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L'homme qui inquiète

Christian Rioux   21 avril 2007  Europe
Photo : Agence France-Presse
Paris — Petit, l'oeil vif, le geste précis, Nicolas Sarkozy sort du studio de télévision où, avec quelques collègues, nous venons de l'interviewer. En lui serrant la main, nous lui indiquons qu'il ne se dirige pas vers la sortie. Vif comme l'éclair, il vire sur ses talons pour se faire dire qu'il doit rebrousser chemin, direction la maquilleuse. En repassant à nos côtés, il fixe le sol et lâche d'un ton sec: «Je vous l'avais bien dit que c'était par là!»

Si le diable se cache dans les détails, l'anecdote qui s'est déroulée cette semaine dans les studios de TV5 à Paris illustre comment l'ex-ministre de l'Intérieur a le don de se mettre à dos ceux qui lui veulent du bien. On sort d'une entrevue avec le candidat de l'UMP avec l'étrange impression d'avoir été mis

K.-O. par une habile prise de taekwondo. Un collègue qui hésite se fait reprendre sur le ton d'un préfet de discipline. L'homme est d'une habileté sans faille. D'une question sur l'immigration, il fait un long réquisitoire contre la polygamie. D'une autre sur la police de proximité (communautaire), il part dans une dénonciation des émeutes de Los Angeles.

Pendant ce temps, les affiches officielles du candidat qui sont déjà à l'entrée des milliers de bureaux de vote en prévision de demain sont systématiquement vandalisées. Samedi dernier, sur le pavé parisien, on pouvait lire les inscriptions «Sarkozy = danger». Toute la semaine, le numéro spécial du magazine Marianne intitulé «Le vrai Sarkozy» — une charge unilatérale contre un candidat qualifié d'«apprenti dictateur» — s'est écoulé à plus de 300 000 exemplaires. Bref, le favori des sondages déclenche tellement les passions que le second tour de l'élection s'annonce déjà comme un référendum pour ou contre sa personne.

«Nicolas Sarkozy a toujours eu le don d'exacerber les tensions», dit William Emmanuel, auteur du livre Nicolas Sarkozy - La fringale du pouvoir (Flammarion). «Avec lui, ça passe ou ça casse. Il a une personnalité abrasive. Chaque fois qu'il se trompe, il refuse de revenir en arrière. Sa politique, c'est: "Vous êtes avec ou contre moi"!»

Au début de la campagne, Nicolas Sarkozy avait justement tenté de gommer ce côté anxiogène. Le 14 janvier, à la porte de Versailles, il lançait sa campagne en citant Jean Jaurès et en s'écriant: «J'ai changé!» Il s'agissait de recentrer son discours, de projeter une image plus consensuelle et de faire oublier ses aspects les plus controversés. Deux mois plus tard, il est revenu à son point de départ. «Il s'est rendu compte dans les dernières semaines que, pour assurer ses positions, il devait aller chercher les électeurs du Front national et droitiser son discours, dit William Emmanuel. Le résultat, c'est qu'on ne sait plus trop où il se situe ni ce qu'il pense.»

Sur l'entrefaites, Nicolas Sarkozy a trouvé le moyen de se brouiller avec presque tout le monde en affirmant, dans une discussion avec le philosophe Michel Onfray, que la pédophilie et le suicide ont des origines génétiques. Même l'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, généralement réservé, a critiqué publiquement ses propos. Alors qu'il avait tout fait pour soigner ses relations avec la chancelière Angela Merkel, le voilà qui affirme que «la France n'a pas à rougir de son histoire, elle n'a pas commis de génocide, elle n'a pas inventé la solution finale». Ces propos ont été reçus froidement outre-Rhin, où on sait que la France fut la dernière à reconnaître les torts du régime de Vichy.

«À cause de ce va-et-vient, on ne sait plus très bien ce que pense Nicolas Sarkozy sur l'économie et la politique internationale, dit William Emmanuel. Sur l'économie, il a toujours été libéral. Le voilà qui critique la Banque centrale européenne et l'Europe. Lors de sa visite à Washington, il s'affichait proche de George W. Bush. Maintenant, il reprend la politique de Chirac.»

Même le magazine britannique The Economist, dont la page éditoriale appelle à voter pour lui, se demande si le candidat est toujours «cohérent» avec l'homme politique d'hier. «Est-ce bien le même qui multiplie les promesses électorales, décrédibilisant son objectif de baisser les prélèvements obligatoires?, se demande la correspondante parisienne Sophie Pedder. Pourquoi le candidat a-t-il escamoté sa proposition de discrimination positive, tout en abandonnant sa politique équilibrée entre justice et fermeté, à propos de l'immigration et de l'intégration?»

