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De Ségo à Sarko, les Français du Québec aux urnes

François Lubrina a inauguré hier le local montréalais de la campagne de Sarkozy.
Photo : Jacques Nadeau
François Lubrina a inauguré hier le local montréalais de la campagne de Sarkozy.
Après Charest, Boisclair et Dumont, au tour de Ségo, Sarko et Bayrou. Les Français installés au Québec pourront bientôt cocher de nouvelles cases électorales, autrement importantes pour eux: celles qui détermineront l'identité du prochain président de la République. Et tout indique qu'ils seront plus nombreux que jamais à participer au processus. Qu'on l'explique par l'envie de ne pas revivre le cataclysme de 2002 — quand Jean-Marie Le Pen s'était hissé au second tour de la présidentielle —, par l'augmentation du nombre de Français qui s'installent à l'étranger, par la simplification des formalités d'inscription ou simplement par l'intérêt général qui est porté à l'actuelle campagne électorale française, le résultat est le même: le nombre de Français vivant à l'étranger et inscrits sur les listes électorales a carrément doublé depuis 2002.

À travers la planète, plus de 941 000 Français se sont en effet inscrits pour le vote cette année. L'augmentation est majeure partout. En Angleterre, la communauté française intéressée à voter est ainsi passée de 13 000 électeurs à 52 000. Au Québec, le bond est aussi spectaculaire, avec un saut de 12 000 inscrits à quelque 40 000. «C'est énorme, dit-on au consulat montréalais. Montréal est la plus importante communauté française hors Europe, et on voit cette année un intérêt inédit pour les élections.»

«En 2002, plusieurs personnes se sont présentées pour voter au deuxième tour sans être inscrites et n'ont donc pas pu voter», rappelle François Lubrina, représentant québécois de l'Assemblée des Français de l'étranger, et partisan de Nicolas Sarkozy. Selon lui, le «tsunami politique» alors ressenti a fait prendre conscience aux Français de l'extérieur de l'importance de voter. «Surtout que cette année, l'élection marque un tournant: la politique française sera très différente de ce qu'on avait vu.»

On remarque la même chose au comité de soutien de la candidate socialiste, Ségolène Royal. «Autant dans nos contacts directs que par l'intermédiaire du "web", nous constatons qu'il y a un grand intérêt pour cette élection, note Fouzia Benyoub, chargée de la communication avec les médias au PS. «Il y en a qui craignent un 21 avril bis», dit-elle en référence à l'élection de 2002.

L'intérêt de la campagne hexagonale commence donc à se refléter sur le terrain québécois. Entre les débats prévus (il en reste un le 15 avril à la Mutualité française) et d'autres activités de mobilisation, des équipes soutenant les trois principaux candidats en lice sont à pied d'oeuvre pour faire sortir le vote.

Hier, les partisans du candidat de la droite Nicolas Sarkozy (UMP — Union pour un mouvement populaire) ont inauguré leur «local» électoral, rue Van Horne dans Outremont. C'est une première au Québec pour un parti français. D'ailleurs, plusieurs se demandaient hier si le local respecte ou non la loi française, qui proscrit «toute propagande électorale à l'étranger». Il s'agit en tous cas d'un petit bureau où des affiches de Sarkozy cachent les tablettes où l'on vend normalement du matériel informatique. «Nicolas, j'y crois», lit-on sur les murs, alors que des chandails blancs clament qu'«ensemble, tout devient possible».

«Il y a deux enjeux pour nous, a indiqué François Lubrina aux médias, hier. L'élection de Nicolas Sarkozy, bien sûr, mais aussi de faire en sorte que la participation électorale soit bonne, peu importe que les gens votent à gauche ou à droite.» M. Lubrina refuse l'argumentaire de certains expatriés qui ne veulent pas s'immiscer dans un processus électoral qui ne les concerne plus au premier plan. «Si les Français de l'étranger ne votent pas, la France va cesser de s'intéresser à eux», dit-il.

