Les socialistes résistent
Photo : Agence France-Presse
La socialiste Michèle Delaunay célébrait sa victoire hier soir dans les rues de Bordeaux, après avoir défait Alain Juppé au deuxième tour des législatives.
Paris — La vague bleue annoncée n'a pas déferlé sur la France. Au second tour des élections législatives, les Français ont voté beaucoup moins massivement que prévu pour Nicolas Sarkozy. Le président obtient néanmoins une confortable majorité de députés même si la gauche augmente considérablement sa représentation parlementaire.
Selon les estimations disponibles hier soir, les électeurs ont élu environ 342 députés de droite — loin des 400 souhaités par les ténors du parti présidentiel, l'UMP. Contrairement à la déroute prévue et aux 120 députés annoncés, la gauche a obtenu hier environ 231 circonscriptions, ce qui lui permet d'occuper environ 40 % des sièges de l'Assemblée nationale. L'abstention à ce quatrième scrutin consécutif en six semaines est aussi forte qu'au premier tour et atteint près de 40 %.
Symbole de ce sursaut socialiste inattendu, le numéro deux du gouvernement et vieil ami du Québec, Alain Juppé, a été battu de justesse dans sa circonscription de Bordeaux par la socialiste Michèle Delaunay. Le ministre de l'Écologie et numéro deux du gouvernement a aussitôt démissionné, ce qui devrait entraîner un remaniement ministériel. Alain Juppé était le seul ministre de l'actuel gouvernement à avoir été un proche de Jacques Chirac.
Tous les autres candidats qui étaient membres du gouvernement ont été réélus sans problème. Nicolas Sarkozy devra néanmoins composer avec une opposition parlementaire plus forte que celles auxquelles avait dû faire face Jacques Chirac en 1993 et en 2002.
Le premier ministre, François Fillon, a accueilli avec modération cette victoire considérée par plusieurs comme un avertissement au nouveau gouvernement. «Ce soir, le succès des uns ne fait pas la défaite des autres, a-t-il déclaré. Chaque citoyen doit être respecté dans ses convictions.» Selon le premier ministre, la présence d'une forte opposition ne devrait pas ralentir l'action du gouvernement. «La France s'est dotée d'une majorité pour agir. Ce que nous avons dit, nous allons le faire.»
À gauche, les dirigeants du Parti socialiste avaient pour une rare fois l'occasion de se réjouir. Ce sursaut de la gauche est largement attribué à la campagne menée contre l'augmentation de la TVA, un projet à l'étude mais sur lequel Nicolas Sarkozy n'avait pas fait campagne. Les Français auront aussi craint une concentration trop forte du pouvoir, estiment les socialistes.
Visiblement revigorée, l'ancienne candidate Ségolène Royal a réagi en énumérant ce qui pourrait ressembler à un programme pour la conquête du Parti socialiste. «Les Français et les Françaises ont voulu par leur vote donner un sens à la République», a-t-elle déclaré. La présidente de la région Poitou-Charentes estime qu'«entre les deux tours, il y a eu une prise de conscience». Elle s'engage à ce que l'opposition pèse «pour un bon fonctionnement des institutions» et qu'elle veille «à l'État impartial».
Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, pourrait trouver dans ce sursaut électoral de quoi modérer pendant quelque temps les ambitions des prétendants à sa succession. «La vague bleue annoncée n'a donc pas eu lieu, a-t-il déclaré. La France marchera donc sur ses deux jambes.» Selon lui, les Français ont voulu «installer une force face au nouveau pouvoir permettant l'équilibre et le contrepoids indispensables en démocratie. Et ils ont voulu aussi exprimer un doute voire une crainte à l'égard des premières mesures injustes du gouvernement de François Fillon».
Dès hier, un proche de Ségolène Royal, Gaëtan Gorce, a appelé à un «changement de direction» à la tête du parti. Dans un livre à paraître mercredi et intitulé Les Coulisses d'une défaite, Ségolène Royal annonce officiellement sa candidature à la direction du Parti socialiste ainsi que sa séparation d'avec son conjoint, François Hollande.
