Balayage UMP annoncé
Photo : Agence France-Presse
Paris — On parle de «vague», de «raz-de-marée» ou de «tsunami». Seul le choix du mot semble faire encore débat. La victoire de l'UMP paraît tellement irréversible au premier tour des élections législatives françaises qui auront lieu dimanche qu'à moins d'un imprévu, le suspense est quelque peu émoussé. Le sujet passionne d'ailleurs si peu les Français qu'aucun grand quotidien parisien n'a jugé bon d'y consacrer sa une depuis une semaine.
Le scrutin serait-il déjà joué? Tous les sondages annoncent une large victoire du parti du président Nicolas Sarkozy. Selon la dernière enquête CSA, l'UMP obtiendrait entre 111 et 151 députés. Selon un autre sondage, réalisé par Ipsos, elle récolterait 43 % des voix au premier tour, contre 28 % pour les socialistes. Cela garantirait au parti présidentiel entre 390 et 430 des 577 sièges à pourvoir. La majorité est aujourd'hui représentée par 350 députés.
Dans le meilleur des cas, les socialistes conserveraient leurs 149 députés actuels. Dans le pire des cas, on assisterait à la défaite de nombreux ténors du parti. Malgré les 47 % obtenus par Ségolène Royal à la présidentielle, l'opposition parlementaire pourrait se réduire à une peau de chagrin.
Les sondages ne créditent les centristes du nouveau Mouvement démocratique (Modem), dirigé par François Bayrou, que de 10 % des voix. Quant au Front national d'extrême droite, dirigé par Jean-Marie Le Pen, il poursuivrait sa chute amorcée à la présidentielle avec à peine 4 % du vote.
Depuis plusieurs jours, les partis de la gauche et du centre appellent les électeurs à préserver une opposition digne de ce nom à l'Assemblée nationale. Devant 400 militants réunis dans sa circonscription de la région des Pyrénées, le «troisième homme» de la présidentielle, le centriste François Bayrou, s'est inquiété d'une assemblée dont la fonction se résumerait à n'être qu'une «chambre d'enregistrement» des volontés de la majorité. «Ce n'est pas parce que le président a été élu que ses promesses peuvent être appliquées sans être débattues», a déclaré François Bayrou. On s'attend à ce que le Modem, malgré les sept millions de voix récoltées par Bayrou le 6 mai, ne fasse pas élire plus d'une douzaine de députés à cause du mode de scrutin uninominal à deux tours. Alors qu'il n'a pas proposé d'alliances pour l'instant, François Bayrou annonce qu'il examinera cette éventualité entre les deux tours. Quelques accords électoraux seraient donc possibles afin de favoriser le «pluralisme» à l'Assemblée, dit-il. Avec moins de 20 députés, le Modem risque de ne pas être un groupe reconnu à l'Assemblée.
Présent sur tous les fronts, Nicolas Sarkozy a rompu avec la tradition de la Ve République qui voulait que le président n'intervienne pas trop directement dans la campagne législative et qu'il en délègue la responsabilité à son premier ministre. Pour le nouveau président, ces élections apparaissent comme le «troisième tour» de la présidentielle. Dans une entrevue au Figaro, il a réclamé «une majorité large» pour «réformer en profondeur» le pays. Depuis son élection, l'homme ne rate pas une occasion de faire campagne. Il s'est même offert un bain de foule cette semaine avec le premier ministre canadien Stephen Harper, de passage à Paris.
Il faut dire que le président jouit d'un véritable état de grâce. Selon un sondage publié la semaine dernière dans Paris Match, 67 % des Français approuvent son travail à l'Élysée. 63 % approuvent aussi celle de son premier ministre, François Fillon, à Matignon.
Devant les critiques qui s'inquiètent d'une monopolisation sans précédent des pouvoirs exécutif et législatif, le président annonce une ouverture encore plus grande à des personnalités d'horizons différents. «Si l'occasion se présente, je proposerai à d'autres personnalités de gauche et du centre de nous rejoindre», dit-il. La nomination du socialiste Bernard Kouchner au ministère des Affaires étrangères a été très bien reçue. Or une douzaine de postes de secrétaire d'État sont encore à pourvoir.
Le nouveau président se dit par ailleurs «ouvert» à l'introduction d'une dose de proportionnelle dans les législatives et annonce qu'il recevra après le second tour les partis représentés à l'Assemblée, au Sénat et au Parlement européen pour en discuter. Le premier ministre François Fillon a lui aussi réclamé une «très large majorité» afin de «prolonger l'élan» de l'élection de Nicolas Sarkozy. Tout au long de la semaine, le premier ministre a monopolisé l'espace médiatique en annonçant des réductions d'impôts de 15 milliards de dollars.