On a peine à se souvenir que Nicolas Sarkozy a déjà encouragé la promotion des jeunes Maghrébins et même demandé à l'État d'aider à la construction de mosquées. The Economist s'inquiète d'autant plus que la droite française a souvent été moins libérale que la gauche. Selon le directeur du Monde, Jean-Marie Colombani, le chef de l'UMP serait redevenu «classiquement colbertiste».

«Son échec dans cette campagne, c'est qu'on ne sait plus quel est son programme, confirme le sociologue Patrick Weil. Son modèle, c'est Napoléon sans la grandeur, Napoléon le petit qui dit: "Donnez-moi le pouvoir et je déciderai plus tard ce que j'en ferai."» Pour Weil, s'il est élu, Nicolas Sarkozy aurait tous les pouvoirs, une situation inédite puisque ses prédécesseurs ont tous dû composer avec l'opposition du Sénat, un rival potentiel ou des élections législatives en cours de mandat.

Selon le politologue le plus réputé de France, Alain Duhamel, Sarkozy «aurait pu exprimer ses choix avec modération, en nuances, façon Balladur. Il a préféré, non seulement pour attirer une fraction de l'électorat du Front national mais aussi par tempérament personnel, aiguiser les angles, durcir les mots, provoquer, déranger, assumer, bousculer et contraindre, au risque de susciter un cartel des "non" au sarkozysme».

Même le plus modéré des socialistes, Michel Rocard, juge aujourd'hui que «la brutalité de cet homme et son goût de montrer une police qui cogne ont déjà suffi une fois à mettre le feu à nos banlieues. Je crains beaucoup qu'avec lui, cela ne se renouvelle». Selon les instituts de sondage, Sarkozy serait parvenu à ravir le quart des électeurs du Front national. La réplique ne s'est pas fait attendre. Après avoir d'abord jugé que Sarkozy était un interlocuteur respectable, Jean-Marie Le Pen l'accuse maintenant de ne pas pouvoir représenter la France parce qu'il n'a qu'un seul grand-père d'origine française.

Dans cette campagne erratique, une seule chose est certaine: c'est Nicolas Sarkozy qui a défini les thèmes et le rythme de la campagne. Au cours des dernières semaines, il a vu se rallier à lui tous les anciens chiraquiens les uns après les autres. Mais il s'agit de ralliements sans conviction, précise William Emmanuel. «En réalité, les chiraquiens ont toujours estimé, comme l'a dit Jacques Chirac, que le pire ennemi de Nicolas Sarkozy, c'était... Nicolas Sarkozy. Le président n'avait-il pas prédit qu'il exploserait en plein vol? Nombreux sont ceux qui attendent patiemment l'événement.»

Contrairement à Jacques Chirac, qui ralliait largement autour de lui, Nicolas Sarkozy travaille avec une équipe très restreinte. Parmi les fidèles de la première heure, on ne lui connaît pratiquement que l'ancien ministre Patrick Devedjian, Brice Hortefeux, ami personnel et témoin à son mariage, ainsi que le député Christian Estrosi. Même François Filion, que tous voient déjà à Matignon, est un rallié de fraîche date.

«Nicolas Sarkozy a toujours eu des problèmes avec son caractère, dit William Emmanuel. C'était encore pire en 1995. Il peut exploser pour un rien.» Chacun a en mémoire ces images récentes de France 3 où, après une entrevue plutôt calme, il a explosé devant les caméras hors micro, s'engueulant avec les animateurs pendant que défilait le générique. Plus tôt, il avait menacé de congédier la direction de la chaîne.

Selon Max Gallo, un ancien socialiste devenu sarkozyste, le candidat est aujourd'hui la cible d'une «dérive haineuse». À ces critiques, Nicolas Sarkozy répliquait hier dans Le Parisien en réaffirmant son souhait de rompre avec «la pensée unique». Le discours séduit visiblement une grande partie des Français. Au quartier général du candidat, rue d'Enghien, à Paris, où défilent tous les nouveaux barons de l'UMP, on a déjà élaboré des scénarios de conseil des ministres. Convaincus que leur candidat se classera facilement au premier tour, les militants sont déjà dans le second. Un second tour qui sera en réalité un référendum pour ou contre Nicolas Sarkozy.

