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Victoire décisive de Sarkozy

Christian Rioux   7 mai 2007  Europe
Nicolas Sarkozy a salué la foule en sortant du restaurant Fouquet’s, sur les Champs-Élysées, à Paris, hier soir. Il a remporté 53 % des voix à l’élection présidentielle
Photo : Agence Reuters
Nicolas Sarkozy a salué la foule en sortant du restaurant Fouquet’s, sur les Champs-Élysées, à Paris, hier soir. Il a remporté 53 % des voix à l’élection présidentielle
Paris — Nicolas Sarkozy est devenu hier le sixième président de la Ve République française. Avec 53,3 % des voix, le successeur de Jacques Chirac remporte une victoire décisive sur sa concurrente, la socialiste Ségolène Royal, qui essuie une dure défaite avec 46,7 %. Avec un taux de participation record de 84 %, le candidat de la droite décroche une majorité supérieure à celle de Jacques Chirac en 1995 (52,6 %), mais qui ne dépasse pas celle de François Mitterrand en 1988 (54 %).

Hier soir à Paris, plusieurs milliers de militants avaient envahi les rues des quartiers généraux des deux partis. Pendant de longues minutes, les journalistes et les photographes ont suivi dans Paris la voiture de Nicolas Sarkozy. Sur la scène de la salle Gaveau, rive droite, le nouvel élu dressait le pouce en signe de victoire.

Sur un ton solennel, il s'est voulu rassembleur. «Je serai le président de tous les Français, je parlerai pour chacun d'entre eux», a-t-il déclaré. Il s'est ensuite adressé aux partisans de Ségolène Royal: «Je veux lui dire que j'ai du respect pour ses idées dans lesquelles tant de Français se sont reconnus».

Puis le nouveau président a rappelé certains thèmes de sa campagne. «Je veux réhabiliter le travail, a-t-il déclaré, l'autorité, la morale, le respect, le mérite. Je veux remettre à l'honneur la nation et l'identité nationale. Je veux rendre aux Français la fierté d'être Français. Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres.»

Le nouveau président s'est largement adressé à ses partenaires européens et américains. «Ce soir, la France est de retour en Europe», a-t-il déclaré. Les Américains, dit-il «peuvent compter sur notre amitié [...] la France sera toujours à leurs côtés». Mais, ils doivent «accepter que leurs amis puissent penser différemment». À la surprise générale, Nicolas Sarkozy a parlé du réchauffement climatique, sujet très peu développé durant la campagne, dont il fera, dit-il, son «premier combat». Il a aussi lancé un appel à «bâtir ensemble une union méditerranéenne».

De la Maison de l'Amérique latine, sur la rive gauche, Ségolène Royal s'est adressée à des partisans encore très mobilisés. «Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas, a-t-elle déclaré. J'ai donné toutes mes forces et je continue avec vous et près de vous [...] Gardons intactes l'énergie et la joie.» La candidate défaite considère qu'elle sera la mieux à même de poursuivre la rénovation du Parti socialiste. «J'ai engagé un renouvellement profond de la vie politique, de ses méthodes et de la gauche. [...] Ce que nous avons commencé ensemble, nous allons le continuer ensemble. Vous pouvez compter sur moi pour approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles. C'est la condition de nos victoires futures.»

Alors que la foule scandait «Merci, Ségolène», quelques dizaines de voitures commençaient à brûler dans les banlieues de Lille, Paris, Lyon, Dijon et Marseille. Plusieurs dirigeants ont aussitôt appelé au calme, dont le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, et Mohamed Mechmache de l'association AC! Le feu, née après les émeutes de 2005. Des altercations avec la police et plusieurs arrestations se sont aussi produites place de la Bastille où s'étaient donné rendez-vous des opposants à Nicolas Sarkozy. Il était impossible d'approcher de la place tant les gaz lacrymogènes saturaient l'atmosphère. Toute la nuit, les hélicoptères ont tourné au-dessus de la capitale. Plus de 3000 policiers et 20 compagnies de la gendarmerie mobile et des CRS avaient été déployés dans les banlieues parisiennes où le candidat de la droite n'a pu faire campagne de peur d'y provoquer de vives réactions.

Au son de Happy Day, plusieurs milliers de partisans de Nicolas Sarkozy se sont réunis place de la Concorde. Il y avait Enrico Macias, la chanteuse de gospel Miss Dominique et Mireille Mathieu qui a entonné La Marseillaise. Accompagné de son épouse, Nicolas Sarkozy est monté sur scène pour appeler à la tolérance et à «tendre la main».

