Débat musclé pour la présidence
Ségolène Royal dénonce l'immoralité politique de Sarkozy
Photo : Agence France-Presse
Paris — À quatre jours du scrutin, le débat télévisé de la présidentielle française a donné lieu à de très vifs affrontements. La candidate socialiste Ségolène Royal a été particulièrement agressive, et parfois même virulente, marquant plusieurs points, notamment sur la moralité de la vie politique. Gardant malgré tout son sang-froid, le candidat de la droite Nicolas Sarkozy s'est bien tiré d'affaire et a conservé généralement l'avantage sur les questions économiques.
«Je pense que l'on atteint le summum de l'immoralité politique [...]. Non, monsieur Sarkozy, on ne peut pas tout dire», a lancé Ségolène Royal après une heure de débat, lorsque celui-ci a abordé «la larme à l'oeil», dit-elle, la question de l'intégration des enfants handicapés à l'école. Alors que le candidat proposait un «droit opposable» à l'école des enfants handicapés, la candidate a accusé son gouvernement d'avoir supprimé les aides qu'elle avait elle-même créées à cette fin. «Laissez de côté vos tribunaux [...]. Non, monsieur Sarkozy, tout n'est pas possible.»
«Je ne sais pas pourquoi madame Royal a perdu ses nerfs», a répliqué le candidat, visiblement poussé dans ses retranchements. La réplique ne s'est pas fait attendre: «Je ne perds pas mes nerfs, je suis en colère, il y a des colères très saines, a-t-elle ajouté. [...] Ce qui nous différencie, c'est une vision de la morale politique.»
Pendant deux heures et quarante minutes, les deux candidats assis face à face ont passé en revue les grandes questions économiques et politiques. Nettement moins figé que sa version québécoise, l'échange a duré quarante minutes de plus que prévu. La confrontation a mis en scène une Ségolène Royal en tailleur noir, souriante et droite sur sa chaise, face à un candidat qui se contenait visiblement, portant une cravate rayée et qui baissait souvent les yeux. Sitôt le débat terminé, les observateurs s'entendaient généralement pour dire que Ségolène Royal avait remporté le débat sur la conception de la présidence et les valeurs, et même déstabilisé son adversaire au milieu de l'échange, alors que Nicolas Sarkozy avait été nettement plus solide sur les réformes économiques et la relance de la croissance.
Aucun candidat n'a commis de faute majeure. Ni Nicolas Sarkozy, qui mène dans les sondages et pouvait se contenter d'un match nul. Ni Ségolène Royal, qui n'avait rien à perdre. Dès la fin du débat, les deux partis ont crié victoire chacun de leur côté. À quelques reprises, les candidats ont été déstabilisés. Nicolas Sarkozy a poussé Ségolène Royal dans ses retranchements sur le financement des retraites, dont elle n'a pu préciser les modalités. Celle-ci a pris son adversaire en défaut sur la question nucléaire, alors que l'ancien ministre ne semblait pas savoir que le prototype EPR était une centrale nucléaire de troisième génération et qu'un prototype semblable existait déjà en Finlande. «Vous avez dit une série d'erreurs, a dit la candidate, cinglante. Ça peut arriver, mais il faudra que vous révisiez.»
C'est un Nicolas Sarkozy très pondéré qui avait ouvert le bal en affirmant qu'on ne peut plus faire de la politique comme avant. «On ne peut plus promettre aux Français des droits virtuels, mais des droits réels.» Ségolène Royal a aussitôt attaqué en dressant un portrait de la France où les violences, la pauvreté et l'exclusion ont augmenté. «Vous estimez-vous responsable d'une partie du bilan du gouvernement actuel?»
Afin de déstabiliser son adversaire, la candidate a soulevé plusieurs cas concrets, comme celui d'une policière violée près d'un commissariat, à qui, dit-elle, il aurait fallu offrir une protection. Elle a aussi accusé Sarkozy de ne pas avoir ouvert le commissariat promis à Clichy-sous-Bois plus d'un an et demi après les célèbres émeutes de novembre 2005. La candidate a aussi accusé son adversaire de ne pas appliquer la Loi sur la construction des HLM dans la municipalité de Neuilly dont il est le maire. «Quand on est président de la République, on doit montrer l'exemple et appliquer la loi.»
