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Le logement est-il un droit?

Christian Rioux   4 janvier 2007  Europe
Des tentes rouges ont poussé comme des champignons sur les quais du canal Saint-Martin, à Paris, transformé depuis trois semaines en véritable terrain de camping. Des douzaines de personnalités et de simples citoyens ont même dormi dans ce village
Photo : Agence France-Presse
Des tentes rouges ont poussé comme des champignons sur les quais du canal Saint-Martin, à Paris, transformé depuis trois semaines en véritable terrain de camping. Des douzaines de personnalités et de simples citoyens ont même dormi dans ce village
Paris — Cela fait plus d'une décennie que le scénario se répète pratiquement chaque année. Dès qu'approche le temps des Fêtes, les sans-abri et tous les mal-logés de France font les manchettes des médias. Cette année n'a pas fait exception malgré les températures presque printanières. Au contraire, grâce aux associations caritatives, des tentes rouges ont poussé comme des champignons sur les quais du canal Saint-Martin transformé depuis trois semaines en véritable terrain de camping. Des douzaines de personnalités et de simples citoyens ont même dormi dans ce village de toile avec les déshérités pour soutenir l'initiative des Enfants de don Quichotte. En ces lendemains de fête, les visiteurs d'un soir ont déserté les quais. Mais le mouvement n'est pas mort. Il s'étend même en province puisque des campements semblables ont vu le jour à Lyon, à Orléans et à Toulouse.

Même les déclarations de la ministre de la Cohésion sociale, Catherine Vautrin — qui a annoncé un plan d'urgence de 105 millions de dollars —, n'ont pas calmé l'enthousiasme des militants. Un peu avant le jour de l'An, une autre organisation, Droit au logement, a «réquisitionné» une ancienne banque inoccupée juste devant la Bourse de Paris, en plein quartier des affaires. Une demi-douzaine de familles s'y sont installées sous les projecteurs des caméras de télévision.

Malgré leur grande diversité, ces organisations se rassemblent autour du mot d'ordre du «droit opposable au logement». Sans qu'on sache tout à fait ce qu'elle signifie, la revendication reprise par une cinquantaine d'associations a rapidement fait son chemin.

Année électorale oblige, le président Jacques Chirac a profité de sa traditionnelle allocution du nouvel an pour reprendre l'idée à son compte et demander au gouvernement de légiférer à ce sujet. À tel point que le premier ministre Dominique de Villepin a annoncé hier qu'une loi rendant ce droit applicable à partir de 2009 serait adoptée avant le 22 février prochain, date de la fin des travaux parlementaires. La mesure ne s'appliquera d'abord qu'«aux sans-domicile fixe, aux travailleurs pauvres et aux femmes isolées avec enfant» avant d'être élargie à tous en 2012. D'ici là, le projet exigera la construction de 120 000 logements sociaux par année, précise le premier ministre qui ne sera plus aux commandes dans quatre mois à peine.

Pourtant, personne ne sait encore ce que représente précisément ce nouveau «droit opposable au logement». Il y a belle lurette que le «droit au logement» a été reconnu en France. Dès 1982, la loi Quilliot affirmait que le «droit à l'habitat est un droit fondamental». On ne compte plus les lois qui ont repris ce principe depuis. En 2000, le gouvernement socialiste de Lionel Jospin avait même imposé aux villes, sous peine d'amendes, un objectif minimum de 20 % de logements sociaux.

Il s'agirait cette fois de donner aux «mal-logés» la possibilité de poursuivre les gouvernements qui ne leur auront pas fourni un logement décent dans des délais acceptables. Selon Xavier Emmanuelli, président du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, cette loi «placera le droit au logement au même rang que le droit aux soins ou à l'éducation». Toute personne sans domicile fixe pourrait alors faire valoir ses droits en justice et obliger l'État ou les municipalités à lui fournir un logement décent.

Entre les principes et la réalité, il semble pourtant y avoir un abîme. «Il ne suffit pas de proclamer ce droit pour le faire exister», a déclaré Martin Hirsch, président d'Emmaüs.

Seule l'Écosse, dont le contexte est très différent de celui de la France, s'est dotée pour l'instant d'une telle loi. Le Homeless Act devrait en effet garantir à chacun le droit à un logement à partir de 2012. Mais ce droit est loin d'être universel, comme le sont les droits à l'éducation et à la santé. D'abord, il peut être suspendu n'importe quand en cas de pénurie de logements. Ensuite, contrairement aux droits à la santé et à l'éducation, il ne concerne que les personnes dans le besoin et exclut ceux qui refusent un logement permanent, ce qui semble rayer de la liste l'immense majorité des clochards qui souffrent de maladies psychiatriques, d'alcoolisme ou de toxicomanie.

