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Bush impose Bolton à l'ONU

Le président profite des vacances du Sénat pour nommer par décret le controversé diplomate ambassadeur aux Nations unies

Reuters   2 août 2005  États-Unis
Washington — George Bush a officialisé hier matin, sans l'aval du Sénat, la nomination de John Bolton au poste d'ambassadeur des États-Unis à l'ONU, lors d'une cérémonie officielle à la Maison-Blanche.

«Ce poste est trop important pour le laisser vacant plus longtemps, spécialement en temps de guerre et en plein débat sur la réforme de l'ONU. Alors aujourd'hui j'ai utilisé mon autorité constitutionnelle pour nommer John Bolton ambassadeur de l'Amérique aux Nations unies», a déclaré Bush depuis le salon Roosevelt de la Maison-Blanche, John Bolton et la secrétaire d'État Condoleezza Rice à ses côtés.

Le président des États-Unis n'avait pu obtenir du Sénat qu'il confirme son candidat au poste d'ambassadeur permanent des États-Unis au siège des Nations unies, qu'il a désigné le 7 mars dernier.

Mais la session au Congrès s'est achevée cette fin de semaine pour un mois de vacances parlementaires. Dès lors, la Maison-Blanche avait la possibilité de procéder à un «recess appointment», autrement dit d'officialiser Bolton dans ses fonctions en court-circuitant le Sénat, profitant d'un vide législatif.

«Le Sénat des États-Unis a mené des auditions minutieuses et une majorité de sénateurs américains considèrent qu'il est la bonne personne pour ce travail.

Pourtant, en raison de tactiques partisanes visant à gagner du temps menées par une poignée de sénateurs, John s'est vu injustement privé du vote qu'il méritait», a déclaré Bush. La nomination de Bolton n'est valide que jusqu'à la prestation de serment d'un nouveau Sénat, en janvier 2007.

Bush pense que Bolton a le profil pour mettre en oeuvre la réforme de l'ONU et il veut qu'il soit prêt pour l'Assemblée générale des Nations unies en septembre. «J'envoie l'ambassadeur Bolton à New York avec ma confiance la plus totale», a affirmé Bush.

Prenant la parole après le président, Bolton s'est dit prêt à travailler sans relâche pour accomplir son travail. «Cela sera un grand privilège d'être le défenseur des valeurs de l'Amérique et des intérêts de l'ONU, et, comme le stipule la charte des Nations unies, d'aider à maintenir la paix internationale et la sécurité», a déclaré le nouvel ambassadeur américain à l'ONU.

«Manoeuvre»

Le sénateur démocrate du Massachussets Edward Kennedy a dénoncé la décision de Bush, qu'il considère comme un abus de pouvoir. «C'est une manoeuvre sournoise qui ignore l'exigence constitutionnelle d'aval du Sénat et ne fait qu'assombrir le nuage qui menace la crédibilité de Bolton à l'ONU», a-t-il estimé.

Le sénateur démocrate du Connecticut, Christopher Dodd, interviewé dimanche sur Fox News, avait jugé injustifiée la procédure choisie par Bush. «Il s'agira du premier ambassadeur à l'ONU depuis 1948 que nous enverrons après un "recess appointment". Or, nous ne devons pas envoyer quelqu'un qui n'a pas la confiance du Congrès», a-t-il ajouté.

Les sénateurs démocrates considèrent Bolton comme un faucon et l'accusent d'avoir tenté de manipuler des renseignements et d'avoir fait pression sur des analystes de l'administration pour qu'ils soutiennent ses positions conservatrices pendant le premier mandat de Bush, lorsqu'il occupait le poste de sous-secrétaire d'État.

La semaine dernière, un nouveau chapitre s'était ajouté à la controverse en marge de l'affaire Valerie Plame, cet agent de la CIA dont l'identité a été divulguée après les propos critiques de son mari, l'ancien diplomate Joseph Wilson, sur l'intervention américaine en Irak.

Bolton avait assuré lors de ses entretiens avec les sénateurs qu'il n'avait pas été interrogé par les enquêteurs dans le cadre de cette affaire. Mais le département d'État, après l'avoir défendu des accusations de l'opposition démocrate, a dû faire machine arrière et reconnaître que le diplomate avait bien «été entendu par l'inspecteur général du département d'État».
 
 
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