Les candidats ont divergé d'opinion sur la diminution du nombre de fonctionnaires. «Qui peut considérer que, sur cinq millions de fonctionnaires, il n'y a pas moyen de réduire les effectifs?», a demandé Nicolas Sarkozy. Il a attaqué Ségolène Royal sur la semaine de travail de 35 heures qui a, dit-il, freiné la croissance et «détruit l'organisation de l'hôpital». Abordant la question de la délinquance sexuelle, «qui, vous en conviendrez avec moi, n'a rien de génétique», Ségolène Royal a ironisé sur les déclarations de son adversaire, qui avait attribué des causes génétiques à la pédophilie.
La candidate a été nettement plus imprécise sur la question de la dette, prenant simplement l'engagement de s'y attaquer dès que la croissance dépasserait 2,5 %. «Il y a un moyen pour relancer la croissance, c'est de respecter le travail, a déclaré Sarkozy. Pas un seul pays européen qui a presque le plein emploi n'a les 35 heures. [...] Je veux libérer la possibilité de travailler en France.» Selon la candidate, l'élimination des charges sur les heures supplémentaires coûtera cinq milliards d'euros.
Après le vif affrontement sur les handicapés, Nicolas Sarkozy a paru nettement moins serein. La candidate a marqué quelques points sur la démocratisation de l'État et la fin du cumul des mandats qui permet aux hommes politiques français d'être à la fois maires, députés, ministres et présidents de conseil général. «Vous n'êtes pas crédible dans la construction de l'État impartial», a-t-elle déclaré.
À cause du retard, les questions internationales ont tenu peu de place dans le débat. Les candidats se sont surtout affrontés sur l'admission de la Turquie dans l'Union européenne. Nicolas Sarkozy propose qu'elle ne soit pas admise et qu'on le dise immédiatement. Il a conclu en s'engageant à réaliser le plein emploi et à maîtriser l'immigration. Ségolène Royal a invité les électeurs à ne pas craindre d'élire une femme, comme l'ont fait les Allemands. À la fin du débat, les téléspectateurs ont découvert la poignée de main très furtive et même froide que se sont donnée les candidats.
La plupart des observateurs hésitaient hier à désigner un gagnant. Selon l'éditorialiste de L'Express Christophe Barbier, «il y a eu deux gagnants [...], chacun dans son domaine de compétence». La plupart des observateurs ont estimé qu'un débat sans dérapage majeur ne devrait guère modifier radicalement le vote de dimanche prochain.
Correspondant du Devoir à Paris
«Je pense que l'on atteint le summum de l'immoralité politique [...]. Non, monsieur Sarkozy, on ne peut pas tout dire», a lancé Ségolène Royal après une heure de débat, lorsque celui-ci a abordé «la larme à l'oeil», dit-elle, la question de l'intégration des enfants handicapés à l'école. Alors que le candidat proposait un «droit opposable» à l'école des enfants handicapés, la candidate a accusé son gouvernement d'avoir supprimé les aides qu'elle avait elle-même créées à cette fin. «Laissez de côté vos tribunaux [...]. Non, monsieur Sarkozy, tout n'est pas possible.»
«Je ne sais pas pourquoi madame Royal a perdu ses nerfs», a répliqué le candidat, visiblement poussé dans ses retranchements. La réplique ne s'est pas fait attendre: «Je ne perds pas mes nerfs, je suis en colère, il y a des colères très saines, a-t-elle ajouté. [...] Ce qui nous différencie, c'est une vision de la morale politique.»
Pendant deux heures et quarante minutes, les deux candidats assis face à face ont passé en revue les grandes questions économiques et politiques. Nettement moins figé que sa version québécoise, l'échange a duré quarante minutes de plus que prévu. La confrontation a mis en scène une Ségolène Royal en tailleur noir, souriante et droite sur sa chaise, face à un candidat qui se contenait visiblement, portant une cravate rayée et qui baissait souvent les yeux. Sitôt le débat terminé, les observateurs s'entendaient généralement pour dire que Ségolène Royal avait remporté le débat sur la conception de la présidence et les valeurs, et même déstabilisé son adversaire au milieu de l'échange, alors que Nicolas Sarkozy avait été nettement plus solide sur les réformes économiques et la relance de la croissance.
