
De source policière, on a rapporté que l'enquête progressait avec efficacité et qu'on s'attendait à de nouvelles arrestations. «L'enquête sur ces attaques progresse extrêmement vite. Il n'est pas exagéré de dire que de nouvelles informations nous parviennent heure par heure», a souligné Peter Clarke, le chef de la section anti-terroriste de Scotland Yard.
Le complot porte «toutes les marques» du réseau islamiste al-Qaïda, a-t-on déclaré de même source en notant que l'attaque de Glasgow n'avait été précédée d'aucun avertissement. De source proche de la sécurité britannique, on refuse de confirmer si tous les suspects arrêtés sont étrangers. «C'est un point sur lequel on procède encore à des vérifications», a-t-on fait savoir. Si elle est confirmée, l'origine des suspects viendrait confirmer l'hypothèse d'une opération aux ramifications internationales.
Lors d'une entrevue donnée à la BBC dimanche, Gordon Brown affirmait d'ores et déjà que le pays avait sans nul doute affaire à des individus liés à al-Qaïda. Mais «attention, souligne Peter Power, directeur de Visor Consultants Limited, une entreprise privée de sécurité, il faut arrêter de croire que des chevaliers d'al-Qaïda, tout de noirs vêtus, ont débarqué sur le territoire britannique pour commettre des attentats. Il y a de fortes chances que nous soyons plutôt confrontés à une forme de terrorisme franchisé. À des cellules qui se revendiquent d'al-Qaïda et utilisent la force symbolique de ce nom. Mais qui n'ont pas forcément de contact avec le réseau lui-même».
Par crainte de nouvelles attaques, il a été interdit aux voitures et autres véhicules de s'approcher directement des terminaux d'aéroport. Les dispositifs de sécurité sont renforcés dans l'ensemble du pays, où l'état d'alerte est maintenu au niveau «critique», ce qui implique la possibilité d'un nouvel attentat «imminent».
Dave Bryon, expert en aéronautique, note que les attentats contre les aéroports posent un problème de sécurité plus ardu que ceux visant des avions: «À terre, on dispose d'un contrôle très limité, parce qu'on a affaire à la fois aux voyageurs, aux gens qui se retrouvent, qu'on dépose, aux chauffeurs de taxi...»
Test pour Gordon Brown
Le complot mis en échec représente un test brutal pour le nouveau premier ministre britannique, Gordon Brown, qui a remplacé Tony Blair mercredi. Le 7 juillet 2005, des attentats suicides avaient fait 52 morts dans les transports en commun de Londres. Depuis, plusieurs complots ont été déjoués.
M. Blair avait adopté une position dure en matière de sécurité et pris des engagements extérieurs liés à ceux des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Les kamikazes nés en Grande-Bretagne qui ont frappé à Londres en 2005 avaient fait savoir dans des vidéos qu'ils ripostaient à la politique de Tony Blair.
Jacqui Smith, ministre de l'Intérieur, a dit que le pays était confronté à «une menace terroriste grave et durable». Elle a salué hier au Parlement la rapidité de réaction des services de sécurité tout en notant qu'une menace persistait. «Je me félicite des progrès qui sont accomplis», a-t-elle ajouté, répétant que les Britanniques ne se laisseraient pas «intimider» par ceux qui veulent «détruire notre mode de vie et nos libertés». La ministre a révélé que les enquêteurs avaient procédé à 19 perquisitions depuis samedi.
À la lumière de la situation en Grande-Bretagne, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a engagé hier l'Union européenne à renforcer ses actions communes contre les menaces terroristes.
Au-delà des réponses policières, Gordon Brown a dit vouloir déployer une stratégie politique à l'adresse des musulmans britanniques fondée, a-t-il souligné dimanche, sur «un effort de propagande proche de celui qui fut mené pendant la guerre froide» et qui vise à expliquer la légitimité de «[leurs] valeurs». Il compte notamment sur l'aide de deux élus travaillistes musulmans, Shahid Malik et Sadiq Khan, qu'il a nommés secrétaires d'État. Pour l'instant, les égards prodigués à la communauté musulmane n'ont pas permis de neutraliser les extrémistes.
***
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, la BBC, Le Monde, Libération et Reuters
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page