La campagne montréalaise pro-Sarko se fera discrètement: pas de pancartes ni de tracts. Pour convaincre les électeurs, on mise sur la discussion, les débats et sur le pouvoir d'attrait des propositions de Sarkozy pour les Français qui vivent à l'étranger (notamment en ce qui a trait à la scolarité dans les lycées et à l'augmentation des bourses pour les Français qui les fréquentent). Pour Aurélia, une jeune sympathisante rencontrée sur place, le soutien à Sarkozy va de soi. «Il est le seul à proposer des mesures concrètes pour que tout redevienne possible», dit l'étudiante aux HEC.

Entre autres activités, les pro-Sarko tiendront un rassemblement partisan le 16 avril à l'Union française. Ce sera quatre jours après celui des socialistes, prévu jeudi à l'Union française. On y présentera alors «le programme pour les Français à l'étranger, la politique étrangère de Ségolène Royal et son pacte présidentiel», annonce la section montréalaise du PS.

Plutôt qu'un local — qu'ils estiment illégal —, les socialistes misent quant à eux sur le réseau Internet pour faire connaître Mme Royal. Selon Fouzia Benyoub, «des tracts seront distribués tous les jours dans certaines stations de métro, des cafés, des marchés. Mais c'est surtout par Internet que nous rejoignons les gens. De toute façon, une permanence coûte cher et nous n'avions pas Alain Juppé avec nous l'an dernier pour aider...»

Pour sa part, l'UDF (Union pour la démocratie française) du candidat centriste François Bayrou compte principalement sur un blogue pour faire connaître M. Bayrou. Pas de bureau là non plus, ni de tracts. Cette semaine, le sénateur Joseph Kergueris avait toutefois été délégué pour faire une tournée de conférences à Montréal.

Ainsi, pour ce politicien centriste, la montée en popularité du candidat François Bayrou «veut dire quelque chose». «Il y a cinq ans, on a fait 6 %, puis environ 10 % aux régionales de 2004. Passer ensuite à 20 % signifie quelque chose. On est réellement les "challengers"», a-t-il dit au cours d'une rencontre avec des journalistes.

«L'opinion des Français de l'étranger est très importante à cause du "Net"», a exprimé M. Kergueris. Selon lui, les expatriés comprennent mieux les contraintes imposées par la mondialisation parce qu'ils les vivent plus directement. Ils seraient ainsi moins portés vers l'inertie ou l'immobilisme que leurs compatriotes.

«Chaque fois qu'on a tenté une réforme de fond, ou bien elle a été acceptée parce qu'on s'est arrêté en cours de route (comme pour la réforme des retraites) ou bien elle été dissoute dans la rue. Que signifie un pays où la majorité qui fait les lois est défaite par la rue? C'est un pays où on ne se parle plus. [...] On voit Royal et Sarkozy qui s'invectivent. Dresser les uns contre les autres, est-ce ça la politique? Est-ce qu'on n'a pas le droit de dire le contraire?»

Les électeurs franco-québécois exprimeront-ils ce contraire? Chose sûre, ils ont comme ailleurs dans le monde de bonnes chances de voter différemment du reste de la France. Le journal Le Monde notait d'ailleurs cette semaine que le vote des expatriés est quelque peu atypique. «Lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2002, [...] cet électorat s'était laissé beaucoup moins entraîner dans l'éclatement des suffrages observé en France. Le président Chirac avait obtenu 30,54 %, Lionel Jospin 22,75 % et Jean-Marie Le Pen 6,49 %», pouvait-on lire.

À Montréal, 35 % des inscrits étaient venus voter en 2002. Les résultats avaient donné Lionel Jospin (PS) gagnant au premier tour (30 %), contre 23 % pour Jacques Chirac. Au second tour, Jacques Chirac avait balayé M. Le Pen en récoltant plus de 86 % des suffrages.