Aucun candidat n'a commis de faute majeure. Ni Nicolas Sarkozy, qui mène dans les sondages et pouvait se contenter d'un match nul. Ni Ségolène Royal, qui n'avait rien à perdre. Dès la fin du débat, les deux partis ont crié victoire chacun de leur côté. À quelques reprises, les candidats ont été déstabilisés. Nicolas Sarkozy a poussé Ségolène Royal dans ses retranchements sur le financement des retraites, dont elle n'a pu préciser les modalités. Celle-ci a pris son adversaire en défaut sur la question nucléaire, alors que l'ancien ministre ne semblait pas savoir que le prototype EPR était une centrale nucléaire de troisième génération et qu'un prototype semblable existait déjà en Finlande. «Vous avez dit une série d'erreurs, a dit la candidate, cinglante. Ça peut arriver, mais il faudra que vous révisiez.»
C'est un Nicolas Sarkozy très pondéré qui avait ouvert le bal en affirmant qu'on ne peut plus faire de la politique comme avant. «On ne peut plus promettre aux Français des droits virtuels, mais des droits réels.» Ségolène Royal a aussitôt attaqué en dressant un portrait de la France où les violences, la pauvreté et l'exclusion ont augmenté. «Vous estimez-vous responsable d'une partie du bilan du gouvernement actuel?»
Afin de déstabiliser son adversaire, la candidate a soulevé plusieurs cas concrets, comme celui d'une policière violée près d'un commissariat, à qui, dit-elle, il aurait fallu offrir une protection. Elle a aussi accusé Sarkozy de ne pas avoir ouvert le commissariat promis à Clichy-sous-Bois plus d'un an et demi après les célèbres émeutes de novembre 2005. La candidate a aussi accusé son adversaire de ne pas appliquer la Loi sur la construction des HLM dans la municipalité de Neuilly dont il est le maire. «Quand on est président de la République, on doit montrer l'exemple et appliquer la loi.»
Les candidats ont divergé d'opinion sur la diminution du nombre de fonctionnaires. «Qui peut considérer que, sur cinq millions de fonctionnaires, il n'y a pas moyen de réduire les effectifs?», a demandé Nicolas Sarkozy. Il a attaqué Ségolène Royal sur la semaine de travail de 35 heures qui a, dit-il, freiné la croissance et «détruit l'organisation de l'hôpital». Abordant la question de la délinquance sexuelle, «qui, vous en conviendrez avec moi, n'a rien de génétique», Ségolène Royal a ironisé sur les déclarations de son adversaire, qui avait attribué des causes génétiques à la pédophilie.
La candidate a été nettement plus imprécise sur la question de la dette, prenant simplement l'engagement de s'y attaquer dès que la croissance dépasserait 2,5 %. «Il y a un moyen pour relancer la croissance, c'est de respecter le travail, a déclaré Sarkozy. Pas un seul pays européen qui a presque le plein emploi n'a les 35 heures. [...] Je veux libérer la possibilité de travailler en France.» Selon la candidate, l'élimination des charges sur les heures supplémentaires coûtera cinq milliards d'euros.
Après le vif affrontement sur les handicapés, Nicolas Sarkozy a paru nettement moins serein. La candidate a marqué quelques points sur la démocratisation de l'État et la fin du cumul des mandats qui permet aux hommes politiques français d'être à la fois maires, députés, ministres et présidents de conseil général. «Vous n'êtes pas crédible dans la construction de l'État impartial», a-t-elle déclaré.
À cause du retard, les questions internationales ont tenu peu de place dans le débat. Les candidats se sont surtout affrontés sur l'admission de la Turquie dans l'Union européenne. Nicolas Sarkozy propose qu'elle ne soit pas admise et qu'on le dise immédiatement. Il a conclu en s'engageant à réaliser le plein emploi et à maîtriser l'immigration. Ségolène Royal a invité les électeurs à ne pas craindre d'élire une femme, comme l'ont fait les Allemands. À la fin du débat, les téléspectateurs ont découvert la poignée de main très furtive et même froide que se sont donnée les candidats.
La plupart des observateurs hésitaient hier à désigner un gagnant. Selon l'éditorialiste de L'Express Christophe Barbier, «il y a eu deux gagnants [...], chacun dans son domaine de compétence». La plupart des observateurs ont estimé qu'un débat sans dérapage majeur ne devrait guère modifier radicalement le vote de dimanche prochain.
Correspondant du Devoir à Paris
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