«Ils ont gagné de l'autre côté de la table, mais ils ont quand même une mine un petit peu pâle», a ironisé Laurent Fabius sur cette victoire de la droite. L'ancien premier ministre socialiste réélu dans sa circonscription avait été le premier à critiquer le projet à l'étude d'augmentation de la TVA.
L'élection confirme une fois de plus la régression des tiers partis. Le Parti communiste ne devrait pas obtenir plus de 18 députés, ce qui ne lui permettra pas de former un groupe parlementaire reconnu. Les Verts n'obtiennent que quatre circonscriptions. Le centriste François Bayrou, réélu dans les Pyrénées, n'aura lui aussi que quatre députés pour l'épauler dans le nouveau Parlement. «Nous allons représenter à l'Assemblée nationale tous ceux qui en sont écartés», a-t-il déclaré. «Nous allons construire ce grand courant politique dont la France a besoin.»
À gauche, plusieurs personnalités mises en ballottage dimanche dernier ont vu leur élection confirmée. Parmi celles-ci, on trouve plusieurs proches de Ségolène Royal comme Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire), Jack Lang (Pas-de-Calais), Pierre Moscovici (Doubs) et Jean-Louis Bianco (Alpes-de-Haute-Provence). L'ancien ministre Dominique Strauss-Kahn a aussi été réélu dans le Val-D'Oise. Son ancien collègue Jean-Pierre Chevènement mord cependant la poussière à Belfort.
Cette victoire mitigée de la droite est interprétée par la plupart des analystes comme une mise en garde au nouveau gouvernement. «C'est une façon de dire attention, a déclaré à Libération François Miquet-Marty, directeur des études politiques de la firme de sondages LH 2. Les électeurs ont voulu signifier les limites de l'image de Nicolas Sarkozy. Au-delà de la concentration de pouvoirs, son image est jugée trop médiatique. Il y a aussi le fait qu'il est trop sûr de lui, ce qui peut inquiéter.» Le résultat d'hier pourrait modérer certains projets du gouvernement, notamment en matière sociale. Le président annoncera cette semaine la nomination d'une dizaine de nouveaux secrétaires d'État.
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Correspondant du Devoir à Paris
Selon les estimations disponibles hier soir, les électeurs ont élu environ 342 députés de droite — loin des 400 souhaités par les ténors du parti présidentiel, l'UMP. Contrairement à la déroute prévue et aux 120 députés annoncés, la gauche a obtenu hier environ 231 circonscriptions, ce qui lui permet d'occuper environ 40 % des sièges de l'Assemblée nationale. L'abstention à ce quatrième scrutin consécutif en six semaines est aussi forte qu'au premier tour et atteint près de 40 %.
Symbole de ce sursaut socialiste inattendu, le numéro deux du gouvernement et vieil ami du Québec, Alain Juppé, a été battu de justesse dans sa circonscription de Bordeaux par la socialiste Michèle Delaunay. Le ministre de l'Écologie et numéro deux du gouvernement a aussitôt démissionné, ce qui devrait entraîner un remaniement ministériel. Alain Juppé était le seul ministre de l'actuel gouvernement à avoir été un proche de Jacques Chirac.
Tous les autres candidats qui étaient membres du gouvernement ont été réélus sans problème. Nicolas Sarkozy devra néanmoins composer avec une opposition parlementaire plus forte que celles auxquelles avait dû faire face Jacques Chirac en 1993 et en 2002.
Le premier ministre, François Fillon, a accueilli avec modération cette victoire considérée par plusieurs comme un avertissement au nouveau gouvernement. «Ce soir, le succès des uns ne fait pas la défaite des autres, a-t-il déclaré. Chaque citoyen doit être respecté dans ses convictions.» Selon le premier ministre, la présence d'une forte opposition ne devrait pas ralentir l'action du gouvernement. «La France s'est dotée d'une majorité pour agir. Ce que nous avons dit, nous allons le faire.»
