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Sainte colère

Josée Boileau   7 septembre 2005  États-Unis
À la procrastination dont George W. Bush a fait preuve la semaine dernière succède un curieux activisme: il supervisera lui-même l'enquête sur la réaction fédérale à l'ouragan Katrina. Hélas, dans son cas, ce n'est pas le coeur qui parle, mais uniquement la tête.

En annonçant une enquête sous sa gouverne, George W. Bush se retrouve en terrain sûr: celui de l'idéologie, là où on contrôle l'information. D'ailleurs, d'ores et déjà on le sait, il n'y aura pas de coupable désigné.

Le président américain est un as de la réaction quand sa vision du monde est en jeu. On l'a encore vu lundi lorsque, quasi en catimini, il s'est vite choisi un nouveau juge en chef à la Cour suprême, le très conservateur John Roberts. En priant de plus le Sénat de confirmer au plus vite cette nomination. Son enquête post-Katrina sera sûrement tout aussi efficace: après tout, il ne s'agit plus de sauver des Noirs ou des pauvres, mais la réputation de son gouvernement! Et Dick Cheney lui servira d'éclaireur, lui qui débarquera demain sur le terrain pour évaluer la situation.

À ce compte-là, il serait plus rassurant d'envoyer Céline Dion. Elle n'a pas eu besoin, elle, d'une semaine de réflexion pour comprendre que, quand des vies sont en jeu, on agit, point. Et on tempête si ça n'avance pas. N'aurait-il pas été heureux que, dès mardi dernier, George W. Bush fasse une sainte colère et lance comme Céline: oui, il y a des raisons qui expliquent les délais mais je ne veux pas les savoir! Grouillez-vous!

Et il aurait été tellement plus sain que les autorités de tout poil comprennent, comme elle, que le pillage qui a tant choqué n'avait strictement aucune importance. C'était du vol pur, sans rapport avec la survie? Et alors? «Peut-être que ces gens sont si pauvres qu'ils n'avaient jamais touché des objets [de luxe] de leur vie. Laissons-les donc les toucher pour une fois», et occupons-nous des autres, a dit la chanteuse. Peut-être faut-il avoir connu la misère pour savoir ainsi lire la nature humaine, mais il y a là une leçon: une gestion de crise, ça nécessite d'abord d'être à l'écoute de la vraie vie.

Pourtant, la vraie vie, hier encore, semblait toujours en décalage par rapport aux discours officiels. En Louisiane, par exemple, on soulignait que 150 personnes avaient été arrêtées au cours de la dernière semaine. Mais combien l'ont été pour tentative de vol de voiture parce qu'elles voulaient juste quitter l'enfer glauque de La Nouvelle-Orléans, comme en ont témoigné des reportages? Le déni de tout racisme dans les opérations de sauvetage, lui, était encore écorché par des témoignages troublants.

L'écart reste immense aussi entre les décès officiellement constatés et ces cadavres qui jonchent les rues, dérangeants, mais qu'il faut bien accepter de regarder, précisément parce qu'ils sont là depuis une semaine.

Et comment réconcilier ce déploiement en force de l'armée avec la faiblesse de la population: l'image, par exemple, de cette femme noire qui marchait difficilement en traînant un lourd sac de plastique sans que le militaire vers qui elle se dirigeait ne fasse un mouvement pour l'aider. Les armes qui font peur plus qu'elles ne rassurent. Ou cette incompréhension des soldats devant les gens qui refusent de quitter le seul univers qu'ils connaissent: leur logis.

Pourra-t-il même y avoir une enquête qui arrivera à dire tous ces manquements humains? Hélas non. Et voilà pourquoi il y a les cris des maires, les pleurs des sinistrés et la rage de Céline.

jboileau@ledevoir.ca






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  • Alceste Parise
    Inscrit
    mercredi 7 septembre 2005 07h55
    L'obsession anti-américaine
    « Il me semble que Le Devoir a un parti pris contre les Américains. Peut-être l'avons-nous absorbé, au Québec, de cette obsession anti-américaine que Jean-François Revel a critiqué chez les Français. Les méchants Américains racistes, etc.

    En réalité, les Américains ont beaucoup plus de programmes d'affirmative action envers les noirs que, par exemple, les Français qui les critiquent toujours et qui laissent croupir leurs noirs dans des immeubles inadéquats. Et même Bush, avec tous ses défauts, ne demande mieux que d'encourager les noirs de bonne volonté, comme Condolezza Rice.

    Pourquoi Le Devoir ne dénonce-t-il pas la pauvreté des périphéries parisiennes, la discrimination couverte des Français qui relèguent leurs immigrés aux travaux d'éboueurs, ou encore le laxisme des Anglais qui fait éclater leurs ghettos? Est-on vraiment certain que la méthode américaine, avec ses minorités qui ont réussi, comme les Juifs, les Italiens, les Chinois et de plus en plus les Latino-américains, est à rejeter? Ou est-ce que critiquer les Américains est de bon ton parmi ceux qui doivent cultiver leur image publique, comme les chanteurs ou les intellos? »

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