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Katrina fait chuter l'épargne des Américains

2 septembre 2005  États-Unis
Washington — Les ménages américains risquent d'avoir du mal à digérer la hausse soudaine des prix de l'essence provoquée par le cyclone Katrina alors que leur épargne est passée dans le rouge pendant l'été. Le taux d'épargne des ménages, qui était déjà nul en juin, a reculé en juillet de 0,6 %.

C'est le plus bas niveau enregistré en 46 ans, et la deuxième fois seulement que l'épargne tombe dans le négatif dans l'histoire de cette statistique. La première était en octobre 2001, juste après les attentats du 11 septembre.

Des taux d'épargne négatifs sont possibles lorsque les consommateurs puisent dans leurs réserves, empruntent ou vendent leurs avoirs pour financer leur consommation. «Nous dépensons tout ce que nous avons et même plus, et cela ne peut pas durer», s'inquiète l'économiste indépendant Joel Naroff.

En effet, les Américains ont beaucoup dépensé cet été (+1 % en juin et en juillet), surtout pour s'acheter des voitures, alors que les constructeurs cassaient leurs prix en étendant à l'ensemble du grand public les rabais réservés à leurs employés.

Une partie des économistes contestent l'utilité de cette statistique sur l'épargne, jugeant qu'elle reflète mal la richesse réelle des ménages. Pour les autres, une situation d'épargne négative n'est pas tenable, surtout à l'heure où le cyclone Katrina fait bondir le prix de l'essence. «À moins que les revenus progressent, les dépenses vont devoir ralentir et Katrina a ajouté aux incertitudes», note M. Naroff. «Les consommateurs n'ont pas d'épargne. Ils vont devoir emprunter ou dépenser moins», juge pour sa part Robert Smith, de l'université du Maryland.

Le premier problème est que le cyclone a fait bondir le prix de l'essence. Il a dépassé 3 $US le gallon (79 ¢US le litre) dans de nombreuses régions et la télévision fait état de 5 $US (1,32 $US le litre) par endroits. Jusqu'à présent, les consommateurs avaient tenu le choc, mais on se rapproche des niveaux jugés insupportables par tous.

«La cherté de l'énergie commence à concerner tout le monde, pas seulement les ménages à bas revenus», souligne Michael Niemira, le chef économiste du Conseil international des centres commerciaux (ICSC). Avant même le passage de Katrina, le prix de l'essence avait déjà affecté les ventes des grandes chaînes visant les ménages les plus modestes. Ainsi, Wal-Mart a enregistré un chiffre d'affaires en hausse de 3,3 % seulement en août, dans le bas de ses prévisions.

L'autre impact négatif pour la consommation est qu'elle dépend beaucoup de la confiance. Or elle risque de souffrir des images de désastre humanitaire ou de plateformes pétrolières détruites. «La vraie inquiétude concerne plus l'approvisionnement que le prix de l'essence», note Justin McNaull, porte-parole de l'association automobile AAA.

Les queues ont déjà commencé à s'allonger dans certaines stations essence, ravivant le mauvais souvenir de la pénurie liée au choc pétrolier au début des années 70.

La Réserve fédérale, bien consciente de l'importance du facteur confiance dans l'économie, va devoir jouer serrer. «Avec l'essence à plus de 3 $US le gallon, la Fed va peut-être y réfléchir à deux fois avant d'augmenter ses taux en septembre» comme le prévoyaient les analystes jusque-là, estime Mark Vitner, de la banque Wachovia.

Enfin, même si la reconstruction devrait avoir un effet positif sur la consommation, elle risque de laisser des porte-monnaie vides au moment des fêtes de fin d'année, au grand dam des commerçants qui réalisent là l'essentiel de leur chiffre d'affaires.






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