Cette année, les élections auront lieu les 21 avril et 5 mai prochains, soit 24 heures avant le vote en France.






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  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 7 avril 2007 08h18
    6,49% pour Le Pen!!!
    « Ca veut dire qu'un Français sur 16 au Québec est d'extrême-droite!

    Comme ils sont plus de 100,000 ca veut dire qu'il y a 6000 Francais qui partagent les vues de Le Pen sur l'immigration? Que font-ils ici? »

  • marcel leblanc
    Inscrit
    dimanche 8 avril 2007 23h10
    Attendez de voir le chiffre que va faire "Sarko" ;-)
    « Hum oui les chiffres parlent... Mais ... attendez, de quoi au fait parlons nous ???
    Ha oui, 6.49% soit approximativement 6000 Français (selon votre calcul) qui "partageraient" les visées de LePen.
    Hahem, cela me semble pas mal réducteur de se demander ce "qu'ils" font ici, ces fameux Français, non ?
    Quelques hypothèses :
    Et... si ils étaient justement là parce que la politique Française d'intégration de l'immigration est un échec total ... histoire de voir l'herbe plus verte ailleurs ... Peut-être, oserais-je, ils sont là, ou cela fonctionne pas si mal (malgré les "accomodements" parfois déraisonnables ! ).
    Et... si ils voulaient justement que ça change de l'autre côté de l'océan ... parce que à chaque retour "au pays", c'est impressionnant de voir cette désintégration de l'identité Française et surtout l'immobilisme politique de gauche comme de droite qui laisse aller !
    Et... si... etc ...
    En quoi pouvez vous donc assimiler ce "vote" comme incompatible avec une présence hors métropole ???
    J'aimerais bien comprendre ! »

  • oneil bouchard
    Inscrit
    lundi 9 avril 2007 11h37
    de la représentation électorale
    « Je rêve du jour ou il sera interdit de faire de la représentation trompeuse à un électeur, comme cela est interdit et sévèrement réprimé dans le domaine des produits et des services que ce soit pour des biscuits à chiens ou pour des cours de développement personnel.

    Dans la loi de protection du consommateur, un représentation trompeuse consiste en "toute affirmation omission ou comportement de nature à induire le consommateur en erreur au sujet d'une caractéristique importante du produit.

    Serait-il opportun de prévoir dans la réforme du mode de scrutin un comité sénatorial de sages, relevant ou non du Directeur général des élections, qui aurait le pouvoir d'avertir un candidat qui induit gravement les électeurs en erreur au sujet de sa propre plate-forme et de le disqualifier à la première récidive formelle démontrée. Les électeurs perdraient alors leur cynisme et gagneraient d'excellents candidats qui sont d'habitude floués par les discours à double sens subis en campagne électorale.

    Le journalisme jusqu'à maintenant a-t-il su élargir son regard à cet aspect capital des choses électorales? S'est-il contenté, en désespoir de cause, de prendre position sans dire le pourquoi vraiment ou de se taire en espérant que des individus s'exposent seuls à la hargne populaire ou à la vindicte d'opposants au verbe musclé lorsqu'ils dénoncent des praxis équivoques ou ambivalentes qui rapportent gros face à un électorat plus candide et naïf que ses chefs.

    En attendant, quoi faire d'autre que de s'informer et réfléchir aux propositions de candidats contradictoires qui s'amusent à mélanger les catégories et les genres afin de tourner la tête des électeurs. Cela suffit pour ne pas voter pour eux. Suis-je à ce point candide que de souhaiter que nous améliorions nos moeurs électorales? Certains real politik vont rétorquer en riant que c'est justement cela la politique... Bonjour à eux aussi. Je les invite à regarder l'état de la situation planétaire qui se dégrade de jour en jour et qui est appel urgent à la conscience humaine.

