Dérive polonaise
Décidément, les jumeaux Lech et Jaroslaw Kaczynski, qui se partagent les postes de président et de premier ministre de la Pologne, n'ont pas leur pareil pour confondre la politique avec le comique troupier. Chose certaine, ils sont très réfractaires à l'État de droit. Pour s'en convaincre, il suffit de s'attarder à la sinistre farce qu'ils viennent de concocter.
Voilà: deux juges de la Cour constitutionnelle ont été suspendus par le président de ce tribunal. Le motif évoqué? Ils ont été accusés, sans que des preuves formelles aient été présentées, d'avoir entretenu des relations avec des agents de la police secrète alors que le pays ployait sous la chape de plomb communiste. Et ce...
Et ce, alors que cette juridiction est plongée dans l'étude de la loi sur la lustration, autrement dit sur la décommunisation. Les deux Berlusconi polonais, dans une version à la fois janséniste et beaucoup plus radicale, ont agi de la sorte parce qu'ils craignaient que le scepticisme manifesté par ces deux magistrats ne fasse tâche d'huile et que leur projet soit ainsi invalidé.
Au prétexte d'une présomption de partialité, le duo avait même demandé que la cour ajourne ses travaux, d'ailleurs censés se terminer aujourd'hui. En effet, outre les deux magistrats, il y aurait encore, d'après les jumeaux évidemment, quatre autres juges rétifs à l'approbation d'un texte que beaucoup considèrent aussi brouillon qu'ambigu.
Tel que rédigée, la loi exige que les 700 000 Polonais toujours de ce monde ayant collaboré avec la police communiste admettent le fait ou, plutôt, puisque nous sommes au pays porte-étendard du catholicisme européen, qu'ils fassent un acte de contrition. Si quelqu'un dont le nom figure sur les listes de l'Institut de la mémoire nationale (IMN) refuse d'obtempérer, il perdra son emploi ou son mandat.
Ainsi, le député européen Bronislaw Geremek, qu'on ne peut pas soupçonner de connivence avec les communistes pour la bonne et simple raison qu'il fut un des leaders de Solidarité aux côtés de Lech Walesa et de quelques autres, perdrait son mandat si la loi était sanctionnée par la Cour constitutionnelle. Jugeant cette loi aussi scélérate que dangereuse, Geremek ne veut pas signer de déclaration.
Comble de l'injustice et de la bêtise, ce texte stipule que si quelqu'un a été inscrit à tort sur les registres de l'IMN, il sera dans l'obligation de porter plainte devant la cour. Il devra attendre des semaines, pour ne pas dire des mois, avant que l'erreur ne soit éventuellement corrigée. Bref, les jumeaux ont réussi un prodige: créer l'iniquité en transférant le fardeau de la preuve sur la victime.
Heureusement, les figures emblématiques de Solidarité se sont enfin réveillées. Elles se sont engagées à organiser une conférence sur la démocratie avec d'anciens communistes. Car tous se disent excédés par cette loi, qu'ils qualifient d'«humiliante» et de «viol des droits civiques».
Cela étant, espérons que la Cour européenne sera saisie du dossier si jamais cette loi est adoptée. Espérons surtout que l'Union européenne et d'autres instances exprimeront leur dégoût qu'inspire le fanatisme religieux des jumeaux.
Voilà: deux juges de la Cour constitutionnelle ont été suspendus par le président de ce tribunal. Le motif évoqué? Ils ont été accusés, sans que des preuves formelles aient été présentées, d'avoir entretenu des relations avec des agents de la police secrète alors que le pays ployait sous la chape de plomb communiste. Et ce...
Et ce, alors que cette juridiction est plongée dans l'étude de la loi sur la lustration, autrement dit sur la décommunisation. Les deux Berlusconi polonais, dans une version à la fois janséniste et beaucoup plus radicale, ont agi de la sorte parce qu'ils craignaient que le scepticisme manifesté par ces deux magistrats ne fasse tâche d'huile et que leur projet soit ainsi invalidé.
Au prétexte d'une présomption de partialité, le duo avait même demandé que la cour ajourne ses travaux, d'ailleurs censés se terminer aujourd'hui. En effet, outre les deux magistrats, il y aurait encore, d'après les jumeaux évidemment, quatre autres juges rétifs à l'approbation d'un texte que beaucoup considèrent aussi brouillon qu'ambigu.
Tel que rédigée, la loi exige que les 700 000 Polonais toujours de ce monde ayant collaboré avec la police communiste admettent le fait ou, plutôt, puisque nous sommes au pays porte-étendard du catholicisme européen, qu'ils fassent un acte de contrition. Si quelqu'un dont le nom figure sur les listes de l'Institut de la mémoire nationale (IMN) refuse d'obtempérer, il perdra son emploi ou son mandat.
Ainsi, le député européen Bronislaw Geremek, qu'on ne peut pas soupçonner de connivence avec les communistes pour la bonne et simple raison qu'il fut un des leaders de Solidarité aux côtés de Lech Walesa et de quelques autres, perdrait son mandat si la loi était sanctionnée par la Cour constitutionnelle. Jugeant cette loi aussi scélérate que dangereuse, Geremek ne veut pas signer de déclaration.
Comble de l'injustice et de la bêtise, ce texte stipule que si quelqu'un a été inscrit à tort sur les registres de l'IMN, il sera dans l'obligation de porter plainte devant la cour. Il devra attendre des semaines, pour ne pas dire des mois, avant que l'erreur ne soit éventuellement corrigée. Bref, les jumeaux ont réussi un prodige: créer l'iniquité en transférant le fardeau de la preuve sur la victime.
Heureusement, les figures emblématiques de Solidarité se sont enfin réveillées. Elles se sont engagées à organiser une conférence sur la démocratie avec d'anciens communistes. Car tous se disent excédés par cette loi, qu'ils qualifient d'«humiliante» et de «viol des droits civiques».
Cela étant, espérons que la Cour européenne sera saisie du dossier si jamais cette loi est adoptée. Espérons surtout que l'Union européenne et d'autres instances exprimeront leur dégoût qu'inspire le fanatisme religieux des jumeaux.
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