Correspondant du Devoir à Paris






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  • Claude Stordeur
    Abonné
    vendredi 20 avril 2007 23h47
    Bush en français
    « Il est a ce point arrogant qu'il fera tout pour avoir le pouvoir, comme Bush avec sa première élection gagnée par la mise en tutelle de la court suprême des USA qui a permit de ne pas compter plus de 40 000 votes noires de Floride, qu'on savait anti-bush. »

  • Françoise Cécilia
    Abonnée
    samedi 21 avril 2007 06h08
    Vous aussi !
    « Vous aussi, vous vous y mettez !
    Depuis 3 mois, M.Sarkosy n'a été qu'insulté !
    Continuez..... cela ne peut être que bon pour lui.....Mme Cécilia »

  • Pierre Henri
    Abonné
    samedi 21 avril 2007 06h50
    Comment et pourquoi....
    « ...un homme comme lui peut-t-il se retrouver favori dans les sondages pour accéder à la tête d'une nation, puissance mondiale ?

    Comment et pourquoi Napoléon, Hitler, Bush et des dizaines d'autres partout dans autant de sociétés démocratiques, se sont retrouvés favoris à la direction de ces mêmes sociétés ?

    En France, il est possible que Ségolène Royal à l'issue d'un deuxième tour, se retrouve Présidente bien que le mandat la dépasse de façon évidente.

    Le processus d'élection des chefs d'états et de partis politiques n'est pas suffisamment étanche, les filtres sont saturés,. les électeurs sont mêlés. Les prévisions des sondages prennent le dessus sur la stricte réalité des choses. »

  • Nathaly Isabelle
    Abonné
    samedi 21 avril 2007 07h02
    La complexité de la France
    « En faisant le portrait de Nicolas Sarkozy, Christian Rioux a fort bien démontré toute la complexité du paysage politique français, constamment tiraillé entre la gauche et la droite.
    Et pourtant, il faut avoir avoir vécu en France pour s'apercevoir que les moins bons boulots sont constamment occupés par ceux qui n'ont pas toujours eu «la chance» (comme si c'était une tare) de ne pas avoir «qu'un seul grand-père d'origine française» comme dirait l'exécrable Jean-Marie Le Pen.
    Dans le vaste échiquier européen, cette grande France que le Québec devrait davantage admirer (c'est elle qui reconnaitra en premier un jour notre indépendance si nous avons, bien sûr, le courage de la liberté) doit montrer que la gauche est encore et toujours un phare dans la nuit capitaliste, au moment où seuls les États-Unis semblent être les gendarmes de la Terre avec les heurts que nous connaissons actuellement en particulier au Moyen-Orient.

    André Magny »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 08h33
    À ne pas élire!
    « Un homme dangereux, à ne pas élire. Un caractériel, je crois. Alors tout a été dit. À la démocratie maintenant de jouer. »

  • walter lesauer
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 11h36
    La démocratie ne se réduit pas au pour et contre.
    « Une campagne peut-elle se réduire à être pour ou contre un individu ? Quels que soient les défauts de Sarkozy, il faut admettre que ses adversaires n'ont omis aucune transgression à la vérité des faits. Le terme "racaille" a été détourné de son sens (les vandales qui cassent, dealent et pratiquent les tournantes) pour finir par déterminer les jeunes de banlieue.... ce que NS n'a jamais dit. Dans son interview sur l'inné et l'acquis, il n'est pas péremptoire, il n'émet aucune certitude. Par contre, lorsque le Kahn lui répond que c'est vide de sens, il affirme en même temps qu'il y a une part de génétique non déterminable... Or, il est évident que si nous pouvons naître égaux en droit (? parfois et pas partout), nous ne naissons pas égaux génétiquement...
    Certes, NS est peu diplomate et aime la provocation mais il a le mérite, à une époque lisse, lénifiante et superficielle, de dire ce qu'il pense...
    Demain, les Français choisiront sur des clips, sur des professions de foi légères (et mensongères ?) et sur l'idée qu'ils ont de leur pays.
    Croire que la gauche est morale ? une absurdité. Que retient-on de Mitterand : la pyramide du Louvre, l'opéra Bastille ou la grande bibliothèque.... on se fout royalement des pauvres qui ont continué à zoner à l'abri des bien pensants. On oublie la duplicité de cet homme, résistant opportuniste après un passage à Vichy... Ségolène Royal se réclame de cet homme.
    Belge profondément attaché à la France, pays de ma grand-mère, j'espère qu'au-delà des mensonges et des injures, ce beau pays élira un président à sa juste mesure.
    Quant à mes amis Québécois dont je suis l'actualité souvent avec ferveur, il ne peut y avoir d'avenir du français et de l'héritage des lumières que par un pays distinct. »