    Oneil Bouchard »

  • Christian Tallon
    Inscrit
    mercredi 11 avril 2007 15h47
    Les français intelligents quittent le navire qui coule
    « Quand un bâteau sombre, les plus proches de l'eau partent en premier. Il n'y a pas d'autre explication à cette fuite des français hors de leur pays.
    "La France est un pays mort". J'ai entendu ça au moins une dizaine de fois de la bouche de français à l'étranger. Qui dirait "la Canada est un pays mort" ? Les japonais parlent de "l'agonie de la France" ce qui est un par contre un peu exagéré. Plutôt une pétrification.

    La France est devenue une gigantesque maison de retraite (mais les vieux y sont stigmatisés) + des ghetos ethniques à l'américaine dans certains quartiers + une élite méprisante, arrogante et corrompue + des entreprises transnationales qui jouent avec 60 types de contrats pour presser le citron de l'employé et jetter les employés hors d'usage qui finissent en fin de compte SDF (sans domicile fixe) et assistés + des paysans à qui on enlève toute dignité en en faisant des jardinier du paysage en remplissant des formulaires administratifs bruxellois. Tout ce système est bien rodé !

    Il ne manquait plus que les propos à connotation eugéniste rigoureusement innadmissibles à l'intérieur de la France d'un des candidats pour persuader ceux qui en ont la possibilité que le bâteau France est vermoulu jusqu'au coeur.

    Après Napoléon le Grand, Napoléon le petit, aura-t-on droit à Napoléon le nabot ? On a que ce qu'on mérite enfin ! Ce sont les français qui ont donné congé à de Gaulle, personne d'autre. La lucidité du Général en 1967 est avec le recul fantastique. Tous ses ministres le traitaient de sénile. "et tout ce que nous ferons ici, nous savons bien qu'un jour vous nous le rendrez" et qu'un jour vous pourrez "aider la France".

    Le Québec peut aider la France en accueillant les jeunes de France bien formés dont le système économique ne veut manifestement pas. TANT MIEUX POUR LE CANADA ! Tant pis pour la France !

    On peut aimer le radeau de la méduse. Mais puisqu'en France être jeune semble être "dirimant" pour employer un beau mot de la langue française, il semble normal et souhaitable qu'ils partent, et tant mieux pour le Canada qui récolte le fruit d'années d'éducation payées avec les impôts et donc le travail des français. La France se détruit toute seule. »

  • marcel leblanc
    Inscrit
    lundi 16 avril 2007 08h32
    Faire dire n'importe quoi au chiffre !!!
    « A propos du commentaire de Jacques Noel le 7 avril sur les 6.49% de Français qui ont voté Le Pen...
    Je n'en ai pas parlé lors de mon premier commentaire et je n'ai pas été assez clair à mon goût !

    Attention ! Ce n'est pas de l'acharnement contre Mr Noel, c'est un bel exemple d'interprétation totalement fausse, en tant que Français, je me considére floué par ces propos.
    C'est un bel exemple pour faire dire n'importe quoi aux chiffres.

    Bref, pour Mr Noel, 6.49% de Français qui votent Le Pen = 6000 Français Le Penistes qui vivent au Québec !!!
    Aie, aie ... grave erreur...
    Petit cours d'analyse statistique :
    - 12 000 inscrits et 30% qui ont voté !
    => 4000 bulletins de vote exprimés.
    Sur ces 4000 (on parle du premier tour ... seulement et il y a deux tours!), 6.5% (arrondi) ont voté Le Pen.
    ...
    Faites (et refaites) le calcul ... tada !!! Cela donne 260 votes pour Le Pen !
    On est TRÈS loin des "six mille" Français ...

    De plus, comme vous le savez peut-être pas, le premier tour des élections Françaises sert "traditionnellement" à protester ...

    Sans rancune, monsieur Noel, tout le monde a le droit de s'exprimer ... sauf que c'est important de ne pas dire n'importe quoi car sinon ... cela s'appelle de la désinformation ! »

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