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Si prévisible !

Jean-Robert Sansfaçon   2 septembre 2005  États-Unis
Il a le dos large, le bon Dieu! L'ouragan Katrina qui a frappé très fort en touchant la côte du golfe du Mexique répond tout à fait à la définition de ce que les anglophones appellent «an act of God». Mais s'il a fait autant de dégâts, c'est aussi à cause de la cupidité et de l'imprudence des hommes.

Plus le temps passe, plus les États-Unis prennent conscience de l'ampleur des dévastations causées par Katrina. L'ouragan, de force 4 au moment de toucher le continent, a soufflé tout ce qui se trouvait sur son passage, emportant avec lui biens et personnes et noyant les restes sous des centaines de millimètres d'eau. Le résultat est tel que les autorités américaines ont été complètement dépassées pendant les trois jours qui ont suivi. Le président Bush lui-même a mis beaucoup de temps à réagir et sa première sortie publique, mercredi après-midi, a été d'une remarquable insignifiance, ce que les grands quotidiens américains n'ont pas manqué de souligner.

Ce n'est pas la première fois que le sud-est des États-Unis est ainsi frappé par un ouragan. Sans être banal, la chose se reproduit tout de même à fréquence régulière. Pas toujours au même endroit ni avec la même intensité, heureusement, mais tous les habitants des côtes du sud-est savent qu'ils sont susceptibles de se retrouver un jour ou l'autre sur la trajectoire d'un tel monstre.

Cela étant, s'il était impossible d'éviter Katrina, il était certainement possible d'empêcher que la tempête fasse autant de ravages, à La Nouvelle-Orléans d'abord mais aussi tout le long de la côte du golfe.

Construite sous le niveau des eaux au bord du grand lac Pontchartrain, La Nouvelle-Orléans se croyait bien protégée des inondations par le réseau de digues qui a été aménagé au cours des années. Malheureusement, ces digues n'avaient pas été construites pour résister à un ouragan aussi puissant et elles ont cédé.

Mais il y a plus. Au fil des ans, pour des raisons de développement économique, on a détruit les îles de sable qui servaient de premier rempart contre les vagues et on a tout fait pour endiguer les eaux du Mississippi et les empêcher de disperser ses sédiments dans les bayous et les autres terres marécageuses qui longent la côte. Ce faisant, on a appauvri ces terres et détruit cette zone marécageuse qui joue le rôle d'une éponge géante capable d'absorber le surplus d'eau lors des tempêtes. Selon des experts cités par le New York Times, on a ainsi permis à l'eau de la mer de s'introduire librement de plus en plus loin à l'intérieur des terres, avec pour résultat que la côte disparaît petit à petit sous le niveau de la mer et devient sensible à la moindre tempête.

Tout cela était-il prévisible? Non seulement ce l'était, mais les scientifiques l'avaient prédit. À La Nouvelle-Orléans même, l'an dernier, un responsable de l'entretien des digues protectrices avait affirmé devant les caméras de la télévision que ce n'était qu'une question de temps avant qu'une vague géante ne transforme La Nouvelle-Orléans en une gigantesque baignoire d'où il serait impossible d'évacuer l'eau avant plusieurs semaines. Malheureusement, avait-il ajouté, sans doute faudra-t-il attendre que le désastre survienne avant que les autorités n'agissent.

Katrina est un «acte de Dieu», certes, mais pour le reste, c'est l'homme seul qui doit être blâmé. Et dire que l'administration Bush refuse toujours de reconnaître le rôle de l'intervention humaine dans les changements climatiques, dont une des conséquences est l'intensité des ouragans! Dire aussi que les autorités de la Louisiane continuent de croire que seule l'érection de digues plus hautes et plus solides pourra empêcher la reproduction d'une catastrophe semblable!

j-rsansfacon@ledevoir.com






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  • Paul Paradis
    Inscrit
    vendredi 2 septembre 2005 07h09
    Évitons les querelles contre-productives
    « Cher M. Sansfaçon,
    Pour une fois, je ne suis pas d'accord avec le ton de votre article. Le victimisme et les accusations contre les autorités non seulement sont stériles, mais elles encouragent le revanchisme et les pillages, d'une ampleur qu'on n'avait pas vu même dans des pays beaucoup plus pauvres, comme l'Indonésie et le Sri Lanka aux temps du tsunami.
    Plutôt que de chercher des coupables, cherchons les solutions. Or, je me demande si c'est raisonnable d'avoir aujourd'hui une telle concentration de population sur la pointe du delta du Mississippi, dans une région loin de tout et au-dessous du niveau de la mer. Il y a un siècle ou deux cela se comprenait, car dans ces temps les transports fluviaux étaient primordiaux. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Pourquoi alors ne pas encourager la plupart de ces gens à se relocaliser ailleurs? Je comprends que les Hollandais essaient de vivre dans des régions protégées de digues, mais les Américains possèdent des milliards d'acres en friche dans des régions comme les Carolines ou le Montana. »

  • Claire Pigeon
    Inscrite
    lundi 5 septembre 2005 06h19
    Choquée par les pillages
    « Je regardais les nouvelles à la Nouvelle Orléans et à Biloxi. Dans cette dernière, des pêcheurs d'origine chinoise qui avaient tout perdu: les bateaux, leur source de survie, leur maison, des êtres chers: ils avaient l'air triste, abattue, mais digne. À la Nouvelle Orléans, des noirs qui criaient contre n'importe qui, et à l'arrière plan les pilleurs, d'une telle outrecuidance que les citoyens ont dû se défendre en achetant des armes, et les policiers ont dû en abattre. Mais bien sûr, on ne critique pas les noirs, car ils sont pauvres. Mais ces immigrés chinois n'étaient-ils pas pauvres? Je pense que le pire ennemi des noirs d'Amérique c'est la rectitude politique des intellos de gauche, qui en a fait des martyres pour qui toute illégalité est justifiable, et qui leur empêche, à la longue, de se prendre en main comme l'ont fait les autres minorités. »

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