Celui qui est donné favori pour le poste de premier ministre, l'ancien ministre des Affaires sociales François Fillon, a estimé que «la campagne de Nicolas Sarkozy a rencontré le peuple». Selon lui, la France n'est pas «coupée en deux», et le prochain gouvernement devra compter des ministres centristes (UDF) et même de gauche, dit-il. «L'obligation qui pèse sur le président de la République, c'est d'agir», a renchéri l'ancien premier ministre Alain Juppé.

Rue de Solférino, quartier général de campagne de Ségolène Royal, l'atmosphère était déjà au bilan, pour ne pas dire aux règlements de comptes. «C'est une lourde défaite», mais cette «campagne fervente» est «prometteuse pour le futur» a déclaré l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, qui appelle à élire «une majorité de gauche» aux élections législatives de juin prochain.

Dès hier soir, la lutte pour le leadership de la rénovation du Parti était engagée. L'ancien ministre Dominique Strauss-Kahn n'a pas caché son intention de se présenter comme une solution de rechange à Ségolène Royal. «C'est une très grave défaite, d'autant plus que c'est la troisième fois», a-t-il déclaré. La raison de cet échec tient, dit-il à «la rénovation sociale-démocrate» qu'il a «initiée» et qui «n'a pas encore triomphé dans le parti socialiste». Selon l'ancien ministre Bernard Kouchner, «il faut changer même notre logiciel, notre façon de penser, à gauche». Ségolène Royal organisera dans une dizaine de jours une grande assemblée à La Courneuve pour remercier ceux qui l'ont soutenue dans les banlieues.

Avec 53,3 %, Nicolas Sarkozy dépasse les résultats de Jacques Chirac en 1995 (52,6 %), de François Mitterrand en 1981 (51,8 %) et de Valéry Giscard d'Estaing en 1974 (50,8 %). Mais pas ceux de Mitterrand en 1988 (54 %). On doit en conclure que les électeurs du Front national se sont reportés sur lui à environ 63 %. Ceux du centriste François Bayrou (UDF), le troisième homme du premier tour, semblent s'être répartis également entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

La passation des pouvoirs aura lieu le 16 mai. Peu après, Nicolas Sarkozy annoncera le nom de son premier ministre. D'ici là, il se retirera cinq ou six jours seul, peut-être même dans un monastère, a-t-il déclaré. Le candidat dit avoir besoin de plusieurs jours d'«ascèse» pour «habiter» le costume de président.

Son conseiller François Fillon part favori pour occuper le poste de premier ministre. Il a coordonné l'élaboration du programme de l'UMP et n'a pas quitté Nicolas Sarkozy de toute la campagne, participant à la plupart des réunions en comité restreint. «Il a le profil», avait admis Nicolas Sarkozy dans une interview du Figaro Magazine. On évoque aussi les noms du ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, caution «sociale» du candidat et favori des sondages, ainsi que de la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie. Pour le poste stratégique de secrétaire général de l'Élysée, on cite Claude Guéant, ancien directeur de cabinet de Sarkozy aux ministères de l'Intérieur et de l'Économie.

Le candidat a annoncé qu'il se donnait 100 jours pour réaliser une bonne partie de son programme. On s'attend à ce qu'il réunisse l'Assemblée nationale pour faire adopter un budget. Selon certains scénarios, il pourrait aussi convoquer des conférences réunissant patrons et syndicats afin de tenter de faire accepter un certain nombre de modifications aux normes du travail. Il a annoncé que, faute d'une entente, il ferait adopter dès septembre une loi garantissant un service minimum en cas de grève dans les transports publics. D'ici là, Nicolas Sarkozy devra faire élire une majorité à l'Assemblée nationale. Les élections auront lieu les 10 et 17 juin prochain.

Correspondant du Devoir à Paris
Nicolas Sarkozy a salué la foule en sortant du restaurant Fouquet’s, sur les Champs-Élysées, à Paris, hier soir. Il a remporté 53 % des voix à l’élection présidentielle Ségolène Royal saluant ses partisans à la sortie de la Maison de l’Amérique latine, hier soir.
 