On voit mal d'ailleurs comment ceux qui dorment sous les tentes du canal Saint-Martin pourraient se prévaloir d'un tel droit devant les tribunaux alors qu'ils n'ont souvent pas de papiers. Quid aussi des immigrants illégaux qui arrivent en tête du cortège de sans-abris des grandes villes françaises?

En réalité, la mesure semble taillée pour une autre clientèle que celle qui a fait parler d'elle ces dernières semaines et concerner plutôt les familles pauvres qui trouvent difficilement à se loger. «Il ne faut pas tromper les gens et leur faire croire qu'ils pourront attaquer l'État ou les collectivités locales pour obtenir un logement, a déclaré l'adjoint au logement de Paris, Jean-Yves Mano. Il y a plus de trois millions de mal-logés en France et je ne vois pas comment nous pourrions demain leur donner satisfaction. Il faut d'abord que l'État impose vraiment à toutes les communes la construction de logements sociaux et de logements d'urgence et les y aide financièrement.» Or, la France est déjà l'un des pays européens qui consacre le plus de ressources à la construction d'HLM.

En pleine campagne électorale, le candidat de droite à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, n'a pas craint d'intégrer dans son programme ce nouveau «droit opposable au logement». Ce qui n'a pas empêché ses adversaires de souligner que la ville dont il était maire, Neuilly, est en infraction avec la loi française puisqu'elle ne compte que 2,6 % de logements sociaux.

L'idée inquiète cependant une partie des élus de droite, en particulier au niveau municipal. «C'est encore une responsabilité de plus qu'on va nous coller sur le dos», a déclaré le maire UMP Dominique Dord (Aix-les-Bains). «Faire du juridique ou du juridisme ne suffit pas, a ajouté la vice-présidente de l'UDF, Marielle de Sarnez. Ce qu'il faut, c'est que l'offre de logements soit multipliée.»

Même si le Parti socialiste a adhéré à la charte du canal Saint-Martin, la candidate de gauche, Ségolène Royal est demeurée plutôt discrète sur le sujet. À quatre mois des élections présidentielles, une partie de la classe politique semble convaincue que ce droit n'est qu'un nouveau mirage par rapport à un problème qui revient de façon périodique. «Notre problème, c'est le rapport entre les grandes proclamations et la concrétisation», a déclaré le porte-parole de la candidate socialiste, Arnaud Montebourg.

On se souviendra que, confronté au même problème en 1995, Jacques Chirac s'était alors prononcé de façon catégorique pour la «réquisition» des logements vides. Onze ans plus tard, les dites «réquisitions» se sont avérées impraticables et le nombre de sans-abris n'a guère diminué.

Correspondant du Devoir à Paris
Des tentes rouges ont poussé comme des champignons sur les quais du canal Saint-Martin, à Paris, transformé depuis trois semaines en véritable terrain de camping. Des douzaines de personnalités et de simples citoyens ont même dormi dans ce village Dominique de Villepin
 






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  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    jeudi 4 janvier 2007 10h41
    Oui, le logement est un droit !
    « Oui, certainement que le logement est un droit, et tout autant que le revenu d'ailleurs, puisque qu'en être privé revient à une menace directe à la santé et à la vie. Malheureusement dans notre société capitaliste basée sur les dictats du cumuls, de la compétition et des profits, nous avons oublié les fondements de ce à quoi devrait servir la société.

    Dans notre monde où l'on n'hésite pas à investir des milliards dans la construction d'autoroutes, un monde de chars à 35 000$ où les mégas centres d'achat, ces véritables « temples » du culte de la « consommation récréative » poussent comme des champignons, comment est-il encore possible qu'il ne nous soit pas venu à l'esprit ici au Québec de nous assurer que tous et toutes sans exception aient un toit sur la tête ?

    Nous sommes parvenus, et ce il y a plus de 30 ans, à construire, à entretenir et à payer un stade olympique de plus de un milliard de dollars et ce au nom du divertissement sportif. Lorsqu'on parle du droit au logement on ne parle pas de choses accessoires ou superficielles, mais d'un besoin de première nécessité. On parle du droit à la sécurité de sa personne, un droit garanti par l'article 1 de charte des droits de l'homme, et qui plus est, par l'article 1 de la charte des droits et liberté du Québec : « Tout être humain a droit à la vie, ainsi qu'à la sûreté, à l'intégrité et à la liberté de sa personne ».

