Russie - Manifestation hostile au Kremlin, prise 2
16 avril 2007
Europe
Moscou — Samedi, à Moscou, puis hier, à Saint-Pétersbourg, les manifestants anti-Poutine n'étaient que quelques milliers, mais ils ont suffi à faire une démonstration très impressionnante du caractère policier du régime russe. «Regardez, on ne peut même plus exprimer librement son opinion en Russie», s'indignaient trois jeunes étudiants venus manifester sur la place Pouchkine au centre de Moscou, armés d'un exemplaire de la constitution russe. «Article 31, lisaient-ils. Les citoyens ont le droit de se rassembler pacifiquement!»
Pas moins de 9000 policiers et soldats, harnachés comme des tortues Ninja, ont bouclé le centre de Moscou, samedi midi, puis celui de Saint-Pétersbourg, hier, pour contenir des marches de l'opposition au centre des deux plus grandes villes russes.
Hier, à Saint-Pétersbourg, les policiers ont bastonné la foule et fait plusieurs blessés, sans raison apparente. Un leader de l'Autre Russie, l'écrivain Édouard Limonov, 64 ans, a été interpellé avec huit autres personnes au domicile d'un des sympathisants du mouvement.
Ce dernier a été convoqué pour une audience au tribunal le 26 avril. «On lui reproche d'avoir violé deux articles [de la loi sur les manifestations] dont l'un peut lui valoir jusqu'à 15 jours de prison», a déclaré son porte-parole Alexandre Avérine à l'AFP.
Samedi, l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov, un des dirigeants de L'Autre Russie avec Édouard Limonov, avait été interpellé à Moscou puis relâché dans la soirée. Retenu pendant six heures, il a été condamné à une amende de 30 euros pour participation à une manifestation non autorisée.
Hier, il était de retour au front, multipliant les entrevues. «Ces deux derniers jours ont montré que le régime de Poutine n'accorde plus d'attention à la légalité et s'en remet à la force brutale», a déclaré l'ancien champion d'échecs, devenu une des figures de l'opposition, sur la chaîne de télévision américaine CNN.
Les centaines de jeunes interpellés ce week-end à Moscou et à Saint-Pétersbourg encourent, de même, des amendes ou un «avertissement». Ils ont tous été fichés. À Moscou, samedi midi, le McDonald's de la place Pouchkine n'était plus peuplé que de policiers, se réchauffant après des heures de piétinement au centre-ville. Dans le métro, les policiers étaient postés par deux devant chaque pilier, comme si ceux-ci s'apprêtaient aussi à aller manifester contre Poutine.
«Le pouvoir n'a pas seulement peur. Il est hystérique. En pleine panique», observait hier le journaliste libéral Andreï Kolesnikov pour expliquer cette disproportion totale entre le petit nombre d'opposants descendus dans la rue et la réaction des autorités. La répression semble d'autant plus démesurée qu'une infime partie de la population russe se dit prête aujourd'hui à manifester contre Poutine. Le président, qui a rétabli la «stabilité» et permis une forte croissance économique ces dernières années, reste très populaire.
Grâce au cerveau de Garry Kasparov, l'opposition au régime Poutine a pourtant fait preuve ces derniers mois d'une nouvelle intelligence tactique qui peut expliquer la nervosité du Kremlin. Sous la bannière de l'Autre Russie, cette opposition rassemble des esprits très différents, qui vont des libéraux jusqu'aux jeunes «nationaux-bolcheviques», dont on ne peut dire s'ils sont d'extrême droite ou d'extrême gauche.
En baptisant ces manifestations «marches de ceux qui ne sont pas d'accord», l'Autre Russie peut attirer aussi bien des jeunes étudiants excédés par la corruption dans les universités que des retraités réduits à des pensions misérables, de moins de 100 euros par mois. Si ces marches étaient libres de s'exprimer au centre des grandes villes, elles pourraient bien faire «boule de neige», redoute le Kremlin. «Les enquêtes sociologiques montrent que la majorité de la population, sans participer aux actions de protestation, a de la sympathie pour ces actions», rappelle le journaliste Andreï Kolesnikov.
À moins d'un an, maintenant, du départ de Vladimir Poutine, qui a promis de quitter le Kremlin en mars 2008, les batailles en cours pour la succession pourraient aussi venir grossir les rangs de l'opposition, mise Garry Kasparov: «Si nous arrivons à garder l'Autre Russie unie pour six mois encore, il y aura de plus en plus de perdants des batailles actuelles au Kremlin qui pourraient se rallier», espère l'ancien champion d'échecs. À force de policiers et de fourgons d'interpellés, Vladimir Poutine a en tout cas donné l'impression, ce week-end, de n'être plus très sûr de la solidité de son régime.
