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Quel Sarkozy?

François Brousseau   7 mai 2007  Europe
Quel Nicolas Sarkozy deviendra, le 16 mai, président de la République française? Le Sarkozy ex-ministre de l'Intérieur, idéologue «sécuritaire» au vocabulaire incendiaire, qui parlait de «nettoyer la racaille» au canon à eau? Le Sarkozy explosif et inquiétant qui a déjà empoigné au collet et insulté des camarades de son propre parti?

Ou bien le Sarkozy cuvée 2007, remarquable de self-control, qui s'est même permis de dire — oui, lui! — «Calmez-vous, Madame!» à Ségolène Royal pendant le débat télévisé ? L'homme qui, ces derniers mois, a invoqué sans vergogne les grands humanistes de gauche du XXe siècle ? Et qui — encore hier, dans son discours de victoire — évoquait le «besoin de protection» des petites gens et des fauchés de la vie?

On répète que Nicolas Sarkozy représente, en 2007, une droite claire et nette, une droite «décomplexée». Dans son discours d'hier, il a répété les mots «travail, autorité, morale, respect»... Et pourtant, rien ne dit que l'opportunisme politique ainsi que le doux confort de l'Élysée (dont Jacques Chirac a passivement joui pendant 12 années de sa vie) ne tempéreront pas, à l'usage, les côtés «activiste boulimique» et «idéologique» du personnage.

***

Le besoin de réforme économique en France, voilà un constat qui traverse le clivage gauche-droite... Une présidente Royal aurait, elle aussi, été poussée à revoir certains éléments coûteux — peut-être prohibitifs — du fameux «modèle social français».

Mais il y a aussi la méthode. Celle de Mme Royal se voulait modérée, consensuelle, participative... Celle de Sarkozy, si l'on se fie à son passé, pourrait être moins douce.

Figure majeure du gouvernement sortant, ministre, leader du parti gouvernemental sous Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force de se faire passer pour l'homme de la «rupture» et de la «nouveauté». Hier encore, il ouvrait son discours avec ce mot: «rompre», rompre avec le passé...

Et pourtant... cette «rupture», ceux qui connaissent bien la «France éternelle», vous diront qu'ils y croiront lorsqu'ils la verront. Nicolas Sarkozy arrive au pouvoir avec le projet déclaré de «tout changer». On dit même qu'il entend «agir très vite» avant que les pesanteurs séculaires ne le ramènent au sol.

Alors, Sarkozy: un idéologue au pouvoir? Un hyper-activiste efficace et dangereux? Ou, à l'usage, un opportuniste conciliant? Ou bien finalement — comme beaucoup d'autres avant lui —, un simple jouisseur du pouvoir? L'avenir, l'avenir proche, nous le dira...

***

Jeudi, l'Écosse a connu son 15 novembre 1976.

Enfin, un petit 15-Novembre, puisque la victoire du Parti national écossais (SNP), cousin du Parti québécois, aux élections régionales en Écosse, est relative. Le parti d'Alex Salmond — un René Lévesque en kilt mais sans cigarettes — a battu de justesse, au Parlement d'Édimbourg, le Labour traditionnellement dominant en Écosse. Le SNP a obtenu un peu plus du tiers des sièges avec un peu moins du tiers des votes. Il devra donc soit faire une coalition, soit former un gouvernement minoritaire.

Victoire modeste donc, mais victoire quand même, avec un parti dont le vocabulaire ressemble étrangement à ce que l'on connaît ici: «D'abord, faire un bon gouvernement régional et puis, ensuite, dans quelques années, tenir un référendum sur notre statut constitutionnel.» Presque mot à mot le programme du PQ en 1976, lors de sa première victoire électorale...

Le SNP, comme le PQ, se présente comme une formation de centre gauche. Et comme le PQ, il parle du maintien essentiel d'une forme d'union économique à l'échelle supranationale.

Les similitudes ne s'arrêtent pas là: en Écosse comme au Québec, la population se montre ambivalente. De Glasgow à Édimbourg, l'indépendantisme oscille dans les sondages entre 30 et 50 %. Pas plus là-bas qu'ici, nous ne sommes dans le cas de figure «unanimiste» (90 % et plus), constaté au cours des deux dernières décennies lors des référendums tenus en Lituanie, en Croatie, en Érythrée ou au Timor oriental.

Mais il y a aussi des différences importantes entre le Québec et l'Écosse.

La nation écossaise a beau être millénaire, et le SNP frôler les 75 ans d'âge, un nationalisme écossais moderne qui s'incarne dans un parti apte à conquérir un Parlement, voilà une chose neuve. Le Parlement d'Édimbourg n'a pas dix ans: il s'agit d'une concession au peuple écossais faite en 1997 par un Tony Blair fraîchement élu. On est loin des deux siècles de parlementarisme au Québec.