    L'État a complètement cessé de construire des HLM depuis 1994, pourtant c'est plus de 35 000 personnes sont en attente d'un tel logement au Québec, dont 20 000 seulement à Montréal. Quant à l'itinérance, on suppose que c'est environ de 15 000 à 18 000 personnes en détresse qui sillonnent les rues de la Métropole. En vérité, on ne détient plus de statistiques récentes puisque que l'État ne s'est même pas donné la peine de réviser ses chiffres depuis 1998, Montréal préférant distribuer des contraventions de 150$ à des gens qui n'ont même pas de quoi se nourrir ou se payer une chambre.

    Il me semble que les hausses vertigineuses du prix des loyers des dernières années auront permis aux propriétaires d'obtenir plus que leur part du gâteau. Il est donc grandement temps de rééquilibrer le choses et que le Québec applique rigoureusement ce droit fondamental à la sécurité dans un dur contexte de rareté de logements abordables.



    Christian Montmarquette
    Militant de Québec Solidaire
    Membre du Comité Logement le POPIR de Saint-Henri

    Courriel : chmontmarquette@yahoo.fr

    Référence : Le logement une question de Santé publique

    http://www.cmaq.net/en/node.php?id=22918 »

  • Jean-Pierre BRAND
    Inscrit
    jeudi 4 janvier 2007 11h49
    Le Logement en France et .... Ailleurs
    « Je voudrais préciser qu'il est impossible de rédoudre ce problème en raison du nombre d'émigrés en constante augmentation... et de plus, il suffit en France d'être musulman pour être prioritaire alors qu'aucune action n'est entreprise pour supprimer la polygamie.

    En outre, les maris sont au pays et leurs nombreuses femmes leur font parvenir l'argent dont ils ont besoin pour leurs permettre de se reposer au soleil.

    Il n'est possible nulle part dans le monde de couvrir la planète de construstions; la première chose à faire est de limiter les naissances. Qaund on pense que le Maroc comptait environ 5 millions d'habitants en 1955 et qu'à ce jour il y a 60 millions d'habitants ...!

    Et puis, les courbes exponentielles de la démographie mondiale ne se sont pas infléchies depuis l'an 1900; les guerres n'ont rien ralenti et les projections prévoient que les hommes ne pourraient que se tenir debout sur la surface des terres émergées en l'an 2280.... !

    Alors, j'espère une proposition constructive ?
    J'ai posé la question à Mr Olivier Duhamel professeur à Science PO à Paris..... sa réponse: " j'ai nai pas d'idée "

    Alors, il va forcément se passer quelque chose.

    Salutations
    mjpbrand@free.fr
    04-Janvier-2007 »

  • TALLON CECIL
    Inscrit
    mercredi 10 janvier 2007 10h06
    Les SDF ont les nerfs à vif
    « Christian Roux a fait un article très intéressant. Il a raison de dire qu'un droit ne vaut que s'il est possible de le faire appliquer. Croit-on qu'un SDF ira payer un avocat en Conseil d'Etat pour contraindrere l'Etat français tout puissant à quoi que ce soit ? Qu'il soit permis d'en doûter.

    Deuxièmement : Les SDF (non clochards car le clochard des années 50-60 a choisi plus ou moins son état, est connu et accepté dans le quartier. On lui dit bonjour. Il est souvent un peu philosophe !
    Le SDF n'a pas choisi sa situation, il est gommé du champ de vision des passants et il n'a plus d'existence sociale du tout. Il est un détritus humain à gérer. Il est un intouchable. Exactement dans le sytème de castes à la française celui qui n'appartient à aucune. On lui donne à manger mais dans des endroits où il est regroupé, surveillé, filmé mais fait révélateur, on ne lui donne même pas de petit travail qui serait susceptible de lui redonner sa dignité.

    Juste une petite remarque sur l'article de Monsieur Roux : llorsqu'il écrit "ce qui semble rayer de la liste l'immense majorité des clochards qui souffrent de maladies psychiatriques, d'alcoolisme ou de toxicomanie", il prend l'effet pour la cause. Qu'on mette Monsieur Roux dans la rue à Paris et qu'on attende, et Monsieur Roux deviendra très probablement un alcoolique souffrant de troubles psychiatrique et s'évadant dans les paradis artificiels qui restent à sa portée. Ce n'est pas le SDF qui mauvais mais la société qui en fait un pestiféré. Que le SDF s'aigrisse et devienne alcoolique au bout d'un certain temps, c'est une autre histoire. Les services sociaux, de santé, de recherche d'emploi, d'attribution de logement sont justement faits pour ça.

    Enfin, encore une dernière exactitude de Monsier Roux, les HLM en France ne sont pas accessibles aux SDF ou aux personnes ayant le minimum social. Les HLM sont faits pour les classes moyennement modestes ou moyennes.

    Il est probable que les tentes seront tolérées jusqu'aux élections puis impitoyablement traquées ensuite, en tout cas avant la période touristique. Cachez ces SDF que nous ne saurions voir ! »

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