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  • Claude Camus
    Abonné
    lundi 7 mai 2007 05h01
    Enfin, la fin de la campagne présidentielle française
    « Lundi 7 mai 2007

    Cher correspondant journalistique en Europe,

    L'article « Libre opinion » envoyé par M. Brodeur-Girard m'a peiné mais n'étant pas Québécois, je ne pense pas avoir autorité pour lui répondre.

    Je tiens toutefois à donner ma propre opinion sur un point :

    Qu'il me soit donc permis de vous dire à vous, M. Rioux, combien vos articles sur la vie politique de l'Hexagone comptent pour nous lecteurs ; ils sont écrits sans indulgence mais avec cette parfaite indépendance d'esprit qui honore les vrais journalistes.
    Chaque jour, je lis LE MONDE et LE DEVOIR - et, en particulier, les articles des correspondants à l'étranger de ces quotidiens - et cela me permet de prendre du recul par rapport aux événements et de me forger ma propre opinion.
    Une question me taraude : comment peut-on se prétendre « historien » et avoir un esprit aussi étroit, frisant le sectarisme ???
    Claude CAMUS
    Agrégé de l'Université »

  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 7 mai 2007 06h21
    53,3%.....majorité claire?
    « Est-ce que le Canada de Stephen Harper, guidé par sa lumineuse Cour Suprême, va reconnaitre cette majorité si peu claire? »

  • Olivier Mauder
    Inscrit
    lundi 7 mai 2007 10h59
    Enfin, le temps du changement
    « La victoire de Nicolas Sarkozy est la victoire du changement. Après 25 ans d'immobilisme avec notamment Mitterrand et Chirac, il est temps que la France entre véritablement dans le XXI è siècle.
    A ma plus grande surprise, j'ai constaté que beaucoup de Québécois et aussi de Français vivant au Québec étaient en faveur de Ségolène Royal (notamment parce que c'est une femme) mais je tiens à rappeler pour ceux qui ne le savent pas ou qui l'auraient oublié que le parti socialiste français qu'elle tente timidement de réformer est encore le plus archaïque d'Europe. A côté de cela, les changements que Nicolas Sarkozy souhaite faire sont déjà appliqués ici et là depuis longtemps dans des contrées modernes comme le Canada et le Québec et ça ne semble choquer personne. Exemples : L'immigration choisie, le service minimum en cas de grève, une plus grande flexibilité de l'emploi et des contrats de travail, le remboursement de la dette, etc. Nicolas Sarkozy conserve même les 35 heures et le système de répartition pour les retraites (les fonds de pension, les REER, ils ne connaissent pas là-bas) !!!

    Donc, est-ce que les Français qui votent à gauche et qui ont immigré ici vivent bien avec ces règles déjà appliquées ? Si c'est le cas, ils ne devraient pas voir d'inconvénients à ce que la France fasse elle aussi des réformes devenues absolument nécessaires. Cela me paraît logique. Mystère que de refuser pour son pays d'origine des lois, des règles que l'on apprécie et respecte tous les jours ici.

    Ces français du Québec sont même pour la majorité directement issus de la "politique d'immigration choisie", mise en place au Canada et qui signifie qu'on les a recrutés en fonction du marché du travail et de leur propension à s'intégrer dans la province.

    Le problème de la France, c'est avant tout le chômage et le manque de croissance. Avec une croissance plus dynamique, un marché de l'emploi plus souple, une rationalisation de ses dépenses publiques et du nombre de ses fonctionnaires, ce pays réussirait sans conteste au même titre que les autres (Canada, Angleterre, Allemagne) à sortir de sa crise sociale et à réduire ses énormes déficits. D'ailleurs, la France a bien des avantages que les autres n'ont pas comme entre autres sa situation géographique au carrefour de l'Europe et des civilisations méditerranéennes, son réseau de transports très efficace, son taux de natalité exemplaire ou la productivité de ses travailleurs. Une fois les compteurs dans le vert, les Français de France sortiront aussi peut-être de leur pessimisme contagieux. Je leur souhaite.


    Olivier Mauder, français de Montréal


    merci de me publier »

  • Denis Buisson
    Abonné
    lundi 7 mai 2007 17h23
    le temps du changement, enfin...
    « effectivement, jamais on n'avait vu tel changement dans le paysage politique français. Un candidat qui raccole ouvertement l'électorat d'extrème droite est bien sur le rassembleur qu'il faut à la France! Jamais telle pression n'avait été soumise sur les médias français pour censurer les débats des autres candidats. L'expertise de Mr Sarkozy au ministère de l'intérieur aura été très bénéfique.