À gauche, les dirigeants du Parti socialiste avaient pour une rare fois l'occasion de se réjouir. Ce sursaut de la gauche est largement attribué à la campagne menée contre l'augmentation de la TVA, un projet à l'étude mais sur lequel Nicolas Sarkozy n'avait pas fait campagne. Les Français auront aussi craint une concentration trop forte du pouvoir, estiment les socialistes.
Visiblement revigorée, l'ancienne candidate Ségolène Royal a réagi en énumérant ce qui pourrait ressembler à un programme pour la conquête du Parti socialiste. «Les Français et les Françaises ont voulu par leur vote donner un sens à la République», a-t-elle déclaré. La présidente de la région Poitou-Charentes estime qu'«entre les deux tours, il y a eu une prise de conscience». Elle s'engage à ce que l'opposition pèse «pour un bon fonctionnement des institutions» et qu'elle veille «à l'État impartial».
Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, pourrait trouver dans ce sursaut électoral de quoi modérer pendant quelque temps les ambitions des prétendants à sa succession. «La vague bleue annoncée n'a donc pas eu lieu, a-t-il déclaré. La France marchera donc sur ses deux jambes.» Selon lui, les Français ont voulu «installer une force face au nouveau pouvoir permettant l'équilibre et le contrepoids indispensables en démocratie. Et ils ont voulu aussi exprimer un doute voire une crainte à l'égard des premières mesures injustes du gouvernement de François Fillon».
Dès hier, un proche de Ségolène Royal, Gaëtan Gorce, a appelé à un «changement de direction» à la tête du parti. Dans un livre à paraître mercredi et intitulé Les Coulisses d'une défaite, Ségolène Royal annonce officiellement sa candidature à la direction du Parti socialiste ainsi que sa séparation d'avec son conjoint, François Hollande.
«Ils ont gagné de l'autre côté de la table, mais ils ont quand même une mine un petit peu pâle», a ironisé Laurent Fabius sur cette victoire de la droite. L'ancien premier ministre socialiste réélu dans sa circonscription avait été le premier à critiquer le projet à l'étude d'augmentation de la TVA.
L'élection confirme une fois de plus la régression des tiers partis. Le Parti communiste ne devrait pas obtenir plus de 18 députés, ce qui ne lui permettra pas de former un groupe parlementaire reconnu. Les Verts n'obtiennent que quatre circonscriptions. Le centriste François Bayrou, réélu dans les Pyrénées, n'aura lui aussi que quatre députés pour l'épauler dans le nouveau Parlement. «Nous allons représenter à l'Assemblée nationale tous ceux qui en sont écartés», a-t-il déclaré. «Nous allons construire ce grand courant politique dont la France a besoin.»
À gauche, plusieurs personnalités mises en ballottage dimanche dernier ont vu leur élection confirmée. Parmi celles-ci, on trouve plusieurs proches de Ségolène Royal comme Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire), Jack Lang (Pas-de-Calais), Pierre Moscovici (Doubs) et Jean-Louis Bianco (Alpes-de-Haute-Provence). L'ancien ministre Dominique Strauss-Kahn a aussi été réélu dans le Val-D'Oise. Son ancien collègue Jean-Pierre Chevènement mord cependant la poussière à Belfort.
Cette victoire mitigée de la droite est interprétée par la plupart des analystes comme une mise en garde au nouveau gouvernement. «C'est une façon de dire attention, a déclaré à Libération François Miquet-Marty, directeur des études politiques de la firme de sondages LH 2. Les électeurs ont voulu signifier les limites de l'image de Nicolas Sarkozy. Au-delà de la concentration de pouvoirs, son image est jugée trop médiatique. Il y a aussi le fait qu'il est trop sûr de lui, ce qui peut inquiéter.» Le résultat d'hier pourrait modérer certains projets du gouvernement, notamment en matière sociale. Le président annoncera cette semaine la nomination d'une dizaine de nouveaux secrétaires d'État.
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Correspondant du Devoir à Paris
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