  • Pierre Audhramn
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 15h30
    Dommage ...
    « Ces attaques contre Nicolas Sarkozy sont dignes des pires campagnes de dénigrement menées par l'extrême-droite dans les années 30. Traiter son adversaire de psychopathe, il faut quand même être tomber assez bas pour n'avoir plus que ceci à lui opposer ! Et c'est quelqu'un qui vient de voter Bayrou qui parle !!! Cette campagne s'achève bien mal. Après la faillite des idées, voici que la gauche rend évidente sa faillite morale. »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 21 avril 2007 20h12
    Gallo: un farceur!
    « Gallo est un farceur. Il n'a aucune crédibilité. Voici ce qu'écrit Serge Thion à son sujet:


    http://www.vho.org/aaargh/fran/histo/STasb/STasb33.html#anchor523176
    C'est autour de l'affaire Martin Gray que nos relations épistolaires, fort épuisées déjà, allaient s'achever. Le film tiré de l'ouvrage de Martin Graywesky, le véritable nom de M. Gray, d'après le Monde, allait sortir. Le Figaro, par la plume de Brigitte Friang ("Parlez, monsieur le Porte-parole", 9 novembre 1983) et le Monde, par celle de Jean-Marc Théolleyre ("Roman et brouillard", 27-28 novembre 1983), reprenaient les graves accusations lancées à la sortie du livre par la presse anglo-saxonne, légèrement moins naive que la nôtre. Le Monde publiait dans cet article une lettre de Vidal-Naquet, et la réponse de Max Gallo. Je donne ici la lettre de Vidal-Naquet, à la suite de laquelle je suis intervenu deux fois dans des conditions que le texte explique:

    Il y a quelques années, M. Max Gallo a réécrit (en franglais rewrité) un pseudo-témoignage de M. Martin Gray, qui, exploitant un drame familial, a inventé de toutes pièces un séjour dans un camp d'extermination où il n'a jamais mis les pieds. Dans le Sunday Times, il y a déjà plusieurs années, la journaliste anglaise Gitta Sereny avait démasqué cette imposture, qui fut publiée sous ce titre menteur: Au nom de tous les miens, en mettant en cause personnellement M. Max Gallo. Celui-ci aurait-il voulu rendre service à l'abjecte petite bande de ceux qui nient le grand massacre et qui se sont naturellement rués sur cette trop belle occasion, qu'il n'aurait pas agi autrement.
    ------- »

  • lherbier christophe
    Inscrit
    dimanche 22 avril 2007 11h28
    des idées?
    « je viens de voter. je vote pour des idées, pas pour l'image que l'on m'impose d'un candidat. S'il fallait voter en fonction de la sympathie qu'ils inspirent, Arlette Laguiller aurait ma voix et vous chers canadiens ma demande d'émigration.
    Vive la France libre de voter pour des idées... »

  • gerard delestienne
    Inscrit
    mardi 24 avril 2007 04h33
    WHF World Human Facilities et Nicolas Sarkozy ?
    « Interroge sur le programme WHF World Human Facilities qui a ete signe par tous les pays au niveau mondial et qui donc va se mettre en place en France comme dans tous les autres pays le 1er Juin 2007.
    Nicolas Sarkozy a indique qu'il n'avait pas encore decide, malgre le fait qu'il reconnaissait que ce programme etait le solution aux problemes de l'immigration forcee, de la surproduction, de la pauvrete, du developpement durable.
    Pour les personnes qui ne sont pas encore au courant de ce programme nous vous en donnons la teneur :
    A DIFFUSER A TOUS ET A TOUTES ET TRADUIRE EVENTUELLEMENT :
    WORLD HUMAN FACILITIES - WHF
    Private Budget pour tout le monde
    et Vous aussi!
    Solution Socio-economique pour toutes les populations dans le monde, sans condition, sans discrimination
    1000,- Euros par mois/par personne
    Toute la vie a partir du 1er Juin 2007
    (non imposable - non declarable)
    Demander votre private Budget a Vos Gouvernements et institution Financiere : Europe, Afrique, Moyen-Orient, Ameriques, Asie, Pacifique, Australie, tous signataires du programme WHF

    World Human Facilities - WHF
    Private Budget fr everybody,
    You Too !
    Socio-economic solution for everybody in the World, without condition or discrimination !
    1000,- Euros Per month/per person
    During the life, since 1st June 2007
    (tax free - no declaration)
    Ask your private budget from Your government and Financial Insitution

    Alors Nicolas Sarkozy pour ou contre WHF pour les Francais? »

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