samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 09h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Dérive polonaise

Serge Truffaut   11 mai 2007  Europe
Décidément, les jumeaux Lech et Jaroslaw Kaczynski, qui se partagent les postes de président et de premier ministre de la Pologne, n'ont pas leur pareil pour confondre la politique avec le comique troupier. Chose certaine, ils sont très réfractaires à l'État de droit. Pour s'en convaincre, il suffit de s'attarder à la sinistre farce qu'ils viennent de concocter.

Voilà: deux juges de la Cour constitutionnelle ont été suspendus par le président de ce tribunal. Le motif évoqué? Ils ont été accusés, sans que des preuves formelles aient été présentées, d'avoir entretenu des relations avec des agents de la police secrète alors que le pays ployait sous la chape de plomb communiste. Et ce...

Et ce, alors que cette juridiction est plongée dans l'étude de la loi sur la lustration, autrement dit sur la décommunisation. Les deux Berlusconi polonais, dans une version à la fois janséniste et beaucoup plus radicale, ont agi de la sorte parce qu'ils craignaient que le scepticisme manifesté par ces deux magistrats ne fasse tâche d'huile et que leur projet soit ainsi invalidé.

Au prétexte d'une présomption de partialité, le duo avait même demandé que la cour ajourne ses travaux, d'ailleurs censés se terminer aujourd'hui. En effet, outre les deux magistrats, il y aurait encore, d'après les jumeaux évidemment, quatre autres juges rétifs à l'approbation d'un texte que beaucoup considèrent aussi brouillon qu'ambigu.

Tel que rédigée, la loi exige que les 700 000 Polonais toujours de ce monde ayant collaboré avec la police communiste admettent le fait ou, plutôt, puisque nous sommes au pays porte-étendard du catholicisme européen, qu'ils fassent un acte de contrition. Si quelqu'un dont le nom figure sur les listes de l'Institut de la mémoire nationale (IMN) refuse d'obtempérer, il perdra son emploi ou son mandat.

Ainsi, le député européen Bronislaw Geremek, qu'on ne peut pas soupçonner de connivence avec les communistes pour la bonne et simple raison qu'il fut un des leaders de Solidarité aux côtés de Lech Walesa et de quelques autres, perdrait son mandat si la loi était sanctionnée par la Cour constitutionnelle. Jugeant cette loi aussi scélérate que dangereuse, Geremek ne veut pas signer de déclaration.

Comble de l'injustice et de la bêtise, ce texte stipule que si quelqu'un a été inscrit à tort sur les registres de l'IMN, il sera dans l'obligation de porter plainte devant la cour. Il devra attendre des semaines, pour ne pas dire des mois, avant que l'erreur ne soit éventuellement corrigée. Bref, les jumeaux ont réussi un prodige: créer l'iniquité en transférant le fardeau de la preuve sur la victime.

Heureusement, les figures emblématiques de Solidarité se sont enfin réveillées. Elles se sont engagées à organiser une conférence sur la démocratie avec d'anciens communistes. Car tous se disent excédés par cette loi, qu'ils qualifient d'«humiliante» et de «viol des droits civiques».

Cela étant, espérons que la Cour européenne sera saisie du dossier si jamais cette loi est adoptée. Espérons surtout que l'Union européenne et d'autres instances exprimeront leur dégoût qu'inspire le fanatisme religieux des jumeaux.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Roland Berger - Abonné
    11 mai 2007 12 h 24
    Dérive ou campagne
    Bravo monsieur Truffaut. Benoît XVI a répété que l'Europe, son Europe, était en train de se déchristianiser (comprendre décatholiciser). Qui mieux d'autres que la Pologne, bastion d'un catholicisme qui a servi d'arme contre le communisme athée, peut relever le défi de remettre l'Europe sur la bonne voie. On ne le dit pas, mais l'élection de Sarkovy va dans le même sens. La nouvelle droite qui a pris le pouvoir en France est avant tout catholique.
    Roland Berger
    London, Ontario
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Christian Tallon - Inscrit
    11 mai 2007 15 h 08
    Il y a aussi une société distincte de la Pologne au sein de l'UE
    Encore une fois, les frères Canards comme on les appelle en Pologne ont été élu au suffrage universel, ainsi que le parlement. Ils ont menti mais pas plus que des politiciens normaux et incarnent une Pologne très difficile à comprendre, visiblement traumatisée par la mort de "son" pape, où Etat de droit est un mot assez creux imposé de Bruxelles. Ce peuple qui je crois en a assez de se laisser toiser par les pays de l'ouest se retrouve dans ces deux jumeaux cocasses l'un président et l'autre premier ministre dont l'un était ivre le jour de son élection sans que personne ne s'en indigne. C'est un pays qui traverse une crise d'identité profonde avec résurgence d'antisémitisme, d'homophobie, de germanophobie ou de russophobie. Non les allemands ne veulent pas envahir la Pologne. Non les Français ne veulent pas ruiner les polonais avec leurs supermarchés. Non, la Russie n'a pas de plan d'invasion. Non, il n'y a pas de plan secret germano-russe pour dépecer la Pologne comme 2 fois dans l'histoire. Non, l'Union Européenne n'est pas un instrument de néo-colonialisme intraeuropéen.

    Personne n'en veut à la Pologne et une majorité d'Européens espérent que cette crise paranoïde se calmera bientôt.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012