Malgré un parti en piètre état de marche, l'ancienne candidate socialiste Ségolène Royal a elle aussi été sur toutes les tribunes depuis deux semaines. Les apparitions de ceux qu'on surnomme les «éléphants» ont été clairsemées. Laurent Fabius a appelé à rétablir un «équilibre démocratique» devant «l'absolutisme politique». «La meilleure façon de pratiquer l'ouverture pour les Français, c'est de voter pour des députés de gauche», a dit sur RTL le premier secrétaire du parti, François Hollande. Même l'ancien premier ministre Lionel Jospin a pressé la gauche de se remobiliser afin qu'elle obtienne le même nombre de voix qu'à la présidentielle. Divisés comme jamais, les socialistes n'ont été en mesure d'organiser qu'une seule grande assemblée unitaire, à Paris.
Les militants socialistes semblent avoir déjà intégré la défaite. Cette semaine, Ségolène Royal a manifesté ouvertement son intention de succéder à son conjoint François Hollande au poste de premier secrétaire du parti. La grande inconnue demeure le moment de son départ. François Hollande a en effet annoncé qu'il ne se représentera pas. Le prochain congrès du parti n'est pas prévu avant 2008, mais on pense qu'une défaite cuisante aux élections législatives pourrait précipiter une succession rapide. François Hollande n'a d'ailleurs pas participé à la dernière grande assemblée socialiste tenue jeudi à Lille. Officiellement, il était retenu dans sa circonscription de Corrèze.
Onze ministres du gouvernement sont candidats aux législatives. Parmi les rares personnalités de la majorité dont le siège n'est pas assuré, on trouve l'ancien premier ministre Alain Juppé. Condamné il y a deux ans à un an d'inéligibilité, le maire de Bordeaux est aujourd'hui devenu une sorte de super-ministre de l'Environnement. Les derniers sondages lui accordent une victoire à l'arraché avec 51,5 % des voix au second tour.
À gauche, les défaites pourraient être nombreuses. Arnaud Montebourg, un proche de Ségolène Royal, ne l'emporterait lui aussi que par 51 % des voix dans la sixième circonscription de Saône-et-Loire.
Le second tour de ces élections, auquel participent les candidats qui ont obtenu plus de 12,5 % des voix, aura lieu le 17 juin.
Correspondant du Devoir à Paris
Le scrutin serait-il déjà joué? Tous les sondages annoncent une large victoire du parti du président Nicolas Sarkozy. Selon la dernière enquête CSA, l'UMP obtiendrait entre 111 et 151 députés. Selon un autre sondage, réalisé par Ipsos, elle récolterait 43 % des voix au premier tour, contre 28 % pour les socialistes. Cela garantirait au parti présidentiel entre 390 et 430 des 577 sièges à pourvoir. La majorité est aujourd'hui représentée par 350 députés.
Dans le meilleur des cas, les socialistes conserveraient leurs 149 députés actuels. Dans le pire des cas, on assisterait à la défaite de nombreux ténors du parti. Malgré les 47 % obtenus par Ségolène Royal à la présidentielle, l'opposition parlementaire pourrait se réduire à une peau de chagrin.
Les sondages ne créditent les centristes du nouveau Mouvement démocratique (Modem), dirigé par François Bayrou, que de 10 % des voix. Quant au Front national d'extrême droite, dirigé par Jean-Marie Le Pen, il poursuivrait sa chute amorcée à la présidentielle avec à peine 4 % du vote.
Depuis plusieurs jours, les partis de la gauche et du centre appellent les électeurs à préserver une opposition digne de ce nom à l'Assemblée nationale. Devant 400 militants réunis dans sa circonscription de la région des Pyrénées, le «troisième homme» de la présidentielle, le centriste François Bayrou, s'est inquiété d'une assemblée dont la fonction se résumerait à n'être qu'une «chambre d'enregistrement» des volontés de la majorité. «Ce n'est pas parce que le président a été élu que ses promesses peuvent être appliquées sans être débattues», a déclaré François Bayrou. On s'attend à ce que le Modem, malgré les sept millions de voix récoltées par Bayrou le 6 mai, ne fasse pas élire plus d'une douzaine de députés à cause du mode de scrutin uninominal à deux tours. Alors qu'il n'a pas proposé d'alliances pour l'instant, François Bayrou annonce qu'il examinera cette éventualité entre les deux tours. Quelques accords électoraux seraient donc possibles afin de favoriser le «pluralisme» à l'Assemblée, dit-il. Avec moins de 20 députés, le Modem risque de ne pas être un groupe reconnu à l'Assemblée.
