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La Nouvelle-Orléans en déroute

Une des pires catastrophes naturelles de l'histoire américaine

Le Devoir   1 septembre 2005  États-Unis
Les habitants de La Nouvelle-Orléans pourraient ne pas pouvoir rentrer chez eux avant trois ou quatre mois. Bien que le niveau des eaux se soit stabilisé hier, Kathleen Blanco, gouverneure de la Louisiane, a estimé hier que, loin de s'arranger, la situation empirait.

Le génie militaire a enclenché une véritable course contre la montre pour consolider les digues protégeant la ville, qui, se trouvant sous le niveau de la mer, est déjà inondée à 80 %, et éviter que les eaux du lac Pontchartrain ne viennent s'y déverser.

«Le défi est un cauchemar pour les ingénieurs, a expliqué Kathleen Blanco à l'émission Good Morning America, sur le réseau ABC. La Garde nationale jette des sacs de sable, mais ça revient à les balancer dans un trou noir.» D'autres sacs et barrières de béton destinés au colmatage n'ont pas encore pu être lancés par hélicoptère, en raison des difficultés d'acheminement sur le site.

Autre volet de la catastrophe, le pétrole. Une vingtaine de plateformes et de puits de pétrole, sur le millier qui parsèment le golfe du Mexique, ont été coulés ou arrachés à leurs amarres par le cyclone Katrina. Ces destructions ont fait grimper les prix au-dessus de la barre des 70 $US. Un chiffre reparti à la baisse avec l'annonce par le gouvernement américain du déblocage d'une partie de ses réserves pétrolières stratégiques d'urgence.

Les sociétés de raffinage pourront ainsi emprunter les volumes nécessaires pour répondre à la demande de carburant, alors que 91,45 % de la production de brut du golfe du Mexique est hors service. Malgré cela, les conséquences vont être douloureuses à la pompe, pour les Américains mais également pour le reste du monde. Pour l'expert pétrolier Matthew R. Simmons, Katrina est d'ores et déjà une sorte de «11 septembre énergétique».

Quant au président George W. Bush, il est reparti hier pour la capitale, deux jours plus tôt que prévu, et fera une visite dans les zones sinistrées certainement avant la fin de la semaine. «Nous faisons face à l'une des pires catastrophes naturelles de notre histoire», a-t-il dit après un survol aérien des régions dévastées. Selon lui, la reconstruction «prendra sans doute des années».

Pour la première fois depuis sa création, le statut d'«événement d'importance nationale» est déclaré, déclenchant un plan d'urgence prévoyant une meilleure coordination entre agences gouvernementales. Washington étudie aussi les nombreuses offres d'assistance qui lui ont été présentées par des gouvernements étrangers pour venir en aide aux victimes. Le Pentagone mobilise pour sa part l'une des plus importantes opérations de secours de l'histoire du pays, avec quatre navires militaires en route pour les régions sinistrées des côtes du golfe du Mexique, transportant eau potable et fournitures de première urgence. Des bénévoles de la Croix-Rouge convergent de tout le pays pour venir en aide à 40 000 personnes hébergées dans 200 abris.

Alors qu'on faisait toujours état du même bilan provisoire de 110 morts pour le seul Mississippi, les autorités évoquaient la possibilité de centaines, voire de milliers de victimes. La Nouvelle-Orléans pourrait faire face à la catastrophe la plus grave jamais subie par une ville des États-Unis après le passage d'un des ouragans les plus meurtriers de son histoire. Le Quartier français serait toutefois relativement épargné par les eaux. En tout cas, La Nouvelle-Orléans sera inhabitable pendant longtemps: il y aura «une évacuation totale de la ville. Nous devons le faire. La ville ne sera pas opérationnelle avant deux ou trois mois», a expliqué le maire Ray Nagin. Selon lui, entre

50 000 et 100 000 personnes se trouvent toujours dans la ville. Parmi ses pires inquiétudes: les risques de crise sanitaire avec les cadavres dans l'eau. Le niveau de l'eau s'est toutefois stabilisé, ce qui pourrait sauver de la destruction le système hydraulique de la ville.

Alors que les médias diffusent d'impressionnantes images de pillages, que tente sans succès de contrôler une police débordée, Mme Blanco a reconnu qu'il s'agissait d'un problème sévère mais somme toute secondaire. «Nous n'aimons pas le moins du monde les pillards, mais d'abord et avant tout la priorité va aux recherches et aux secours.» Le Quartier français, moins inondé qu'ailleurs, est la cible principale des pillards.

Quant à Mme Blanco, elle veut achever de vider la ville, déjà évacuée par 80 % de sa population, et surtout le Superdome. L'évacuation de ce grand stade, où se sont réfugiées 20 000 personnes et où les conditions sanitaires se dégradent sérieusement, a commencé hier et pourrait durer deux jours, selon les autorités. Les opérations de recherche et de sauvetage se sont poursuivies dans le reste de la ville, trois jours après le cyclone, avec des gens toujours réfugiés sur des toits et souffrant de déshydratation alors que la température atteint les 40 degrés Celsius avec une forte humidité.

De leur côté, plusieurs hôpitaux de l'agglomération, qui n'avaient déjà plus d'électricité, sont tombés hier en panne de carburant pour leurs groupes électrogènes, mettant la vie de dizaines de patients en danger, selon le responsable des hôpitaux universitaires de la Louisiane. «Nous n'avons pas d'électricité, pas d'eau, pas de toilettes, et nous n'avons plus de carburant pour nos groupes électrogènes. Ces appareils représentent la vie pour certains de nos patients», a déclaré, lors d'une conférence de presse, Don Smithburg, très sombre, en précisant que neuf hôpitaux avaient reçu l'ordre d'évacuer leurs quelque 10 000 occupants, patients, familles et employés.

Avec la Presse canadienne, AP et AFP
 
 
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