Katrina - Une tragédie américaine de plus
Pierre Saint-Arnaud - Sociologue et auteur de L'Invention de la sociologie noire aux États-Unis d'Amérique (Québec, Presses de l'Université Laval, et Paris, Éditions Syllepse, 2003)
8 septembre 2005
États-Unis
Nous sommes tous abasourdis et dégoûtés par la tragédie actuelle frappant les trois États de la Louisiane, du Mississippi et de l'Alabama, trois États du Deep South des États-Unis, où vit une population majoritairement noire et pauvre. Nous sommes abasourdis par l'ampleur du désastre (et tout est loin d'être connu), dégoûtés par l'inexcusable lenteur d'intervention des autorités gouvernementales, en particulier l'administration Bush.
Comment comprendre cela? Y est certes pour beaucoup l'aveuglement du pouvoir central devant le grave problème de pauvreté affectant toutes les classes défavorisées du pays, pas seulement les populations noires, d'où son incurie, voire son indifférence, devant cette grande misère, où qu'elle se manifeste.
On peut aussi pointer l'exploitation sauvage des fonds marins aux abords de La Nouvelle-Orléans par les compagnies pétrolières affamées de profit, ce qui a accru le risque de cataclysmes locaux.
Couronnant peut-être le tout, l'ahurissante incapacité du cabinet Bush à prendre au sérieux les signes annonciateurs (il y en a eu plus d'un) des dégâts potentiels d'un ouragan comme Katrina et à monter à temps, non à retardement, une organisation efficace pour affronter les conséquences de l'événement.
Les Noirs comme faire-valoir
Le facteur racial doit-il être mis en cause? À supposer que Katrina ait déferlé sur la riche côte californienne ou bien en Nouvelle-Angleterre plutôt que sur le Deep South, il y a fort à parier que les équipes de secours se seraient manifestées un peu plus rapidement pour juguler les effets du désastre et limiter le plus possible le nombre de décès. La population noire états-unienne compte presque 40 millions d'habitants et forme une des minorités ethniques les plus pauvres du pays, tant dans les ghettos des métropoles que dans les régions rurales s'étirant vers le sud.
Les Noirs ont débarqué comme esclaves il y a trois siècles. Quel a été leur sort collectif jusqu'à l'époque contemporaine? N'être guère autre chose que des faire-valoir humains pour le développement de «l'autre» nation, la plus riche et la plus puissante de la planète, blanche bien entendu.
Même si une très grande partie de la minorité afro-américaine est maintenant assimilée à l'Amérique blanche (mainstream America), beaucoup de Blancs, parmi ceux qui sont à la fois membres des classes dirigeantes et de souche anglo-saxonne ancienne, pensent encore que «leurs» Noirs ne sont pas — et ne seront jamais — de «vrais» États-Uniens. Ce sont des descendants d'esclaves, donc des citoyens de deuxième, sinon de troisième zone.
La ville de La Nouvelle-Orléans, capitale de la Louisiane, est noire pour environ les deux tiers de sa population. L'ouragan Katrina l'a presque totalement submergée. Cette dévastation physique due à un phénomène naturel est une triste métaphore de la condition noire états-unienne prise dans son ensemble, au présent comme au passé. Pour avoir étudié en détail leur culture et leur pensée, je sais que les Noirs des États-Unis sont loin, très loin de constituer une humanité de deuxième ou de troisième zone...
Comment comprendre cela? Y est certes pour beaucoup l'aveuglement du pouvoir central devant le grave problème de pauvreté affectant toutes les classes défavorisées du pays, pas seulement les populations noires, d'où son incurie, voire son indifférence, devant cette grande misère, où qu'elle se manifeste.
On peut aussi pointer l'exploitation sauvage des fonds marins aux abords de La Nouvelle-Orléans par les compagnies pétrolières affamées de profit, ce qui a accru le risque de cataclysmes locaux.
Couronnant peut-être le tout, l'ahurissante incapacité du cabinet Bush à prendre au sérieux les signes annonciateurs (il y en a eu plus d'un) des dégâts potentiels d'un ouragan comme Katrina et à monter à temps, non à retardement, une organisation efficace pour affronter les conséquences de l'événement.
Les Noirs comme faire-valoir
Le facteur racial doit-il être mis en cause? À supposer que Katrina ait déferlé sur la riche côte californienne ou bien en Nouvelle-Angleterre plutôt que sur le Deep South, il y a fort à parier que les équipes de secours se seraient manifestées un peu plus rapidement pour juguler les effets du désastre et limiter le plus possible le nombre de décès. La population noire états-unienne compte presque 40 millions d'habitants et forme une des minorités ethniques les plus pauvres du pays, tant dans les ghettos des métropoles que dans les régions rurales s'étirant vers le sud.
Les Noirs ont débarqué comme esclaves il y a trois siècles. Quel a été leur sort collectif jusqu'à l'époque contemporaine? N'être guère autre chose que des faire-valoir humains pour le développement de «l'autre» nation, la plus riche et la plus puissante de la planète, blanche bien entendu.
Même si une très grande partie de la minorité afro-américaine est maintenant assimilée à l'Amérique blanche (mainstream America), beaucoup de Blancs, parmi ceux qui sont à la fois membres des classes dirigeantes et de souche anglo-saxonne ancienne, pensent encore que «leurs» Noirs ne sont pas — et ne seront jamais — de «vrais» États-Uniens. Ce sont des descendants d'esclaves, donc des citoyens de deuxième, sinon de troisième zone.
La ville de La Nouvelle-Orléans, capitale de la Louisiane, est noire pour environ les deux tiers de sa population. L'ouragan Katrina l'a presque totalement submergée. Cette dévastation physique due à un phénomène naturel est une triste métaphore de la condition noire états-unienne prise dans son ensemble, au présent comme au passé. Pour avoir étudié en détail leur culture et leur pensée, je sais que les Noirs des États-Unis sont loin, très loin de constituer une humanité de deuxième ou de troisième zone...
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