Présent sur tous les fronts, Nicolas Sarkozy a rompu avec la tradition de la Ve République qui voulait que le président n'intervienne pas trop directement dans la campagne législative et qu'il en délègue la responsabilité à son premier ministre. Pour le nouveau président, ces élections apparaissent comme le «troisième tour» de la présidentielle. Dans une entrevue au Figaro, il a réclamé «une majorité large» pour «réformer en profondeur» le pays. Depuis son élection, l'homme ne rate pas une occasion de faire campagne. Il s'est même offert un bain de foule cette semaine avec le premier ministre canadien Stephen Harper, de passage à Paris.
Il faut dire que le président jouit d'un véritable état de grâce. Selon un sondage publié la semaine dernière dans Paris Match, 67 % des Français approuvent son travail à l'Élysée. 63 % approuvent aussi celle de son premier ministre, François Fillon, à Matignon.
Devant les critiques qui s'inquiètent d'une monopolisation sans précédent des pouvoirs exécutif et législatif, le président annonce une ouverture encore plus grande à des personnalités d'horizons différents. «Si l'occasion se présente, je proposerai à d'autres personnalités de gauche et du centre de nous rejoindre», dit-il. La nomination du socialiste Bernard Kouchner au ministère des Affaires étrangères a été très bien reçue. Or une douzaine de postes de secrétaire d'État sont encore à pourvoir.
Le nouveau président se dit par ailleurs «ouvert» à l'introduction d'une dose de proportionnelle dans les législatives et annonce qu'il recevra après le second tour les partis représentés à l'Assemblée, au Sénat et au Parlement européen pour en discuter. Le premier ministre François Fillon a lui aussi réclamé une «très large majorité» afin de «prolonger l'élan» de l'élection de Nicolas Sarkozy. Tout au long de la semaine, le premier ministre a monopolisé l'espace médiatique en annonçant des réductions d'impôts de 15 milliards de dollars.
Malgré un parti en piètre état de marche, l'ancienne candidate socialiste Ségolène Royal a elle aussi été sur toutes les tribunes depuis deux semaines. Les apparitions de ceux qu'on surnomme les «éléphants» ont été clairsemées. Laurent Fabius a appelé à rétablir un «équilibre démocratique» devant «l'absolutisme politique». «La meilleure façon de pratiquer l'ouverture pour les Français, c'est de voter pour des députés de gauche», a dit sur RTL le premier secrétaire du parti, François Hollande. Même l'ancien premier ministre Lionel Jospin a pressé la gauche de se remobiliser afin qu'elle obtienne le même nombre de voix qu'à la présidentielle. Divisés comme jamais, les socialistes n'ont été en mesure d'organiser qu'une seule grande assemblée unitaire, à Paris.
Les militants socialistes semblent avoir déjà intégré la défaite. Cette semaine, Ségolène Royal a manifesté ouvertement son intention de succéder à son conjoint François Hollande au poste de premier secrétaire du parti. La grande inconnue demeure le moment de son départ. François Hollande a en effet annoncé qu'il ne se représentera pas. Le prochain congrès du parti n'est pas prévu avant 2008, mais on pense qu'une défaite cuisante aux élections législatives pourrait précipiter une succession rapide. François Hollande n'a d'ailleurs pas participé à la dernière grande assemblée socialiste tenue jeudi à Lille. Officiellement, il était retenu dans sa circonscription de Corrèze.
Onze ministres du gouvernement sont candidats aux législatives. Parmi les rares personnalités de la majorité dont le siège n'est pas assuré, on trouve l'ancien premier ministre Alain Juppé. Condamné il y a deux ans à un an d'inéligibilité, le maire de Bordeaux est aujourd'hui devenu une sorte de super-ministre de l'Environnement. Les derniers sondages lui accordent une victoire à l'arraché avec 51,5 % des voix au second tour.
À gauche, les défaites pourraient être nombreuses. Arnaud Montebourg, un proche de Ségolène Royal, ne l'emporterait lui aussi que par 51 % des voix dans la sixième circonscription de Saône-et-Loire.
Le second tour de ces élections, auquel participent les candidats qui ont obtenu plus de 12,5 % des voix, aura lieu le 17 juin.
Correspondant du Devoir à Paris
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