    Si les français de toutes tendances s'accordent à dire que des réformes économiques et sociales sont nécessaires, j'attendais un autre type de meneur, capable de gérer une crise plutôt que commettre des impairs et enflammer les banlieues.

    Quel beau modèle que vous nous proposez, Mr Mauder, que celui de l'Angleterre, pays où l'ultralibéralisme de Mme Thatcher a fait chuter drastiquement les chiffres du chômage, et fait disparaître le filet social. J'imagine que les anglais voulaient du changement. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 8 mai 2007 05h03
    Gauche droite
    « Gauche droite, gauche droite!

    Victoire du changement!
    Changement!

    Archaïsme
    Certains disent que la France d'avant Sarkozy était archaïque.
    Liberté, égalité, fraternité... que d'archaïsmes .
    Aujourd'hui, c'est morale, travail, fierté, mérite, respect, honneur.

    Vive la cravate et le cheveu court, vive la marche au pas et l'honneur de la patrie.
    Ceux qui passeront auront du mérite. La France vient de faire un pas.
    Le corps raide, au garde-à-vous, à son commandement, à droite toute!.

    La gauche est définitivement archaïque. Il faut se résigner, c'est le travail, fini la grande bouffe et le pinard. Fini les flânages improductifs, la France va devenir comme le reste de la planète-développée, rentable, compétitive, fière.

    Les USA, ce modèle à suivre, aura son émule, avec Sarko le visionnaire à sa tête. Peut-être un retour du service militaire, c'est bon pour la colonne vertébrale, pour la morale de cette jeunesse dépravée et pour se doter d'une bonne défense contre la racaille du monde entier.

    La morale, la justice, les valeurs vont être rétablies. Fini la jeunesse oisive se vautrant dans la mauvaise pensée de mai 68. Fini ces chevelus mal fringués irrespectueux, le respect de nos valeurs chrétiennes seront rétablis.

    Fini la racaille, les banlieues seront nettoyées.

    La France entre dans le XXIe siècle, enfin! »

  • Christian Tallon
    Inscrit
    vendredi 11 mai 2007 15h39
    Pourquoi Sarkozy a gagné
    « Il suffit de lire l'intervention de M. Claude Camus pour comprendre une des raisons de la victoire de Szarkozy. Il se sent obligé de signer "agrégé de l'Université". Grand bien lui en fasse mais qu'il garde ce titre ronflant pour lui. On s'en fiche. Il n'est que M. Camus et il n'a qu'un bulletin de vote, exactement similaire au clochard (aviné bien entendu !!!) qui s'est inscrit sur les listes électorales.

    La propension d'une "soit disant élite" de dire à 99% des français ce qu'ils doivent penser avec un indicible et détestable mépris crée une allergie de beaucoup de français pour leurs élites.

    C'est une tare française héritée de l'ancien régime et si l'ouvrier vote contre ses intérêts, c'est peut-être qu'il se venge de ses élites au travers d'un homme qui ne les incarne pas.

    Monsieur le professeur d'Université, vous qui êtes plus responsable de la situation calamiteuse des études supérieures en France que le reste de la population alors que le quart des recettes de l'Etat passe dans l'éducation, alors que vous orientez des centaines de milliers d'étudiants vers des chemins sans issue et vers le chômage assuré, ne prenez pas de grâce ce ton qund vous n'êtes même pas capable de faire en sorte que les étudiants qui sortent d'université sachent écrire correctement.

    Regardez-vous dans la glace et faites votre auto-critique. Avez vous réellement bien fait votre travail depuis 20 ans ? Pourquoi les universités françaises sont si mal côtées internationalement malgré l'argent colossal qu'on y injecte année après année ?

    Ne serait-il pas temps non pas de dégraisser le mammouth de l'Education Nationale, de la carte scolaire, du système des points et du barème, tout un système communiste enkysté dans l'Etat, mais de le tuer une bonne fois pour toute, que chaque directeur d'établissement choisisse librement son équipe, sanctionne les incompétents et les licencie le cas échéant, que les étudiants évaluent l'efficacité de leurs enseignants et que les incapables de l'éducation nationale fassent un autre métier. Etre professeur ne consiste pas seulement à avoir des connaissances mais à avoir le charisme pédagogique qui va avec. Sinon, on fait un autre métier.

    Szarkozy a su se montrer comme "self made man" et je crois que ça a plu aux quelques % qui ont fait la différence. »

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