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Des milliers de cadavres à repêcher

Le Devoir   6 septembre 2005  États-Unis
Des victimes de l’ouragan Katrina ont été prises en charge hier par des soldats américains à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Les premières patrouilles pour repêcher les cadavres flottants ont commencé leur macabre tournée dans la ville, tou
Photo : Agence France-Presse
Des victimes de l’ouragan Katrina ont été prises en charge hier par des soldats américains à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Les premières patrouilles pour repêcher les cadavres flottants ont commencé leur macabre tournée dans la ville, tou
La Nouvelle-Orléans — Dans une tentative de juguler les critiques déplorant le manque d'organisation et de compassion de son administration devant le drame vécu par les citoyens touchés par le passage dévastateur de l'ouragan Katrina — une colère populaire cristallisée par la sortie émotive de Céline Dion samedi sur CNN —, le président américain George W. Bush est retourné hier sur le terrain d'une Louisiane dévastée.

M. Bush a assuré hier qu'il faisait tout ce qu'il était possible de faire pour venir en aide aux victimes de Katrina dans le sud des États-Unis. «Chaque niveau de l'administration fait de son mieux. Et si cela ne va pas, nous ferons en sorte que cela aille», a assuré M. Bush, entouré de personnes déplacées par le cyclone et désormais hébergées dans des foyers d'accueil. Il s'agissait de sa deuxième visite dans la région en quatre jours.

George W. Bush s'est d'abord rendu à Baton Rouge, capitale de la Louisiane, dans un centre de prière où des dizaines de rescapés de Katrina ont trouvé refuge. Beaucoup étaient encore endormis, enroulés dans des couvertures à même le sol, lorsque le président et sa femme sont entrés. Entre quelques autographes et des poignées de main, M. Bush a notamment déclaré qu'il revenait pour faire savoir «qu'il reste beaucoup à faire.»

Là-dessus, personne ne contestera le président. Si la plus importante digue de La Nouvelle-Orléans, qui avait cédé sous l'effet des pluies diluviennes, a pu être colmatée hier, ce qui veut dire que les travaux de pompage vers le lac Pontchartrain peuvent débuter (ils pourraient durer 80 jours), le travail à accomplir avant de revenir à la vie normale reste partout immense.

Cadavres flottants

Hier, des camions réfrigérés ont commencé à sillonner les rues de la ville pour la débarrasser des cadavres se décomposant en plein air depuis une semaine. Des soldats, policiers et autres secouristes mènent de porte en porte des convois suivis de ces «morgues mobiles», comme les a qualifiées le maire de la ville Ray Nagin, pour ramasser sans doute des milliers de corps charriés par les eaux, gisant au coin des rues ou cachés à l'intérieur de maisons. «Cela va être l'une des pires scènes qu'on puisse imaginer», a prédit dimanche le secrétaire à la Sécurité intérieure, Michael Chertof.

Une morgue capable de recevoir plus de 5000 corps a été mise en place dans des hangars à St. Gabriel, un bourg situé près de Baton Rouge. De nombreux cadavres avaient été laissés dehors par les secouristes ces derniers jours, alors que la priorité était de concentrer les efforts sur l'évacuation des derniers survivants.

Certains cadavres sont ainsi attachés aux panneaux de signalisation ou aux poteaux électriques pour éviter qu'ils ne dérivent sur les eaux boueuses ayant envahi la ville. Dans certains quartiers, le recul des eaux révèle les corps que les flots dissimulaient aux regards depuis mardi. D'autres cadavres, au sol, sont marqués d'une croix et recouverts d'une couverture. Ils sont parsemés dans les rues, le long des routes, dans les terrains vagues ou les cours des écoles.

Mais après une semaine dans la chaleur étouffante de La Nouvelle-Orléans, beaucoup sont dans un tel état de décomposition qu'ils sont méconnaissables. Mélangée aux puissantes odeurs d'urine et d'égouts, de nourriture pourrissante, la décomposition des corps faisait craindre des risques d'épidémie.

Bilan provisoire

Le bilan officiel provisoire s'établit à 218 morts, dont 152 au Mississippi. À La Nouvelle-Orléans, 59 corps ont été recensés. Mais l'étendue des pertes humains reste impossible à estimer. Des milliers de personnes sont toujours portées disparues. Interrogé dans l'émission Today's show, sur NBC, le maire de La Nouvelle-Orléans a ainsi estimé que le chiffre de 10 000 morts «n'était pas déraisonnable».

Autrement, des milliers d'habitants de La Nouvelle-Orléans ont créé un embouteillage monstre d'une quarantaine de kilomètres sur l'unique route praticable de la ville, après qu'un responsable local eut indiqué qu'un retour provisoire pour inspecter les maisons et rassembler quelques objets était possible. Les autorités ont appelé les résidants à ne pas passer la nuit dans leurs maisons, privées d'eau courante et d'électricité.

La «permission» temporaire a toutefois causé une grande confusion, parce que le mot d'ordre officiel des autorités est toujours de vider la ville sinistrée. Munis de pelles et chaussés de bottes, des milliers de citoyens sont venus constater de visu l'ampleur des dégâts et des pertes.

L'aide arrive

Les appels à l'aide des sinistrés commencent par ailleurs à être entendus. Artistes et sportifs se mobilisent, des villes américaines organisent les secours pour accueillir des réfugiés. De leur côté, les ex-présidents Bill Clinton et George Bush père ont lancé hier à Houston une vaste opération de collecte de fonds en faveur des sinistrés, sur le modèle de l'opération menée après le tsunami en décembre 2004 en Asie. Interrogé sur la polémique autour de la réaction tardive du gouvernement, Bill Clinton a affirmé que la priorité était pour l'instant d'aider les réfugiés. «Je pense qu'il doit y avoir une analyse de ce qui s'est passé. On pourra la faire dans quelque temps.»

La communauté internationale poursuit aussi sa mobilisation. Entre autres, un avion cargo allemand rempli de produits de première nécessité est arrivé hier. Et il y a jusqu'au président cubain Fidel Castro qui a offert d'envoyer plus de 1500 médecins dans la zone touchée: Washington n'a toujours pas répondu à la proposition de son vieil ennemi.

D'après l'Agence France-Presse, Reuters et Associated Press






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