***
Avec l'Agence France-Presse
Pas moins de 9000 policiers et soldats, harnachés comme des tortues Ninja, ont bouclé le centre de Moscou, samedi midi, puis celui de Saint-Pétersbourg, hier, pour contenir des marches de l'opposition au centre des deux plus grandes villes russes.
Hier, à Saint-Pétersbourg, les policiers ont bastonné la foule et fait plusieurs blessés, sans raison apparente. Un leader de l'Autre Russie, l'écrivain Édouard Limonov, 64 ans, a été interpellé avec huit autres personnes au domicile d'un des sympathisants du mouvement.
Ce dernier a été convoqué pour une audience au tribunal le 26 avril. «On lui reproche d'avoir violé deux articles [de la loi sur les manifestations] dont l'un peut lui valoir jusqu'à 15 jours de prison», a déclaré son porte-parole Alexandre Avérine à l'AFP.
Samedi, l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov, un des dirigeants de L'Autre Russie avec Édouard Limonov, avait été interpellé à Moscou puis relâché dans la soirée. Retenu pendant six heures, il a été condamné à une amende de 30 euros pour participation à une manifestation non autorisée.
Hier, il était de retour au front, multipliant les entrevues. «Ces deux derniers jours ont montré que le régime de Poutine n'accorde plus d'attention à la légalité et s'en remet à la force brutale», a déclaré l'ancien champion d'échecs, devenu une des figures de l'opposition, sur la chaîne de télévision américaine CNN.
Les centaines de jeunes interpellés ce week-end à Moscou et à Saint-Pétersbourg encourent, de même, des amendes ou un «avertissement». Ils ont tous été fichés. À Moscou, samedi midi, le McDonald's de la place Pouchkine n'était plus peuplé que de policiers, se réchauffant après des heures de piétinement au centre-ville. Dans le métro, les policiers étaient postés par deux devant chaque pilier, comme si ceux-ci s'apprêtaient aussi à aller manifester contre Poutine.
«Le pouvoir n'a pas seulement peur. Il est hystérique. En pleine panique», observait hier le journaliste libéral Andreï Kolesnikov pour expliquer cette disproportion totale entre le petit nombre d'opposants descendus dans la rue et la réaction des autorités. La répression semble d'autant plus démesurée qu'une infime partie de la population russe se dit prête aujourd'hui à manifester contre Poutine. Le président, qui a rétabli la «stabilité» et permis une forte croissance économique ces dernières années, reste très populaire.
Grâce au cerveau de Garry Kasparov, l'opposition au régime Poutine a pourtant fait preuve ces derniers mois d'une nouvelle intelligence tactique qui peut expliquer la nervosité du Kremlin. Sous la bannière de l'Autre Russie, cette opposition rassemble des esprits très différents, qui vont des libéraux jusqu'aux jeunes «nationaux-bolcheviques», dont on ne peut dire s'ils sont d'extrême droite ou d'extrême gauche.
En baptisant ces manifestations «marches de ceux qui ne sont pas d'accord», l'Autre Russie peut attirer aussi bien des jeunes étudiants excédés par la corruption dans les universités que des retraités réduits à des pensions misérables, de moins de 100 euros par mois. Si ces marches étaient libres de s'exprimer au centre des grandes villes, elles pourraient bien faire «boule de neige», redoute le Kremlin. «Les enquêtes sociologiques montrent que la majorité de la population, sans participer aux actions de protestation, a de la sympathie pour ces actions», rappelle le journaliste Andreï Kolesnikov.
À moins d'un an, maintenant, du départ de Vladimir Poutine, qui a promis de quitter le Kremlin en mars 2008, les batailles en cours pour la succession pourraient aussi venir grossir les rangs de l'opposition, mise Garry Kasparov: «Si nous arrivons à garder l'Autre Russie unie pour six mois encore, il y aura de plus en plus de perdants des batailles actuelles au Kremlin qui pourraient se rallier», espère l'ancien champion d'échecs. À force de policiers et de fourgons d'interpellés, Vladimir Poutine a en tout cas donné l'impression, ce week-end, de n'être plus très sûr de la solidité de son régime.
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Avec l'Agence France-Presse
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