Et puis le nationalisme écossais a survécu à la quasi-extinction du gaélique comme langue de la vie quotidienne et économique. Aujourd'hui, lorsqu'à Glasgow on dit «Vive l'Écosse libre !»... on le dit en anglais. Peut-on imaginer l'équivalent ici: un nationalisme et un indépendantisme qui continueraient d'exister, au Québec en 2076, après l'assimilation totale au monde anglo-saxon? Long Live Free Quebec!

François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.

francobrousso@hotmail.com






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  • daniel cherouvrier
    Inscrit
    lundi 7 mai 2007 07h16
    Raison garder
    « Abandon du politiquement correct, chiche, arrêtons la langue de bois pour parler politique.
    Faites une analyse sérieuse des résultats en France, dans le détail, par segments de population, par CSP, par niveau d'éducation, par âge et dans les pays de résidence des expatriés pour savoir qui a voyé Sarkozy ou Royal.
    Vous verrez qui a peur de l'avenir, du changement et aussi qui veut maintenir les privilèges, les leurs et ceux des autres..
    Les expatriés français des pays nordiques et scandinaves, l'Allemagne, l'Irlande, les Pays Bas, le Canada ont voté en masse pour Royal. Les ex-pays de l'Est, les paradis fiscaux, les producteurs de pétrole votent Sarkozy.
    Les villes qui réussissent Grenoble, Chambéry, Nantes votent Royal. A Paris, il y a match nul. Les zones défavorisées et les retraités friqués ou non votent Sarkozy.
    Continuez à présenter l'élection de Sarkozy comme le résultat d'une aspiration au changement, à la dynamique du mouvement pour relever les défis du monde moderne relève de l'escroquerie intellectuelle.
    Les faits se chargeront de le prouver. »

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 7 mai 2007 11h08
    Merci monsieur Cherouvrier!
    « Je ne sais s'il s'agit d'un nom de plume ou nom mais j'aime bien votre nom de famille.
    Je partage tout à fait votre opinion quant aux résultats des présidentielles françaises.
    Sarkovy, ce n'est même pas Blair un peu plus à droite. C'est Bush, c'est Harper.
    Mais vous et moi devons surveiller notre langue. Vous le savez sans doute déjà, madame Bombardier du Devoir nous a révélé que les idéologies de droite et de gauche ne sont que des étiquettes.
    Longue vie à vous!
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Christian Tallon
    Inscrit
    lundi 7 mai 2007 15h50
    Merci Monsieur Cherouvrier (bis)
    « La réaction de Monsieur Cherouvrier est vraiment intéressante et ça serait intéressant que le journal approfondisse ses argumentations.

    Il y a un peu un non événement : un président de droite succède à un président de droite. La nouveauté est que ce nouveau président accepte de se faire élire avec des votes d'extrème droite, ce que M. Chirac avait refusé.

    Sinon, les "possédants" et les pauvres se regardent en chien de faience sur fond de mondialisation et de compression des salaires (seule variable d'ajustement dans le système de l'Euro et des règles budgétaires).

    Les possédants n'ont plus honte de mots comme "karchériser la racaille" car c'est en gros ce qu'ils pensaient avant sans oser le dire. Maintenant les choses redeviennent claire : une lutte de classe se réamorce en France : bourgoisie contre pauvres. Les artistes "originaux" à condition de réussir vite on une place intermédiaire mais s'ils sont trop excentriques, ils risquent d'être mis en prison pour maladie mentale (lucidité supérieure) puisque les chiffres parlent d'eux-mêmes (disparition presque totale dans les statistiques des "personnes irresponsables de leurs actes" en l'espace de 20 ans. Cas concomitants de scènes hallucinantes dans les prisons de gens n'ayant visiblement rien à y faire. Prescription générale d'antidépresseurs et de calmants sans suivi (camisole chimique). Gène du suicide et de la pédophilie, sales pauvres profiteurs de l'aide sociale contre bourgeois adipeux qui achètent très cher des produits pour ne pas assimiler les calories de leur prochain repas tellement ils gonflent.

    La population française vieillissante a peur et demande un policier devant chaque maison de retraite. Elle a tendance à voter pour le beau szarkozy qui a l'air si convenable !

    On verra bien quelle sera la lutte des classes du XXI ème siècle ! »

  • Gilles Coutu
    Abonné
    lundi 7 mai 2007 17h24
    Paf!
    « Vous avez bien raison M.Cherouvrier lorsque vous dites que l'analyse de M. Brousseau n'était pas très profonde! Il semblerait, à la vue de ses autres articles, que son boulot ne consiste PAS à faire de l'analyse. C'est dommage... »

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    lundi 7 mai 2007 21h01
    Lettre à Sarkozy
    « Laval, le 7 mai 2007-05-07

    Monsieur Nicolas Sarkozy
    Président de la République


    Monsieur,

    Vous avez récemment lancé une bravade frontalière invitant le président des USA à lutter contre le réchauffement de la planète.

