Le débat Royal-Bayrou énerve Sarkozy
Paris — Alors que Nicolas Sarkozy accuse ses adversaires de trahir l'esprit des institutions de la Ve République, il y a longtemps que l'on n'avait vu en France un débat aussi courtois et détendu. Lorsque la candidate socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou se sont présentés samedi matin dans le grand hôtel Westin, au centre de Paris, candidats et journalistes semblaient ravis que ce débat, deux fois annulé, ait finalement lieu malgré le désistement des grandes chaînes de télévision.
Pendant près de deux heures, la candidate au second tour de l'élection présidentielle et le candidat centriste défait au premier tour ont «dialogué» sur leurs points d'accord et de désaccord. Malgré des divergences sur le rôle de l'État dans l'économie, les deux candidats ont manifesté une entente à peu près complète sur l'importance de réformer les institutions démocratiques françaises et de résoudre la crise des banlieues. Alors que François Bayrou estime que la semaine de travail de 35 heures a été «une mauvaise idée», Ségolène Royal juge que, malgré des ratés, elle fut «un progrès humain considérable». «Vous en revenez trop souvent à l'idée que l'État peut faire les choses à la place de la société», tranche François Bayrou.
Mais sur la nécessité du pluralisme politique et de la démocratisation des institutions, l'accord semblait presque parfait. Même chose sur le «plan Marshall» qui pourrait permettre à la France de mettre un terme à la crise qui ronge ses banlieues pauvres. Le centriste s'est même montré parfois plus à gauche que Ségolène Royal, notamment lorsqu'il a réclamé une hausse plus élevée des petites retraites.
Interrogée sur Canal Plus hier, par un journaliste qui lui demandait si François Bayrou pourrait devenir son premier ministre, la candidate a déclaré: «Je ne m'interdis rien.» Ravie de ce débat qui lui a donné l'occasion de convaincre les centristes sans lesquels elle ne peut penser l'emporter dans six jours, Ségolène Royal a salué «un événement sans précédent qui souligne la modernisation de la vie politique et ce besoin de sortir de l'affrontement bloc contre bloc». Excluant d'emblée l'idée d'un ralliement, elle avait plus tôt évoqué la possibilité de «faire un bout de chemin ensemble».
Même constat du côté du leader centriste qui a occupé le devant de l'actualité toute la semaine malgré sa disqualification au premier tour. «Rien n'est plus nécessaire dans la vie politique française que de faire bouger les lignes, a déclaré François Bayrou. Ce qui est incroyable, c'est que ce débat ait suscité tant de [...] cris d'orfraie.»
Fait inusité, la discussion a déclenché plusieurs éclats de rire spontanés. En particulier lorsqu'un journaliste a évoqué la possibilité que Ségolène Royal et François Bayrou puissent «vivre ensemble»... sous un même parapluie politique. «J'ai eu peur», s'est exclamé Bayrou. «Il s'appelle François, mais n'exagérez rien quand même...», a ajouté Royal dont le conjoint se nomme aussi François (Hollande).
Nicolas Sarkozy — qui, pour la première fois, n'a pas battu le rythme de la campagne — a fustigé un débat «caricatural». «Ce débat a incarné, à mes yeux, le summum de ce que la IVe République avait de plus caricatural», a-t-il déclaré au Journal du dimanche. «Redescendons sur terre! François Bayrou n'a pas été qualifié pour le second tour.» Nicolas Sarkozy, qui s'affiche de plus en plus avec le très centriste ministre Jean-Louis Borloo, a par ailleurs reçu le soutien d'Hervé Morin. Le chef de file des députés UDF emboîte ainsi le pas à une majorité de députés centristes qui se sont ralliés les uns après les autres depuis une semaine, notamment afin de bénéficier d'accords électoraux lors des législatives de juin prochain.
Le dernier sondage réalisé par Le Journal du dimanche place toujours Nicolas Sarkozy en tête, avec 52,5 % des voix. Mais l'écart avec sa rivale semble se resserrer légèrement. Avant le débat, 53 % des électeurs centristes disaient vouloir se reporter sur Ségolène Royal contre 47 % sur Nicolas Sarkozy. En pratique, le résultat de dimanche prochain pourrait dépendre des 38 % de centristes qui se disaient toujours incapable de choisir entre l'un ou l'autre des deux finalistes ou qui pensent s'abstenir. Hier, Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, a ouvertement appelé les centristes à soutenir Ségolène Royal au nom d'«une société du respect et de la fraternité».
Tout le pays attend maintenant impatiemment le débat principal qui aura lieu mercredi entre les deux finalistes. Hier, Nicolas Sarkozy réunissait environ 40 000 personnes au Stade de Bercy où il a dénoncé l'héritage de mai 68 et a appelé les centristes à le suivre. Les vedettes du show-business étaient nombreuses dans la salle, de Christian Clavier à Johnny Hallyday. Mardi, 1er mai, Ségolène Royal devrait en réunir 49 000 au stade de Charléty près de Paris.