    Dans cette bravade il y a bien sûr au sens propre, un clin d'oeil à la gauche qui lutte sincèrement pour la réduction des gaz à effets de serre. Bien qu'électoraliste, votre tirade va dans le sens du bien commun et nous vous appuierons dans ce domaine.

    D'autre part, cette bravade était au sens figuré, un appel à Bush pour qu'il élimine les têtes fortes responsables du réchauffement politique de la planète: ces citoyens retors qui critiquent les abus politiques des puissants et mettent à jour publiquement leurs dessins militaristes, antisociaux et sauvagement néolibéraux.

    Vous avez donc lancé cette bravade transfrontalière pour nous montrer que le nouveau balais balaie bien.

    Aux États-Unis les Démocrates dont je suis, travaillent activement à déloger une bactérie
    intempestive Yersinia Busshéii qui cause un syndrome semblable à la peste bubonique et qui est actuellement responsable de la mort de 3500 jeunes soldats américains, 300 soldats de la coalition, 70000 civiles d'Afghanistan et d'Irak.
    Vous avez beau lui faire des clins d'oeil tant que vous voulez, il est fort à parier qu'il soit fort occupé dernièrement et qu'il va vous répondre favorablement en accourant vers vous tout en vous contaminant.

    Au Canada cette bactérie existe sous sa forme mutante moins ouvertement virulente: Yersinia Harperréii.

    Nous avons constaté que la France cette nation cousine si chère à nos yeux, est victime bien malgré elle, d'un syndrome d'immunodéficience acquise. Et pour le plus grand malheur des citoyens de France: elle vient de développer un sarcome de Sarkozy qui à défaut d'apparaitre dans la zone génitale de ses victimes affecte sa région buccale et risque de lui donner une sale tête.

    Rassurez-vous, la gauche française n'est pas morte et possède un traitement chimiothérapique efficace contre les excès des caporaux de la droite:
    - son franc parler

    - une honnêteté indéfectible
    - une ardeur au travail qui ne dément pas
    - une capacité d'analyse implacable
    - une compassion pour le peuple et les citoyens qui font les frais de vos politiques sectaires

    Vous avez lancé à Bush votre cri de ralliement l'invitant à éliminer les troubles fêtes politiques qui mettent des bâtons dans les roues néo libérales de la droite.

    Soit...en voici l'écho.

    En signe indéfectible de votre victoire électorale, voici (je suis dans une phase Brel) juste pour vous, le texte de la chanson: Caporal Casse-Pompons dans laquelle vous vous reconnaitrez ainsi que les membres du club sélect de la droite mondiale qui parasite actuellement le pouvoir, forte du grenouillage et du financement du lobby de l'armement.

    Donc, juste pour vous, en écho from North Americasur le thème du réchauffement de la planète :

    Mon ami est un type énorme
    Il aime la trompette et le clairon

    Tout en préférant le clairon
    Qu'est une trompette en uniforme
    Mon ami est une valeur sûre
    Qui dit souvent sans prétention
    Qu'à la minceur des épluchures
    On voit la grandeur des nations

    Subséquemment subséquemment
    Subséquemment que je ne comprends pas
    Pourquoi souvent ses compagnons
    L'appellent
    L'appellent
    Caporal casse-pompon

    Mon ami est un vrai poète
    Dans son jardin, quand vient l'été
    Faut le voir planter ses mitraillettes
    Ou bien creuser ses petites tranchées
    Mon ami est homme plein d'humour
    C'est lui qu'a trouvé ce bon mot
    Que je vous raconte à mon tour
    Ich slaffen at si auuz wihr prellen zie

    Subséquemment subséquemment
    Subséquemment que je ne comprends pas
    Pourquoi souvent ses compagnons
    L'appellent
    L'appellent
    Caporal casse-pompon

    Mon ami est un doux rêveur
    Pour lui Paris c'est une caserne
    Et Berlin un petit champ de fleurs
    Qui va de Moscou à l'Auvergne
    Son rêve revoir Paris au printemps
    Redéfiler en tête de son groupe
    En chantant comme tous les vingt-cinq ans
    Baisse ta gaine Gretchen que je baise ta croupe (ein zwei)

    Subséquemment subséquemment
    Subséquemment que nous ne comprenons
    Comment nos amis les Franzosen
    Ils osent ils osent l'appeler
    Caporal casse-pompon (ein zwei)

    Bonne arrivée Monsieur le Président et surtout, bon maintien. Lancez autant de bravades que vous voudrez. Nous avons lancé du haut des Rocheuse trois fois votre cri du coeur mais à chaque fois l'écho nous répond: merde, merde, merde.

    Pierre Castonguay »

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