Correspondant du Devoir à Paris
Pendant près de deux heures, la candidate au second tour de l'élection présidentielle et le candidat centriste défait au premier tour ont «dialogué» sur leurs points d'accord et de désaccord. Malgré des divergences sur le rôle de l'État dans l'économie, les deux candidats ont manifesté une entente à peu près complète sur l'importance de réformer les institutions démocratiques françaises et de résoudre la crise des banlieues. Alors que François Bayrou estime que la semaine de travail de 35 heures a été «une mauvaise idée», Ségolène Royal juge que, malgré des ratés, elle fut «un progrès humain considérable». «Vous en revenez trop souvent à l'idée que l'État peut faire les choses à la place de la société», tranche François Bayrou.
Mais sur la nécessité du pluralisme politique et de la démocratisation des institutions, l'accord semblait presque parfait. Même chose sur le «plan Marshall» qui pourrait permettre à la France de mettre un terme à la crise qui ronge ses banlieues pauvres. Le centriste s'est même montré parfois plus à gauche que Ségolène Royal, notamment lorsqu'il a réclamé une hausse plus élevée des petites retraites.
Interrogée sur Canal Plus hier, par un journaliste qui lui demandait si François Bayrou pourrait devenir son premier ministre, la candidate a déclaré: «Je ne m'interdis rien.» Ravie de ce débat qui lui a donné l'occasion de convaincre les centristes sans lesquels elle ne peut penser l'emporter dans six jours, Ségolène Royal a salué «un événement sans précédent qui souligne la modernisation de la vie politique et ce besoin de sortir de l'affrontement bloc contre bloc». Excluant d'emblée l'idée d'un ralliement, elle avait plus tôt évoqué la possibilité de «faire un bout de chemin ensemble».
Même constat du côté du leader centriste qui a occupé le devant de l'actualité toute la semaine malgré sa disqualification au premier tour. «Rien n'est plus nécessaire dans la vie politique française que de faire bouger les lignes, a déclaré François Bayrou. Ce qui est incroyable, c'est que ce débat ait suscité tant de [...] cris d'orfraie.»
Fait inusité, la discussion a déclenché plusieurs éclats de rire spontanés. En particulier lorsqu'un journaliste a évoqué la possibilité que Ségolène Royal et François Bayrou puissent «vivre ensemble»... sous un même parapluie politique. «J'ai eu peur», s'est exclamé Bayrou. «Il s'appelle François, mais n'exagérez rien quand même...», a ajouté Royal dont le conjoint se nomme aussi François (Hollande).
Nicolas Sarkozy — qui, pour la première fois, n'a pas battu le rythme de la campagne — a fustigé un débat «caricatural». «Ce débat a incarné, à mes yeux, le summum de ce que la IVe République avait de plus caricatural», a-t-il déclaré au Journal du dimanche. «Redescendons sur terre! François Bayrou n'a pas été qualifié pour le second tour.» Nicolas Sarkozy, qui s'affiche de plus en plus avec le très centriste ministre Jean-Louis Borloo, a par ailleurs reçu le soutien d'Hervé Morin. Le chef de file des députés UDF emboîte ainsi le pas à une majorité de députés centristes qui se sont ralliés les uns après les autres depuis une semaine, notamment afin de bénéficier d'accords électoraux lors des législatives de juin prochain.
Le dernier sondage réalisé par Le Journal du dimanche place toujours Nicolas Sarkozy en tête, avec 52,5 % des voix. Mais l'écart avec sa rivale semble se resserrer légèrement. Avant le débat, 53 % des électeurs centristes disaient vouloir se reporter sur Ségolène Royal contre 47 % sur Nicolas Sarkozy. En pratique, le résultat de dimanche prochain pourrait dépendre des 38 % de centristes qui se disaient toujours incapable de choisir entre l'un ou l'autre des deux finalistes ou qui pensent s'abstenir. Hier, Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, a ouvertement appelé les centristes à soutenir Ségolène Royal au nom d'«une société du respect et de la fraternité».
Tout le pays attend maintenant impatiemment le débat principal qui aura lieu mercredi entre les deux finalistes. Hier, Nicolas Sarkozy réunissait environ 40 000 personnes au Stade de Bercy où il a dénoncé l'héritage de mai 68 et a appelé les centristes à le suivre. Les vedettes du show-business étaient nombreuses dans la salle, de Christian Clavier à Johnny Hallyday. Mardi, 1er mai, Ségolène Royal devrait en réunir 49 000 au stade de Charléty près de Paris.
Correspondant du Devoir à Paris
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